A LA ROYNE.

Madame, premier que la Royne d'Angleterre soit partie d'icy pour aller

à Hamptoncourt, encor que ce ayt esté bien soudaynement et à la haste,

je l'ay néantmoins fort pressée, et faicte bien fort instamment

presser, par milord trésorier et par le comte de Lestre, de me vouloyr

fère sçavoyr la responce qu'elle entend fère à Voz Majestez Très

Chrestiennes touchant le propos de Monseigneur le Duc, vostre filz;

mais il ne m'a esté possible de tirer aultre chose d'elle, sinon que,

dans peu de jours, elle me feroit appeler pour me la dire, et que, si

elle se trouvoit maintenant un peu longue à se résouldre en cella,

qu'elle vous prioit, Madame, de vous souvenir que vous aviés bien esté

six moys entiers sans luy mander rien de certain touchant l'entrevue;

à l'occasion de quoy elle vous supplioyt qu'à ceste heure vous

layssiés compenser la longueur de l'une avec celle de l'aultre. Et

bien, Madame, que je n'aye deffally de responce là dessus, elle m'a

néantmoins fort conjuré de ne me douloyr de ce petit dellay, qui luy

faysoit encores besoing, car m'assuroit qu'il ne seroit long. Et le

comte de Lestre a prins en luy de m'envoyer ung de ses gentilshommes

pour m'advertyr proprement du jour que j'iray trouver la dicte Dame;

mais, ne m'attendant du tout à cella, je viens de luy dépescher, tout

à ceste heure, ung des miens, affin de le luy recorder. Et semble

qu'elle ayt esté persuadée d'accomplir ce que le duc d'Alve desiroit

en cest affaire, qu'elle ne conclûd rien avec Monseigneur, vostre

filz, sans avoyr entendu quelz advantages l'on luy feroit proposer

pour le filz de l'Empereur; et, possible, aulcuns, en ceste court,

s'attendent que le baron d'Aubigny en mette quelque chose en avant, et

qu'il ayt charge d'en parler. Et il est bien certain que, toutes les

foys que Voz Majestez Très Chrestiennes ont faict attacher chaudement

ceste praticque, que, du costé d'Espaigne, l'on n'a fally, soubz

aultres prétextes, d'envoyer soubdain icy des ambassadeurs pour y

donner tout l'empeschement qu'on a peu; tant y a qu'on me faict

accroyre que debvés encores paciemment attandre ceste responce, sans

vous désespérer de vostre pourchas.

Et milord Trésorier, avec lequel j'en ay, depuis deux jours, fort

estroictement conféré, m'a dict que les adversayres du propos, encor

qu'ilz soient en grand nombre, n'ont, jusques à ceste heure, peu

prévaloyr contre la dellibération des principaulx du conseil, qui

sont fort bien résolus pour le mariage de leur Royne. Sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour de janvier 1574.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de la Motte Fénélon, Tome Sixième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 14 / 273 题