Madame, je racompte sommayrement, en la lettre du Roy, ce qui
s'est passé avec les seigneurs de ce conseil, quand je les ay
festoyés, le jour de St Martin, en mon logis; et adjouxteray
davantage que, le mesmes jour, j'ay tiré, à part, Mr de
Walsingam pour luy dire que Voz Majestez Très Chrestiennes
avoient plus de plésir de son advancement, et de le voyr
monter en authorité, en ceste court, que de gentilhomme qui
fût en Angleterre, pour la bonne opinyon qu'aviez conceue de
sa vertu et de sa suffisance; et n'y avoit qu'une seule chose
qui vous mît en suspens de luy, c'est que vous l'aviez ung peu
cognu extrême au faict de sa religyon, dont creigniez qu'il se
formalizât, et qu'il se rendît plus parcial, qu'il n'estoit
besoing, près de la Royne, sa Mestresse, pour ceulx qui
s'estoient eslevez en vostre royaulme.
En quoy j'estois bien ayse qu'il eût gousté, depuis qu'il
estoit dans ce conseil, mieulx qu'il n'avoit faict auparavant,
les poinctz qui appartiennent à la souverayne authorité d'ung
prince, pour considérer qu'ayant le Roy, vostre filz, premier
que de venir à la couronne, exposé mainte foys et azardé fort
courageusement sa propre personne pour la religyon
catholicque, c'estoit bien tout ce qu'avec sa réputation il
pouvoit fère, pour ceulx de l'autre religyon contrayre, que de
leur octroyer l'entière restitution de leurs biens, la seureté
de leurs personnes, et la liberté de leurs consciences; et
que, si, dorsenavant, sa Mestresse et ceulx de son conseil
favorisoient leur opiniastreté, ny pareillement celle des
malcontantz qui leur voudroient adhérer, qu'il failloit
qu'elle et eulx confessassent de soustenir ung très maulvais
exemple de rébellion, dans l'estat du Roy, qui seroit,
possible, quelque jour, de très grand préjudice au leur.
A quoy il m'a respondu qu'il baysoit très humblement les mains
de Voz Majestez, et qu'en mettant toute la peyne, qu'il
pourroit, d'honnestement s'employer près de la Royne, sa
Mestresse, pour vostre service, il s'efforceroit d'esgaller
ses actions à la bonne opinyon qu'il vous playsoit avoyr de
luy; et qu'il ne voyoit pas que la dicte Dame ny les siens
eussent à se formalizer beaucoup pour les eslevez de vostre
royaulme, si leur octroyés, ou ne leur octroyés poinct, tout
ce qu'ilz demandent de leur religyon; et que, sellon son
advis, s'ilz obtenoient de leur prince l'entière liberté de
leur conscience, qu'ilz debvoient, attandant mieulx, louer
Dieu, et se contanter; mais qu'il y avoit bien aultre chose
qui mouvoit sa Mestresse, c'estoit de voyr que toutes les
dellibérations du Roy, vostre filz, s'alloient formant par ung
conseil qu'elle avoyt très suspect, et que, si ne luy faisiés
cognoistre qu'elle peût establir très confidemment une bonne
intelligence avec Voz Majestez mesmes, sans danger d'estre
interrompue par ceulx qu'elle a opinyon que ne la voudroient
pas, qu'il me vouloit librement dire que vous ne trouveriez
jamays que meffiances et difficultez, et très grandes
escrupulles, du costé d'elle.
Et bien que je me soys efforcé de luy rabatre ceste sienne
impression, comme très mal fondée, il a monstré d'entendre si
parfaictement tout ce qui dépandoit de ce poinct, et toutes
les circonstances d'icelluy, que je n'en ay peu tirer aultre
chose, sinon que, pour la fin, il m'a dict qu'il supplioyt
très humblement Voz Majestez de croyre que, estant
parfaictement angloix, nul seroit jamays meilleur françoys, en
Angleterre, que luy; et que bientost il reviendroit en ceste
ville, tout exprès, pour me visiter, et pour conférer
privéement de toutes choses avecques moy.