Madame, en ce que, par ma dépesche, du XIIe de ce moys, j'avoys
présagé que j'auroys encores une foys à vous mander quelque changement
de la dellibération de ceulx cy touchant leur armement, je ne m'en
trouve nullement déceu, car, sellon que je l'ay dict, et comme je le
desirois, mais, certes, plus tost que je ne l'espérois, il est advenu
qu'ilz ont, de rechef, depuis peu d'heures en çà, entièrement cassé
tout l'appareil de leurs grands navyres. Et ne sçay d'où est procédé
ceste tant soubdeyne mutation, car don Bernardin de Mendossa, qui
vient de la part du grand commandeur de Castille, n'a point esté
encores ouy, et le secrettère de l'ambassadeur d'Angleterre ne fut pas
si tost arryvé, samedy au soyr, à Windsor, qu'on envoya icy redoubler
le commandement de haster la sortie des dictz grands navyres. Et si,
je sçay certaynement que aulcuns ministres furent, le dimanche
ensuyvant, appelez à la court, pour encourager ceste princesse à ces
deux guerres, de France et de Flandres, et pour luy remonstrer que le
salut de ce royaulme et la conservation de leur religion requéroit que
l'ordre de son armement ne se trouvât nullement diminué de ce qu'il
est, ains plustost augmenté, quand le Prince de Condé entreroit en
France, et quand l'armée d'Espaigne passeroit icy, au long, pour aller
en Flandres.
Il est bien vray, Madame, que j'avoys desjà eu, en cella, quelque
bonne parolle du comte de Lestre, dont je metz le propos à part, qui
pense bien que, de luy et de quelques ungs qui n'ont encores perdu
toute leur bonne affection vers la France, et de quelques amys du Roy
d'Espaigne, est venu maintenant ceste interrumption d'armement; et à
luy aussy, plus qu'à nul aultre, j'en rendray, samedy prochain, les
grandz mercys, quand j'iray à l'audience à Redinc, à quarante mille
d'icy, où ceste princesse m'a assigné. A laquelle je n'obmettray ung
seul poinct de toutz ceulx qui sont contenus en vostre dernière
dépesche du VIIe du présent, desquelles, en ce qui touche aulcunes
particullaritez, bien bonnes et bien desirées du Roy, vostre filz, je
m'en conjouys infinyement avec Vostre Majesté; et surtout j'ay bien
fort solennisé la nouvelle de son bref retour, car c'est ce qui
resjouyt, plus que je ne le sçauroys dire, les bons, et met en
terreur et confusion ceulx qui n'ont bonne intention.
Au regard de l'affère d'Escoce, je ne sçay comme bien y pourvoir, car,
de s'en adresser au comte de Morthon, ou à pas ung de sa faction, le
debvoir ny la rayson ne le peuvent requérir; et je ne sçay à quel, de
toutz ceulx de l'aultre party, j'en pourrois escripre, qui n'ayme,
possible, beaucoup mieulx que ce que je vous ay mandé succède, au cas
que n'y veuillés entendre pour vous, que d'en demeurer là où ilz sont.
Dont semble estre expédient que, soubz une colleur, fassiés passer
quelque escossoys confident jusques là, par mer, pour y aller manyer
ce négoce sellon vostre intention. Et sur ce, etc.
Ce XVIe jour de juillet 1574.