La fameuse tour de Pise, sur laquelle nous avons publié déjà,
il y a deux ou trois ans, des détails qu'il nous faut en partie rappeler
aujourd'hui, affecte des allures de plus en plus penchées, et ses
admirateurs comme ses détracteurs passent, à son sujet, par des émotions
aussi vives que contradictoires.
On ne sait pas exactement si la tour que construisit l'architecte pisan
Bannono fut conçue en 1174 telle qu'elle fut achevée au quatorzième
siècle par Tomaso: il est infiniment probable qu'au contraire elle était
destinée, comme toutes ses congénères, à s'élever suivant la verticale,
mais qu'un tassement fortuit du sol survint, lui donnant une inclinaison
anormale, et lui valant à coup sûr le meilleur de sa renommée. L'angle
que son axe forme avec l'horizon a été mesuré en 1817, en 1859, et enfin
en 1911, par une commission scientifique nommée par le gouvernement
italien. Le _Génie civil_ rapporte que le faux aplomb de sa septième
corniche par rapport à la première, qui était en 1817 de 2 m. 868 était
de 3 m .063 en 1859, et qu'il a augmenté de 7 centimètres seulement
depuis cette époque jusqu'à 1911. La Commission italienne a posé à
cette époque de nombreux repères, grâce auxquels il a été possible de
constater que l'inclinaison de la tour est devenue légèrement plus
grande dans ces tout derniers temps. Le phénomène vient, après de
nombreuses recherches, d'être attribué à un tassement continu
résultant de l'existence d'un cours d'eau souterrain: celui-ci va être
immédiatement détourné, son lit sera comblé par du ciment, et tout
autorise à croire que, dans l'avenir, la tour de Pise, ne penchera
jamais plus qu'elle ne le fait à l'heure actuelle.