Madame, aussytost que Mr de Méru a esté de retour en ceste
ville, j'ai trouvé moyen de parler à luy, en lieu escarté, aux
champs, parce qu'il n'a ozé venir en mon logis, et, non
seulement je luy ay dict, mais je luy ay baillé à lyre ce que
me commandiez luy fère entendre par la vostre, du XXVIIIe du
passé; et y ay adjouxté toutes les meilleures raysons et
persuasions que j'ay peu, pour l'induyre à se bien disposer
vers ce que luy commandiez, lequel a monstré qu'il sentoit une
grande consolation de la bonne opinyon qu'il vous playsoit
avoyr de luy.
Et m'a respondu qu'il supplioit Vostre Majesté se souvenir
qu'il ne s'estoit absenté pour faulte qu'il eût commise, et
qu'il prenoit Dieu pour juge de son cueur, et le Roy, et
Vostre Majesté pour arbitres de ses euvres, s'il avoit jamays
faict, ny dict, ny pensé chose qui vous deût offancer;
Et qu'il n'avoit jamays eu praticque ny intelligence avec pas
ung qui portât les armes contre le Roy, ains leur avoit esté
très adversayre, fussent ilz ses proches parantz, ou non, et
avoit esté très esloigné, comme il estoit encores, et seroit
toute sa vye, de leur religyon, n'y n'avoit esté meslé en
toutes les menées que vous aviez eues suspectes à la court;
mais que, en une si grande deffaveur et ruyne, qui estoit
inopinèment, et, comme il espéroit que se trouveroit, sans
juste cause, suscités contre toutz ceulx de sa mayson, et
contre son beau père, qu'il avoit bien voulu éviter ce grand
orage, le mieulx qu'il avoit peu, attandant que le temps et la
clémence de Voz Majestez leur fît à toutz reluyre quelque plus
beau jour;
Et que, considéré ce dessus, et qu'il n'avoit aulcune privée
cognoissance avec les eslevez, ny avec pas ung de ceulx qui
ont l'authorité parmi eulx, et qu'il sçavoit qu'ilz s'estoient
pleinctz que, quand Mr de Montmorency avoit esté cy devant
employé à leur fère poser les armes, ilz avoient esté lors les
plus maltraictez, qu'indubitablement, s'il leur escripvoit à
ceste heure, ilz se mocqueroient de luy, et de ses lettres, et
qu'il ne pensoit poinct qu'il vous peût estre utille en cest
endroict;
Néantmoins que Vostre Majesté advisât en quoy et comment il
pourroit estre si heureulx que d'employer sa personne et sa
vye, et toutz ses moyenz pour le service de Voz Majestez, et
qu'il n'avoit aultre affection, ny dévotion, que de vous
rendre toute la plus parfaicte et très humble obéyssance qu'il
luy seroit possible, me priant de le vous fère ainsy entendre,
et de vous tesmoigner qu'il protestoit à Dieu, et le prenoit
en comdempnation de son âme, que toutz ses déportementz, icy,
ne tendoient qu'à honnorer et révérer Voz Majestez, et de
publier vostre louange, et la réputation de voz affères, le
plus qu'il luy estoit possible, et n'y mouvoir rien, qui peût
estre contre vostre service.
Et a monstré que, si je luy pouvois fornir d'ung passeport du
Roy, ou qu'il vous pleût luy escripre quelque mot de lettre,
qu'il vous dépescheroit incontinent ung des siens pour aller
mieux comprendre vostre intention: qui est tout ce que j'ay
peu tirer, pour ceste foys, de luy.
Et, sur les aultres remonstrances que je luy ay faictes,
touchant les ministres qui le visitent souvant, il s'est
efforcé de m'y satisfère, mais je verray comme il s'y
conduyra.