A LA ROYNE.

Madame, après avoir debbatu à ceste princesse la forme de sa responce,

en la façon que je mande en la lettre du Roy, et trop plus amplement

et plus vifvement que je ne le puis pas mander, je l'ay curieusement

observée si, en aulcunes de ses parolles, ou de ses contenances, je

pourrois noter qu'elle se fût alliennée du propos de Monseigneur,

vostre filz; mais, ou soit qu'elle le sçache bien cacher ou bien

qu'il soit ainsy, je n'y ay peu cognoistre sinon la mesmes bonne

disposition qu'elle a tousjours monstrée vers luy. Dont luy ay touché,

en passant, si elle n'entendoit pas que les mesmes articles, qui

avoient esté desjà trouvés bons au propos du Roy de Pouloigne,

restassent entiers et accordés pour Monseigneur le Duc, et si elle luy

feroit pas l'honneur, au cas qu'il vînt par deçà, et qu'ilz se

peussent complère, de l'espouser, sans luy donner la peyne de repasser

la mer, attandu que ce ne seroit par procureur, ains en personne,

qu'il luy viendroit offrir son service. A quoy elle m'a respondu que

je ne demandois rien qui ne fût raysonnable, sinon en ce que je

pressois un peu trop l'affère, d'aultant qu'il failloit que le mariage

fût publicque et solennel, là où l'entrevue seroit privée, et, entre

peu, dans une salle. Dont j'estime, Madame, que, si Voz Majestez se

résolvent à la dicte entrevue, en privé, car je ne pense point qu'on

en puisse obtenir d'aultre, qu'il sera bon que vous réserviés de la

fère en la plus commode et honnorable façon que vous jugerés convenir

à vostre grandeur, et à la dignité de Mon dict Seigneur, vostre filz;

et que les deux pointz, dessus, soient gaignés, premier qu'il passe,

affin de prendre tousjours pied, et avoyr des arres, sur ceulx qui

artifficieusement subtilisent par trop les points de cest affère, et

qui espèrent par là le mener à rupture. Dont vous plerra en toucher

quelque mot à l'ambassadeur de la dicte Dame, et le disposer

d'escripre tousjours en bonne sorte par deçà, car ses lettres n'y

peuvent estre sinon utilles; et me commander, au reste, par le retour

du Sr de Vassal, l'ordre qu'il vous plerra que je preigne, car je ne

fauldray de bien entièrement l'observer. Et vous remercye très

humblement, Madame, de la favorable recordation qu'il vous a pleu

avoyr de moy, vers le Roy, pour me fère retenir de son privé conseil,

chose que je reçoys en plus grand heur que nulle aultre qui m'eût peu

venir de l'élection et bénefficence de Voz Majestez, et en laquelle je

regrette infinyement que mon insuffisanze m'en oste le mérite; mais

j'espère y apporter tant de dilligence et de fidellité que Vostre

Majesté ne se repantira de son bienfaict, pour lequel ce qui me reste

de vye sera pour jamays employé à vostre service, aydant le créateur

auquel je prye, etc.

Ce IXe jour de febvrier 1574.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 21 / 273 题