Madame, ez propos que la Royne d'Angleterre m'a ceste foys tenus, elle
a monstré, à bon escient, qu'elle portoit peyne du trouble de voz
affères, et plus de ceulx qu'on luy avoit mandé estre survenuz en
vostre court que des aultres du royaulme; dont m'a faict les honnestes
responces que je mectz en la lettre du Roy; et encores d'aultres,
touchant les grandes preuves, que Dieu faict voyr au monde, de vostre
grande prudence et de vostre vertu, mettant souvant l'une et l'aultre
à des essays si dangereux qu'ung chascun s'esmerveille comme il est
possible de vous en desmeller; et néantmoins qu'il vous en faict
tousjours venir au dessus. En quoy, si son opinyon vous pouvoit
sembler aussy bonne comme elle est loyalle et pleyne d'amityé, elle
vous conseilleroit que fissiés si sévèrement punir ceulx, que
trouveriés coupables de ces désordres, qu'il servît d'exemple aulx
aultres. Et le comte de Lestre, sellon qu'on m'a rapporté, a faict,
sur ces nouveaulx accidantz, de bien fort dignes offices vers la dicte
Dame et dans ce conseil; et a déclaré qu'il aymeroit mieulx avoyr
perdu vingt mille escuz du sien, que si Voz Majestez Très Chrestiennes
avoient reçeu de Monseigneur le Duc, ny du Roy de Navarre, le
déplaysir qu'on leur avoit escript. Si Vostre Majesté a agréable que
la dicte Dame envoye, vers le Roy, ung gentilhomme pour les
complimentz que pourriés desirer d'elle, en ce temps, il m'a semblé
avoyr comprins d'elle qu'elle le fera très volontiers. Sur ce, etc.
Ce XXIVe jour d'apvril 1574.
OULTRE LES DEUX PRÉCÉDANTES LETTRES, le mémoyre, qui s'ensuit,
a esté adjouxté à la dépêche:
Que le comte de Montgommery a escript, du XIIe de ce moys, à la
comtesse, sa femme, comme il luy envoyoit la femme de son filz,
et qu'elle ne fût plus en peyne de l'ung ny de l'aultre, car
leur entreprinse alloit très bien;
Qu'il avoit deux mille cinq centz bons hommes de pied et
envyron six centz chevaulx;
Que La Noue luy avoyt escript qu'il mît peyne de le venir
bientost joindre, par le passage qu'il sçavoit: et ne le
nommoit pas.
Lequel La Noue avoit de cinq à six mille hommes de pied, et
envyron mille chevaulx, et assuroit que tout le Poictou, tant
Papistes que Huguenotz, estoient unanimes avecques luy.
Que le dict de Montgommery espéroit avoyr bientost prins le
chasteau de Valongnes, parce que, par un garçon qui alloit
haster le secours, il avoit sceu qu'il n'y avoit plus munition,
ny de guerre, ny de bouche, dedans;
Qu'il prioit la dicte comtesse de fère advertyr les soldats
françoys, et aultres, de deçà, qui avoient intention de l'aller
trouver, qu'ilz se hastassent, pendant qu'il estoit près de la
mer, parce que, quand il auroit marché en pays, il seroit
difficile de se pouvoir conduyre jusques à luy;
Que, par des lettres de la Rochelle, du premier, de ce moys,
lesquelles le Sr de La Mothe Fénélon a trouvé moyen de voyr,
semble que le ministre Textor ayt esté seulement dépesché par
deçà, de la part du dict La Noue; et que, passant au dict lieu
de la Rochelle, il ne luy ayt esté donné aulcune instruction,
ny mémoyres, par les habitans; lesquelz monstrent que ceste
reprinse d'armes ne leur plaist; et ne s'y joignent qu'à
regret, se contantantz de l'édict qui est favorable pour eulx,
et qu'ilz sentent qu'il y a, je ne sçay quoy, de trop maulvais,
et du désordre beaucoup dans le fondz de l'entreprinse, dont
n'en espèrent bien.
Néantmoins leur agent, qui est icy, s'est envoyé excuser, vers
le dict Sr de La Mothe, s'il n'alloit plus le visiter comme
auparavant, parce que les choses estoient changées, et qu'on
s'estoit, de rechef, esmeu en France pour la cause généralle de
la religion; de laquelle il pensoit que ceulx de sa ville ne se
voudroient séparer.
Celluy, que le dict de La Mothe a faict nommer à Leurs Majestez
par le Sr de Vassal, assure fort qu'il a beaucoup de moyen en
la dicte ville, et parmy toute la noblesse du Poictou, de leur
fère accepter les honnestes conditions de paix qu'il playra au
Roy leur offrir, et s'en faict fort, ne luy manquant émulation,
ny compétence contre les aultres chefz, et promet de fère ung
très grand et loyal service à Sa Majesté.
Que le susdict ministre Textor, après avoyr négocyé en ceste
court, est passé en Ollande, et va trouver le comte Ludovic, de
la part du dict La Noue, ce qui monstre que les Allemans et
Flammantz, et Angloys, protestantz, sont de mesmes intelligence
avec les Huguenotz, et qu'il y a quelque secrette confédération
entre toutz eulx; à laquelle l'on contrainct ceste princesse de
secrettement y adhérer, sur l'impression qu'on luy donne que le
Roy s'est de nouveau ligué, avec le Pape et le Roy d'Espaigne,
contre les dicts Protestantz et contre elle;
Qu'il n'y a chose que le dict Textor rejette plus loing que
toutz propos de paix, et dict qu'on n'a garde de poser ceste
foys les armes, sans avoyr bien accommodé et estably, avec
toute seureté, le faict de leur religyon: dont semble que le
Roy doibt préparer ses forces pour n'estre contrainct de ses
subjectz, ains pour les contraindre, eulx, d'accepter, de luy,
les condicions qu'il leur voudra bailler;
Que plusieurs particulliers, icy, font provision d'armes et de
monitions de guerre, que le dict de La Mothe souspeçonne estre
pour en accomoder le dict de Montgommery; et se dict que
envyron quatre centz gentilshommes, ou soldatz, anglois, se
préparent pour l'aller trouver, à quoy icelluy de la Mothe
s'opposera, le plus qu'il luy sera possible;
Que le cappitaine Girons, de Dieppe, a une entreprinse d'aller,
avec quelques siens navyres de guerre, brusler la Salamandre,
et aultres vaisseaulx, qui sont dans le hâvre de Dieppe, et
mettre le feu dans la ville, s'il peut, affin d'essayer si, par
ce désordre, il pourroit surprendre le chasteau: à quoy le dict
de La Mothe a mandé, par deux voyes, à Mr de Sigoignes, d'y
prendre garde;
Que le vidame de Chartres promect bien tousjours de ne
s'entremettre de rien contre le service du Roy. Néantmoins il
semble que la nécessité le contreigne de sortir d'icy, et qu'il
dellibère d'aller trouver le prince d'Orange ou le comte
Palatin; dont le dict de La Mothe l'a prié de ne vouloir
partir, sans le fère sçavoyr au Roy: et il luy a dissimulé
qu'il eût volonté de s'en aller.