M. Dubuis, qui soufflait autant que la machine, dit aux Anglais:

--Voulez-vous être mes témoins?

Tous deux répondirent ensemble:

--Aoh! yes!

Et le train s'arrêta.

En une minute, le Prussien avait trouvé deux camarades qui apportèrent

des pistolets, et on gagna les remparts.

Les Anglais sans cesse tiraient leur montre, pressant le pas, hâtant les

préparatifs, inquiets de l'heure pour ne point manquer le départ.

M. Dubuis n'avait jamais tenu un pistolet. On le plaça à vingt pas de

son ennemi. On lui demanda:

--Êtes-vous prêt?

En répondant «oui, monsieur!», il s'aperçut qu'un des Anglais avait

ouvert son parapluie pour se garantir du soleil.

Une voix commanda:

--Feu!

M. Dubuis tira, au hasard, sans attendre, et il aperçut avec stupeur le

Prussien, debout en face de lui, qui chancelait, levait les bras et

tombait raide sur le nez. Il l'avait tué.

Un Anglais cria un «Aoh!» vibrant de joie, de curiosité satisfaite et

d'impatience heureuse. L'autre, qui tenait toujours sa montre à la main,

saisit M. Dubuis par le bras, et l'entraîna, au pas gymnastique, vers la

gare.

Le premier Anglais marquait le pas, tout en courant, les poings fermés,

les coudes au corps.

--Une, deux! une, deux!

Et tous trois de front trottaient, malgré leurs ventres, comme trois

grotesques d'un journal pour rire.

Le train partait. Ils sautèrent dans leur voiture. Alors, les Anglais,

ôtant leurs toques de voyage, les levèrent en les agitant, puis, trois

fois de suite, ils crièrent.

--Hip, hip, hip, hurrah!

Puis ils tendirent gravement, l'un après l'autre, la main droite à M.

Dubuis, et ils retournèrent s'asseoir côte à côte dans leur coin.

La Femme de Paul · 第 41 / 44 题