A LA ROYNE.

Madame, par ung de ceulx que j'avoys envoyé à Amthoncourt pour

observer ce que milord de North rapporteroit de France, et pour notter

quelle satisfaction il feroit prendre à la Royne, sa Mestresse, des

choses de dellà, j'ay sceu qu'il avoit meslé, parmy les bonnes choses

et bien honnorables qu'il avoit dictes de Voz Très Chrestiennes

Majestez, aulcuns si malplaysantz et si fascheux rapportz d'elle et de

la court, que la dicte Dame restoit extrêmement picquée et offancée.

Et, sur cella, l'estant allé trouver pour luy oster cette malle

impression, elle s'est advancée de descharger son cueur, et monstrer,

par des parolles qu'elle a dictes, desquelles je ne suis demeuré

contant, qu'elle l'avoit bien fort ulcéré, et que la partye estoit

toute dressée, et aulcuns de son conseil l'avoient tramée, pour fère

qu'elle passât à quelque poinct de ropture avec Voz Très Chrestiennes

Majestez.

Dont, après luy avoyr, tout franchement et hault, respondu, mot par

mot, à ce qu'elle m'avoit dict, sellon que par mes premières je feray

le discours du tout à Vostre Majesté, j'ay esté contrainct de luy uzer

de la remonstrance que je déduictz en la lettre du Roy, laquelle m'a

semblé que luy a ouvert les yeulx, et luy a faict comprendre qu'on

vouloit artifficieusement l'attirer à ceste guerre des eslevez; si

bien qu'avant que je soye bougé d'avec elle, j'ay emporté une assez

bonne espoyr et encores une plus expresse déclaration de son

intention: que très difficilement se layrra elle embrouiller en leurs

entreprinses, aulmoins elle y résistera le plus longtemps qu'elle

pourra; et, si envoyez bientost requérir la confirmation de la ligue,

j'ay grande espérance que toutz les aultres poursuyvantz demeureront

exclus. Dont, pour mon regard, Madame, je prépareray à ces deux

gentilzhommes qui viendront, l'ung pour la dicte confirmation, et

l'autre pour résider, tout ce qui se pourra fère pour obtenir l'effect

de ce qu'aurons à requérir pour le service de Voz Très Chrestiennes

Majestez, vous remercyant très humblement, Madame, de la souvenance

qu'il vous a pleu avoyr enfin de me fère ordonner ung successeur pour

me retirer d'icy. Et sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de décembre 1574.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 159 / 273 题