A LA ROYNE.

Madame, les choses n'eussent peu passer avec plus de satisfaction de

la Royne d'Angleterre, ny dont vous en eussiez peu tirer plus

largement d'elle, sur la faute que milord de North avoit commise entre

Voz deux Majestez, ainsy qu'elles ont esté conduictes par l'ordre que

m'avez commandé d'y tenir. Qui espère, Madame, que Vostre Majesté aura

plésir d'en entendre le discours, lequel, parce qu'il contient des

diversitez qui sont assez considérables, et qui conviennent avec

d'autres choses que je suis après à tirer d'aylleurs, je réserve de

vous mander le tout ensemble par mes premières, avec ung des miens qui

vous en récitera ce qui seroit ou malaysé ou trop long de le vous

mander par escript. Et cepandant je vivray en peyne du bruict qu'on

faict courir icy de l'indisposition du Roy jusques à ce qu'il plerra à

Dieu m'en fère ouyr de meilleures nouvelles, et aussy de quelque

différant qu'on publye estre advenu entre le Roy de Navarre et Mr de

Guyse, jusques avoyr mis la main a l'espée l'ung contre l'aultre; mais

j'espère que ces nouvelles seront semblables à plusieurs aultres,

yssues de mesme bouticque, qui se sont trouvées faulces, ainsy que

j'en prie Dieu de bon cueur. Et sur ce, etc.

Ce XXIe jour de febvrier 1575.

Ceste lettre estoit escripte et signée quand le courrier est

passé qui porte l'heureuse nouvelle du sacre et couronnement

et mariage du Roy, vostre filz, dont je loue Dieu de bon

cueur.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 191 / 273 题