_Voir les gravures, pages 170 et 171._
A la demande d'une indemnité de guerre que formulait le Japon, au début
des pourparlers de paix, la Russie a obstinément répondu: «Pas un
kopeck». Ce désaccord sur la question d'un dédommagement pécuniaire à
accorder au vainqueur fut la cause du différend le plus sérieux qui ait
divisé les plénipotentiaires réunis à Portsmouth. On a pu craindre un
moment qu'il ne fît échouer la conférence. Mais le Japon a généreusement
cédé sur ce point devant l'intransigeance de la Russie. La seule
indemnité en argent qu'il recevra doit compenser seulement la différence
entre les dépenses nécessitées par l'entretien des prisonniers russes au
Japon et celles relatives à l'entretien des prisonniers japonais en
Russie.
On estime à 71.000 environ le nombre des soldats et marins russes
internés dans l'archipel nippon. En regard de ce chiffre, celui des
prisonniers faits par les Russes est insignifiant. L'engagement qui leur
a été, à ce point de vue, le plus favorable, celui de Heikoutaï, leur a
donné 300 prisonniers.
D'un côté comme de l'autre, on s'est montré extrêmement humain pour ces
soldats malheureux.
Les Japonais valides emmenés en Russie sont pour la plupart au village
de Medwied, dans le gouvernement de Nijni-Novgorod; les malades et les
blessés ont été soignés à l'hôpital militaire de Moscou. Aux uns comme
aux autres on a laissé toute la liberté compatible avec les règlements
militaires.
Au Japon, on ne demeura pas en reste de chevalerie. L'accueil fait aux
prisonniers russes par les populations fut courtois, presque empressé.
On poussa la charité jusqu'à s'occuper de les instruire. En attendant
qu'ils fussent en état d'apprendre le japonais, ce qu'un certain nombre
auront tenté, on apprit à la masse à lire...le russe; car on sait
combien est grande, en Russie, la proportion des illettrés.
Un jour, on organisa spécialement pour les prisonniers, à Himeji, avec
le concours d'une troupe célèbre d'acteurs--la troupe d'Ichikawa
Danzo--une représentation théâtrale, où ils purent voir ce qu'étaient
les somptueux guerriers japonais d'autrefois, les _Samouraïs_ aux belles
armures.