Madame, je suis retourné, ceste foys, si satisfaict de la Royne
d'Angleterre, des honnestes et vertueux propos qu'elle m'a tenuz de
Vostre Majesté, et de l'obligation qu'elle dict avoyr de vous aymer et
respecter par dessus toutes les aultres princesses de la Chrestienté,
et de la ferme créance qu'elle veut avoyr, attandu les honnorables
offres d'amityé et d'alliance qu'elle a eues plus expresses de vous
que de nul autre prince ny princesse qui vivent, qu'il ne peut estre
que vous l'ayez volue offancer ny injurier, en vous mocquant et
faisant ceste dérision, qu'on luy a dict du feu Roy, son père. Et a si
bien rabillé ce que la collère et l'instigation d'autruy luy pouvoient
avoyr faict advancer quelque parolle, que j'estime, Madame, s'il vous
plaist luy escripre ung bon mot, de vostre main, sur l'interprétation
de ce qui peut avoyr esté faict en cella; et que Vostre Majesté
l'assure qu'il n'y a eu rien en dérision ny mocquerie d'elle ny du feu
Roy, son père, que toutes choses se réduyront entre vous deux en aussy
bons termes qu'elles ont esté jamays. Et de tant que cella ne peut
estre, en ce temps, ny pour quelles occasions qui puissent survenir,
sinon très commode et de beaucoup d'utillité aulx affères de Voz
Majestez Très Chrestiennes, et au bien de vostre royaulme, je vous
supplye très humblement, Madame, ne la vouloir mespriser. Et sur ce,
etc.
Ce IIe jour de janvier 1575.