Madame, ce que j'ay recueilly des propos et responces de la
Royne d'Angleterre en ma dernière audience, je le metz assez
particullièrement en ung mémoire à part au Roy, vostre filz, et me
reste seulement de vous dire que la dicte Dame supplie Vostre Majesté
de se souvenir que, au premier an du règne du feu Roy, Françoys,
vostre filz, vous luy promistes l'amityé de voz enfantz; dont elle
vous prie tenir vostre parolle pour le Roy, qui est à présent, ainsy
qu'avez faict pour les deux passez; et qu'elle ne doubte nullement que
n'ayés encores l'affection très bonne au propos que luy aviez mis en
avant pour le quatriesme; mais l'on s'est bien fort escarté de la voye
de l'effaictuer, néantmoins qu'il ne sera jamays qu'elle ne luy
vueille beaucoup de bien, et qu'elle ne l'honnore et n'ayt une très
bonne opinyon de luy.
Je suys adverty, Madame, qu'il y a ung ministre, nommé Joys, homme de
lettres, nourry longtemps en Angleterre, lequel, partant d'icy, disoit
s'en aller en Constantinople, qui s'est arresté à Paris, et escript
souvent par deçà, et mande plusieurs choses à l'advantage des eslevez,
et qu'ilz obtiendront, ceste année, tout ce qu'ilz vouldront; dont, de
tant qu'il parle plusieurs langues, et que, soubz ombre de hanter les
collèges, pour l'occasion des lettres, il pourroit praticquer des
intelligences dans la ville contre le service de Voz Majestez, il sera
bon de le fère chasser ou aulmoins prendre garde à luy.
J'ay parlé à Mr de Méru, et n'ay rien obmis du postscripta de la
lettre du Roy ni des poinctz qu'il vous pleut toucher au Sr de Vassal.
Je l'ay trouvé en collère et malcontant; mais il a remis de me
respondre, dans ung jour ou deux, dont, par mes premières, je vous
feray entendre ce qu'il m'aura dict. Et persévérant plus que jamays,
Madame, à vous supplyer très humblement pour mon congé, sellon que je
sentz, de jour en jour, diminuer ma santé et me croystre plusieurs
manquementz en la continuation de ceste charge, je pryeray le
Créateur, etc.
Ce IIIe jour de décembre 1574.
Je ne sçay de quelz termes uzer pour me douloir, à Vostre
Majesté, de m'avoyr, non oublyé, mais déjetté très
honteusement de celle grande distribution de biens qui a esté
faicte, à l'arryvée du Roy, vostre filz. Aulmoins me debvoit
ce béneffice, qu'on m'a osté, qui estoit tout mon bien, estre
rendu; et ne puis dire, Madame, sinon que je suis celluy, à
qui il vous playst de fère porter la plus notable marque
d'indignité et de défaveur, et de malcontantement, qu'à nul
aultre gentilhomme, qui soit au service de Voz Majestez; et je
laysse bien à Dieu, et elles, de juger si je l'ay mérité.