cette belle parole: «Tout ce que Dieu veut est juste, mais le
_juste_ ne doit pas être nommé ainsi uniquement parce que Dieu le
veut: _non ex hoc dicitur justum quod Deus illud vult_.» La
doctrine morale de l'avenir est renfermée là tout entière; et de
ce principe fécond on peut immédiatement déduire celui-ci:
Non-seulement il est bien, au point de vue de la foi, de faire ce
que Dieu commande, mais encore, au point de vue de la raison, il
est bon et raisonnable de lui obéir. L'homme donc pourra dire: Je
fais le bien non-seulement parce que _Dieu le veut_, mais aussi
parce que _je le veux_. La volonté humaine sera ainsi soumise et
libre en même temps; car la raison, démontrant d'une façon
irrécusable la sagesse des prescriptions de la foi, agira de son
propre mouvement en se réglant d'après la loi divine, dont elle
deviendra en quelque sorte la sanction humaine. Alors il n'y aura
plus ni superstition, ni impiété possible, on le comprend
facilement d'après ce que nous venons de dire: donc, en religion
et en philosophie pratique, c'est-à-dire en morale, l'autorité
absolue existera et les dogmes moraux pourront seulement alors se
révéler et s'établir.
Jusque-là, nous aurons la douleur et l'effroi de voir tous les
[558] jours remettre en question les principes les plus simples et les
plus communs du droit et du devoir entre les hommes. Sans doute,
on fera taire les blasphémateurs; mais autre chose est imposer
silence, autre chose, persuader et convertir.
Tant que la haute magie a été profanée par la méchanceté des
hommes, l'Église a dû la proscrire. Les faux gnostiques ont
décrié le nom si pur d'abord du gnosticisme, et les sorciers ont
fait tort aux enfants des mages; mais la religion, amie de la
tradition et gardienne des trésors de l'antiquité ne saurait
repousser plus longtemps une doctrine antérieure à la Bible, et
qui accorde si parfaitement avec le respect traditionnel du
passé, les espérances les plus vivantes du progrès et de
l'avenir?
Le peuple s'initie par le travail et par la foi à la propriété et
à la science. Il y aura toujours un peuple, comme il y aura
toujours des enfants; mais quand l'aristocratie devenue savante
sera une mère pour le peuple, les voies de l'émancipation seront
ouvertes à tous, émancipation personnelle, successive,
progressive, par laquelle tous les appelés pourront, par leurs
efforts, arriver au rang des élus. C'est ce mystère d'avenir que
l'initiation antique cachait sous ses ombres; c'est pour ces élus
de l'avenir que sont réservés les miracles de la nature
assujettis à la volonté de l'homme. Le bâton sacerdotal doit être
la baguette des miracles, il l'a été du temps de Moïse et
d'Hermès, et il le sera encore. Le sceptre du mage redeviendra
celui du roi ou de l'empereur du monde, et celui-là sera de droit
le premier parmi les hommes, qui se montrera de fait le plus fort
par la science et par la vertu.
Alors la magie ne sera plus une science occulte que pour les
[559] ignorants, mais elle sera pour tous une science incontestable.
Alors la révélation universelle ressoudera les uns aux autres
tous les anneaux de sa chaîne d'or. L'épopée humaine sera
terminée et les efforts même des Titans n'auront servi qu'à
rehausser l'autel du vrai Dieu.
Alors toutes les formes qu'a successivement revêtues la pensée
divine renaîtront immortelles et parfaites.
Tous les traits qu'avait esquissés l'art successif des nations se
réuniront et formeront l'image complète de Dieu.
Le dogme épuré et sorti du chaos produira naturellement la morale
infaillible, et l'ordre social se constituera sur cette base. Les
systèmes qui se heurtent maintenant sont les rêves du crépuscule.
Laissons-les passer. Le soleil luit et la terre poursuit sa
marche; insensé serait celui qui douterait du jour!
Il en est qui disent: Le catholicisme n'est plus qu'un tronc
aride, portons-y la hache.
Insensés! ne voyez-vous pas que sous l'écorce desséchée se
renouvelle sans cesse l'arbre vivant. La vérité n'a ni passé ni
avenir; elle est éternelle. Ce qui finit ce n'est pas elle, ce
sont nos rêves.
Le marteau et la hache qui détruisent aux yeux des hommes, ne
sont dans la main de Dieu que la serpe de l'émondeur, et les
branches mortes, c'est-à-dire les superstitions et les hérésies,
en religion, en science et en politique, peuvent seules être
coupées sur l'arbre des croyances et des convictions éternelles.
Notre _Histoire de la magie_ a eu pour but de démontrer que, dans
[560] le principe, les grands symboles de la religion ont été en même
temps ceux de la science alors cachée.
Que la religion et la science, réunies dans l'avenir,
s'entr'aident donc et s'aiment comme deux soeurs, puisqu'elles
ont eu le même berceau!
FIN