AU ROY.

Sire, j'ay apporté de la satisfaction beaucoup de vostre lettre, du

XXIIIIe du passé, à la Royne d'Angleterre, et en ay aussy rapporté

beaucoup d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez, ainsy que ce qui

s'est passé entre elle et moy vous le pourra tesmoigner par mes

premières, ès quelles je vous en feray l'entier récit avec d'autres

choses que j'ay ung peu esclarcyes, que je suis après à les

recueillyr, sellon qu'il est expédiant qu'elles viennent à la notice

de Vostre Majesté, affin que puissiez mieulx juger comme elles

pourront, ou peu ou beaucoup, importer à vostre service. Et je feray

cependant, comme j'ay faict tousjours, tout ce qu'il me sera possible

pour traverser les affères de ceulx qui pourchassent, icy, les moyens

de traverser les vostres. Et j'estime de les leur avoyr desjà beaucoup

retardez; mais ilz y sentent je ne sçay quelle espérance (et je crains

bien, si la paix ne succède, qu'elle ne leur sera vayne), qui les y

faict instamment persévérer; dont les quatre ministres, qui sont

préposez en ceste ville, pour le conseil d'estat de ceulx de la

nouvelle religyon de France et de Flandres, ayant esté, par diverses

foys, en ceste court, et conféré avec Mr de Walsingam et avec Me

Randolphe et Me Quillegreu, et aultres de leur faction, sont, il y a

six jours, depuis le matin jusques au soyr, tousjours après à dresser

quatre grosses dépesches, qui sont, l'une pour France, l'autre pour

Ollande, la troysiesme pour Allemaigne et la quatriesme, de quoy je

suis fort esbahy, pour Escosse; et font tenir prestz des hommes

d'affères et propres à négotier, pour les aller porter; lesquelz

n'attandent plus, à ce que j'entendz, de partir, sinon que Mr de Méru,

avec lequel les dictz ministres communicquent ordinayrement, ayt esté

encores une foys devers ceste princesse, et soit de retour avec une

plus entière responce qu'ilz n'ont eu encores d'elle; mais l'audience

luy a esté desjà remise deux foys, et je ne sçay qu'est ce qu'il

impètrera à la troysiesme.

Le filz ayné de milord de Sethon est venu trouver le comte de Lestre à

Quilingourt avec des lettres de recommandation de son père, et

d'aultres lettres bien fort favorables du comte de Morthon, et monstre

qu'il veut suyvre quelque temps ceste court d'Angleterre; ce que je ne

puis avoyr sinon beaucoup suspect, considéré mesmement que son père a

tousjours esté tenu pour catholicque et très parcial serviteur de la

Royne d'Escosse, sa Mestresse; dont faut dire qu'il y a quelque

secrette praticque, qui se mène là dessoubs, depuis la mort du duc de

Chastellerault, lequel est naguyères décédé, et que milord Glaude son

filz se trouve à présent gendre du dict milord de Sethon. Ung messager

qui avoit apporté de mes lettres aulx seigneurs de dellà est revenu

sans me rapporter nulle responce par escript, mais il m'a dict, de

bouche, ce que je réserve de vous mander bientost par ung des miens

qui, de bouche aussy, le vous dira; car ilz me prient de ne le vous

poinct escrire. Tant y a qu'il me tarde beaucoup de sçavoyr que le

personnage qu'avez ordonné pour aller résider au dict pays y soit

arryvé, car il pourra obvier à plusieurs inconvénientz que la longue

absence de voz ambassadeurs y pourroit avoyr causez; estant, au reste,

Sire, merveilleusement en peyne du bruict qu'on faict courir, icy, de

vostre indisposition, laquelle ilz disent que vous a arresté en chemin

et vous a retardé de venir à vostre sacre. Je fay bien dévote prière à

Dieu qu'il en soit aultrement. Et sur ce, etc.

Ce XXIe jour de febvrier 1575.

Comme je fermoys la présente, l'on m'a adverty qu'ung courrier

de Mr le docteur Dayl vient de passer vers Richemont, qui

porte la nouvelle du sacre et couronnement, et du mariage de

Vostre Majesté, de quoy je loue Dieu. Il y mesle je ne sçay

quel rencontre en Languedoc, où Mr d'Uzez a heu du pire.

J'espère qu'il ne sera ainsy.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 190 / 273 题