Madame, ayant mis peyne d'approfondir, en ceste court, l'occasion de
quoy il est advenu, qu'après avoyr faict retarder le voïage de Me
Wilson en Flandres, et l'avoyr si bien interrompu qu'on luy avoyt une
foys mandé de descharger ses gens, il y ayt depuis ung si soubdain
changement qu'en moins d'une heure l'on l'ayt dépesché et l'ayt on
faict incontinent partir; il m'a esté respondu à cella, que la grande
impression que j'avoys donnée à ceste princesse qu'elle pourroit
establir une ferme et perdurable amityé avecques le Roy, vostre filz,
et la grande réputation qui couroit, icy, de sa vertu, et surtout
qu'il estoit prince de parolle et de grande vérité, avoient faict
qu'elle s'estoit résolue de se commettre entyèrement à luy, et ne
passer plus oultre avec le Roy d'Espaigne; mais que, sur
l'advertissement que ceulx de la Rochelle avoient, depuis, mandé: que
la capitulation n'avoit esté gardée à ceulx de Fontenoy, il avoit esté
remonstré à la dicte Dame que, bien que le Roy se voulût rendre, en
toutes aultres choses, fort entier, il monstroit néantmoins desjà
qu'il estoit persuadé, jouxte le concile de Constance, de ne debvoir
tenir ny foy ny promesse à ceulx de la religyon dont elle estoit, et
que, pourtant, elle se hastât de renouveller, le plus tost qu'elle
pourroit, avec le Roy d'Espaigne, les anciennes amityés de Bourgoigne;
auxquelles, encor que, pour quelque occasion, il voulût bien suyvre le
concille de Constance, il n'entreprendroit toutesfoys, pour d'aultres
grandes utillitez, de préjudicier aulx dictes anciennes amityés,
oultre que, jusques icy, il n'avoit jamays démenty sa parolle.
Et par ce, Madame, que j'ay envoyé assurer que ce que ceulx de la
Rochelle avoient mandé de Fontenoy estoit faulx, aulcuns de ceulx qui
se monstrent mieulx inclinez à la France qu'à l'Espaigne, m'ont
secrettement adverty qu'on sçavoit trop bien ce qui en estoit, et que
je n'en parlasse plus; et m'ont pressé de vous fère ung article,
exprès, comme il est besoing qu'advertissiez le Roy, vostre filz, que,
en ceste cause, laquelle est aujourdhuy la plus grande de la
Chrestienté, et laquelle va bander toutes les armes et puissances des
Chrestiens les unes contre les aultres, il ne veuille laysser prendre
au monde ceste impression de luy, qu'il ne vueille bien garder la foy
et les promesses qu'il donnera, ou aultrement qu'il se prépare
ardiment de soubstenir, dans son royaulme, une guerre continuelle,
sans intermission, ny relasche aulcun, non seulement avec ses
subjectz, mais avec toutz les princes et estatz, et avec toutz les
intéressés en la dicte cause, jusques à ce que, par une deffinition et
une victoyre généralle, il ayt exterminé entyèrement tout aultant
qu'il y en a au monde.
J'ay respondu, sans promettre que je vous en escriprois, ce que j'ay
estimé digne de la grandeur du Roy et de sa couronne, et de la juste
cause, qu'il poursuyt, de recouvrer l'obéyssance de ses subjectz; et
feray, le mieulx que je pourray, pour effacer les aultres violentes
impressions, qu'on s'efforce de donner au monde, de vostre intention
et de celle du Roy. Et sur ce, etc.
Ce XXVIIe jour de novembre 1574.