A LA ROYNE.

Madame, au retour de l'audience, en laquelle j'avoys recueilly les

propos que je mande en la lettre du Roy, j'ay trouvé que le Sr de

Vassal estoit arryvé, avec les deux dépesches, du XXVIIe et XXXe du

passé, en l'une desquelles, me faysant Vostre Majesté mencion de

l'ennuy qu'elle sentoit de l'extrémité du Roy, son filz, j'ay soubdain

demandé au Sr de Vassal comme il se portoit, et il m'a librement

confessé qu'avant qu'il partît, Sa Majesté avoit rendu l'esprit à

Dieu; de quoy j'ay esté très profondément attaint, jusques en l'âme,

d'ung très mortel regret, pour la perte que j'ay faicte de mon Roy et

bon Maistre, et de mon naturel Seigneur, et pour la calamité

publicque de son royaulme, qui ne pourra estre que n'en viegne plus

grande, et bien fort, pour l'extrême amertume que je sçay bien que

Vostre Majesté en sent dans son cueur. Dont, en ung si lamantable

accidant, j'ay eu mon recours à Dieu, pour dévotement le supplier que,

comme il a faict la mercy, à ce très chrestien prince, de très

chrestiennement mourir, qu'il luy playse, Madame, vous administrer une

très chrestienne consolation, et vous inspirer, d'en hault, les

remèdes qui font besoing, pour subvenir aux grands affères publicques

et privés qu'il a layssés en son royaulme.

Le courrier de l'ambassadeur d'Angleterre est bientost après arrivé,

qui a porté la confirmation de ceste dollante nouvelle; laquelle, tout

aussytost, a esté divulguée partout. Dont est besoing que j'attande,

maintenant, vostre procheyne dépesche, et que j'aye faict mon habit de

deuil, premier que de retourner vers ceste princesse; affin que, tout

par ung moyen, je luy face la condoléance de cest accidant, et que je

luy traicte du contenu ez dernières lettres de Voz Majestez, et de

celle mesmement que Vostre Majesté luy escript de sa main, ne voulant

vous ennuyer, icy, pour ceste heure, Madame, de plus long escript que

pour vous assurer que je n'obmettray rien, de tout ce qui se pourra

fère, pour retenir tousjours très soigneusement la dicte Dame en

vostre amityé. Et sur ce, etc.

Ce VIIIe jour de juing 1574.

Tout présentement, ceste princesse vient de m'envoyer visiter

par ung gentilhomme de sa chambre, et dire que si, sur ma

grande affliction du trespas du Roy, Monseigneur, elle peut

quelque chose, pour mon bien et consolation, qu'elle me

l'offre de très bon cueur; et que, de sa part, elle s'en

trouve plus attaincte que de nulle aultre dolleur qu'elle ayt

jamays sentye en sa vye, pour avoyr perdu le plus certain et

le meilleur, et le plus grand, de toutz les amys qu'elle eût

au monde, et qu'elle dellibère de vous envoyer promptement ung

gentilhomme pour s'en condouloyr avec Vostre Majesté; et

qu'aussytost que le Roy de Pouloigne sera arrivé, elle luy en

envoyera encores ung aultre pour renouveller la ligue et

l'amytié avecques luy.

L'on me vient d'advertir qu'aulcuns murmurent, icy, d'une

descente en Brouage, et que, par lettres, qui arryvèrent, hier

au soyr, de Collogne, l'on escript qu'il a esté accordé une

levée de quatre mille reytres au prince de Condé.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 68 / 273 题