AU ROY.

Sire, demain, Dieu aydant, je verray la Royne d'Angleterre, à

Richemont, pour luy fère bien entendre les particullaritez de

l'honneste responce que Vostre Majesté, par la dépesche du XXIIIIe du

passé, m'a commandé de luy fère, touchant les fascheux rapportz de

milord de North, qui pense bien qu'elle jugera que les choses

n'eussent peu passer plus dignement de vostre costé, ny avec plus

d'honneur pour elle, ainsy que la sage déduction et bien ordonnée de

vostre lettre luy en manifestera la vraye vérité; et le tout y est si

bien et si proprement comprins, que je n'auray à y rien adjouxter du

mien, sinon que, possible, je y mette quelque mot, non pour plus

grande satisfaction de la dicte Dame, mais pour en tirer encores

quelqu'une d'elle pour Voz Très Chrestiennes Majestez. Et après que

j'auray bien recueilly ce qu'elle m'aura dict là dessus et sur le

propos que je luy tiendray davantage de voz présentz affères, je vous

en feray, par mes premières, ung plus ample récit; ayant à vous dire

cependant, Sire, que, du costé d'Allemaigne, et de la part des eslevez

de vostre royaulme, se poursuyt, icy, avec plus vifve instance que

jamays, une prompte provision pour continuer et maintenir la guerre.

Et je sentz bien qu'on leur faict, peu à peu, filer les responces,

sans leur accorder ny leur refuser aussy ce qu'ilz demandent, mais

l'on les entretient en bonne espérance, et mesmes l'on leur propose

comme présant, et qui se trouvera bien prest au besoing, la pluspart

de ce qu'ilz pourchassent, attandant de voyr comme procèdera le propos

de paix, après que les depputez auront esté, de rechef, devers Vostre

Majesté, et ce qui résultera de la venue du gentilhomme qu'envoyerés

pour visiter la dicte Dame. Cepandant ce que je vous ay cy devant

mandé, de l'armement de deçà, se poursuyt tousjours avec la

description des hommes; et a l'on faict venir aulcuns cappitaynes, qui

estoient en Irlande, pour dresser, icy, des compagnyes affin d'aller

en ceste expédition, n'y ayant, à présent, au dict pays d'Irlande,

depuis la réduction du comte d'Esmont, guyères de contradiction à

l'obéyssance de ceste princesse; et mesmes que ung Artus Maurice,

qu'on avoit suspect, a esté naguyères resserré, et luy faict on son

procès.

Mr de Méru est encores icy, qui va quelquefoys en ceste court, et les

ministres traictent ordinayrement avecques luy et il se tient prest

pour retourner bientost en Allemaigne; mesmes il fût party plus d'ung

moys a, sans quelque advertissement qui luy vint de France, sur le

poinct de son partement, et aussy qu'il semble qu'il attande la

responce que ceste princesse va ainsy temporisant pour l'aller

apporter luy mesmes à Mr le Prince de Condé.

J'entendz que, depuis cinq ou six jours, l'admiral d'Angleterre a

envoyé des officiers de la marine visiter les grands navyres de la

dicte Dame, comme pour commancer de les apprester pour ce printemps.

J'auray l'œil à ce qui s'y fera. Et persévérantz ceulx, qui portent,

icy, le party de Bourgoigne, au renouvellement de l'amityé de ceste

princesse avec le Roy d'Espaigne, ilz sont fort après à pourchasser

que nouveaulx ambassadeurs soient envoyez pour résider près de l'ung

et de l'aultre prince. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de febvrier 1575.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 187 / 273 题