Madame, encor que le prétexte, que la Royne d'Angleterre prend,
d'envoyer présentement Me Leython, cappitaine de Grènezay, devers Voz
Majestez, soit sur une occasion si honneste et pleyne d'honneur que je
n'ay ozé bonnement le luy contredire, si ay je essayé, par divers
moyens, de l'en divertyr; ou aulmoins qu'elle voulût prolonger son
partement, jusques à ce que j'aurois receu quelque pacquet de France,
par où elle peût donner plus de fondement à ce voyage; mais il semble
que le docteur Dayl la luy ayt baillée si chaude, qu'elle prend pour
ung grand poinct d'honneur de ne temporizer en cella une seulle heure.
Dont, de tant que plusieurs choses concourent maintenant avec ceste
cy, je fay aulcunes conjectures là dessus qui ont beaucoup de
vraysemblable; lesquelles le Sr de Sabran, qui va avec le dict
Leython, vous dira; et je supplie très humblement Vostre Majesté de
les considérer, et qu'au reste elle veuille fère bien recevoyr, et
fère bien traicter et gratiffier le dict Me Leython, parce qu'il est
tenu en quelque bon compte de sa Mestresse et en ceste court, et est
parant, et bien fort favory, du comte de Lestre.
J'ay admené beaucoup de raisons à la dicte Dame pour la persuader que,
sans s'arrester à l'apparence des choses, qu'aulcuns qui, possible, ne
les cognoissoient ny les entendoient, luy pourroient avoyr escripte,
elle voulût demeurer ferme au bon propos dont Voz Majestez Très
Chrestiennes l'avoient recherchée, et la recherchoient encores, plus
que jamays, pour Monseigneur le Duc. A quoy elle m'a respondu qu'il
falloit que le temps luy monstrât comme elle auroit à s'y conduyre, et
qu'elle avoit à vous fère une querelle de ce que vous aviez
aulcunement dissimulé à son ambassadeur la détention de Mon dict
Seigneur le Duc.
Et sur ce, etc. Ce IIIe jour de may 1574.
Je vous suplie très humblement, Madame, de monstrer au dict
Leython que Voz Majestez ont très bonne opinyon et grande
confiance du comte de Lestre; car il importe de tout ce que
pouvez desirer de ce royaulme, que le reteigniés en vostre
dévotion, et est nécessayre que le gratiffiés de quelque
honneste présent.