Il n'était pas allé de flotte anglaise dans la Baltique depuis 1854.
Celle qui y parut alors--c'était pendant la guerre de Crimée--ne faisait
point une visite de courtoisie et saluait la terre avec de bons boulets.
Cette fois, l'empereur Guillaume II ayant manifesté l'intention vague de
proclamer, d'accord avec les autres puissances intéressées, la Baltique
«mer fermée», la réponse ne s'est point fait attendre: l'escadre
anglaise de la Manche, accompagnée d'une escadre de croiseurs sous les
ordres de l'amiral Wilson, soit neuf cuirassés et huit croiseurs,
quittait les eaux dans lesquelles elle croise habituellement et se
rendait directement à Swinemunde (Allemagne), d'où elle devait gagner
Danzig, puis Cronstadt, Esbjerg (Danemark) et Ymuiden (Hollande).
Après les protestations et les craintes exprimées par la presse
allemande au moment où cette visite fut annoncée, on ne pouvait pas
s'attendre à ce que l'accueil, à Swinemunde, fût des plus chaleureux.
«Les autorités, nous écrit notre correspondant, se sont montrées polies
et la population est restée de glace avec je ne sais quoi d'inquiet qui
ne s'est dissipé que lorsque la flotte allemande est venue saluer
l'amiral anglais et s'est mise à l'ancre derrière la flotte anglaise.
Cette surprise que les marins allemands avaient réservée à leurs
camarades anglais remplissait de joie les baigneurs' de Swinemunde, qui
se délectaient de voir que, s'ils avaient voulu, les Allemands tenaient
les Anglais dans le port comme dans une souricière!»
[Illustration: La libre pensée devant le Sacré-Coeur: M. Le Grandais
prononçant son discours au pied de la statue du chevalier de La Barre.]
[Illustration: Marins anglais achetant des cartes postales à
Swinemunde.]