AU ROY.

Sire, estant allé trouver la Royne d'Angleterre, à soixante dix milles

d'icy, pour traicter avec elle du contenu ez quatre dernières

dépesches, que j'ay receues de la Royne, vostre mère, elle m'a

incontinent, devant toutes aultres choses, fort curieusement demandé

si j'avoys nouvelles que Vostre Majesté fût arryvée en France, et

qu'est ce que j'entendoys de vostre bon portement et santé, car on

faysoit courir le bruict que vous estiés bien fort malade en Italye.

Je luy ay respondu que la Royne, vostre mère, m'avoit escript, du

VIIIe d'aoust, qu'elle espéroit bien arryver, sur la fin du moys, à

Lyon, et qu'ung gentilhomme, que Vostre Majesté avoit dépesché vers

elle, vous avoit layssé sur le Pô, qui veniés, par eau, jusques à

Casal de Montferrat, bien sain et gaillard, et bien fort contant du

grand recueil, et des suprêmes honneurs, qu'on vous avoit faict par

toutz les lieux où aviés passé. De quoy elle a monstré d'estre bien

fort ayse; et sommes entrés en plusieurs honnestes devis de vostre

partement de Pouloigne, et de vostre long voyage.

Et m'a dict qu'elle regrettoit que son royaulme ne fût en quelque

climat, où vous eussiés eu à passer, car se fût mise en debvoir de

vous y fère toutes les sortes d'honneurs et de bonne chère qu'elle eût

peu, et, possible, que l'Empereur ny la Seigneurie de Venize ne

l'eussent, de guyères, surmontée; et que de cella estimoit elle son

païs moins heureulx que vous n'en aviés approché, ny à l'aller, ny au

retour, et qu'il n'estoit en endroict où peussiés jamays addresser

vostre chemin. Et m'a fort prié, Sire, de vous présenter, et à la

Royne, Vostre mère, ses très cordialles recommandations, et vous

assurer que, sellon qu'elle pourra cognoistre qu'aurés bonne intention

vers elle, qu'elle se disposera de nourrir une bien confidente amityé

avecques vous deux. Et remettant, Sire, de vous escripre plus

amplement par mes premières, estant le mémoire, que j'envoie à la

Royne, très ample sur tout ce qui présentement occourt par deçà, je

n'adjouxteray rien plus, icy, sinon une très dévote prière à Dieu,

etc.

Ce Xe jour de septembre 1574.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 110 / 273 题