V. Examen du poème au point de vue philologique.

§ 1. _Versification_. — La versification de l'Histoire du Maréchal

n'offre aucun caractère exceptionnel ni même rare. Indiquons-en

cependant les traits principaux.

A l'époque où l'auteur composait, on ne suivait plus guère l'ancienne

règle selon laquelle les deux vers rimant ensemble étaient liés par le

sens non moins que par la rime, en sorte que toute phrase, ou du moins

toute proposition, devait se terminer avec le second vers de la paire ou

couplet. Chrétien de Troie paraît avoir introduit l'usage de briser

l'unité du couplet en terminant une phrase avec le premier vers d'un

couplet, une nouvelle phrase commençant avec le second. Ce qui n'était

de sa part qu'une sorte de licence devint, chez certains trouvères, tels

que Raoul de Houdenc, Huon de Méry, les auteurs de _Guillaume de Dole_,

de l'Escoufle, etc., une recherche d'élégance. L'his

m /i

torien du Maréchal ne vise à aucune recherche de ce genre, mais il ne se

fait pas faute de commencer ses phrases avec le second vers de la paire

lorsqu'il le juge à propos[206].

J'ai eu plus d'une fois l'occasion de remarquer que les poètes normands

et anglo-normands admettent de temps à autre quatre ou même six vers

consécutifs sur la même rime[207]. Notre auteur se permet quelquefois

cette licence : 1651-4, 3039-42, 3111-4, 3347-51, 4623-8, 6169-72,

6339-42, 10519-22, 13107-10, 16321-4.

Il rime fort exactement, ne se permettant aucune assonance, et

recherchant les rimes que nous appelons riches, celles qui comportent

l'identité de la consonne d'appui et même de la voyelle qui précède

cette consonne (rimes léonines). Ainsi, il fera rimer ensemble _rei,

conrei, desrei_, 41, 473, 1307, di avec _amaladi_, 89, merci avec ci,

709, sucurut avec _murut_, 75, _commencement_ avec definement, 3, etc.

C'est de sa part une tendance, non un usage constant[208]. Le désir de

faire des rimes léonines entraînait les poètes du moyen âge à accoupler

soit le simple avec un de ses composés, soit deux composés du même mot.

Ici, les exemples abondent. Dans les cent cinquante premiers vers nous

trouvons faire-afaire, reprendre-entreprendre, amaisniée-maisniée,

endurer-durer, enprises-aprises, tenue-maintenue, tindrent-maintindrent,

tenir-main_tenir, mesléedemeslée_. L'auteur fait quelquefois rimer un

mot avec lui-même (_s'entendent-entendent_, 9, en seantseant, 215, _tote

voie-a la voie_, 333, _grant poeir-plus que poeir_, 1825), mais il le

fait ordinairement avec plus de discrétion que certains de ses

contemporains[209] : il y a toujours une différence de sens ou d'emploi

entre les deux mots identiques associés par la rime[210]. Ainsi, aux

vers 2019-20, _mains_ rime avec lui-même ; mais, au second vers, ce mot

fait partie de la locution _prendre en mains_. Aux vers 2061-2 _mains_

(minus) est employé dans deux locutions différentes : _al mains_ et

_plus que mains_. Il y a pourtant quelques exemples où la différence est

uniquement dans le mot qui précède la rime. Nous voyons _deus cenz_

rimer avec _sis_ cenz, v. 5083-4, et se sistrent avec n'i sistrent, v.

7203-43.

Les rimes féminines étant considérées comme léonines, puisqu'elles

portent sur les deux dernières syllabes du mot, sont naturellement très

nombreuses chez les poètes qui cherchent à rimer richement. La

proportion de ces rimes varie singulièrement d'un poème à l'autre ; il y

a donc là un caractère qu'il est utile de définir. Ici, la moyenne des

rimes féminines est d'environ 45 pour 100. Elle paraît plus forte dans

le commencement que vers la fin. Dans les mille premières paires de vers

(v. 1 à 2,000), j'ai compté 462 paires féminines. Du v. 13001 au v.

14000, j'en ai compté 209 seulement et du v. 18001 à 19000 je n'en

trouve _que_ 179. C'est une proportion fort élevée et qui dépasse

notablement la moyenne. C'est celle que j'ai relevée pour _l'Escoufle_.

Il est quelques poèmes où les rimes féminines sont plus nombreuses

encore : _l'Estoire de la guerre sainte_ d'Ambroise, où elles atteignent

le chiffre de 60 pour 100. Au bas de l'échelle nous trouvons le poème de

Dermot (Conquête de l'Irlande) avec environ 13 pour 100. L'élision de Ye

final atone suivi d'un mot commençant par une voyelle est de règle. Font

exception les mots ce (pour ç o ou ceo), 295, 643, 931, 986 ; ne, 87,

208, 269, 1454, 1506 ; que (écrit aussi ke), 143, 232, 643, 674, 832,

888. Pour ces mots, l'élision est facultative[211]. Les autres cas de

non élision de Ye final atone qui se rencontrent ça et là dans le poème

me sont très suspects[212] ' —.

§ 2. _Langue_. — Je me bornerai à indiquer ici les traits

caractéristiques de la langue du poète tels qu'ils peuvent se déduire

des rimes. Je ne puis, sous peine d'allonger démesurément cette

introduction, songer à épuiser la matière. Les rimes, étant en général

fort exactes, fournissent des données assez sûres touchant la

prononciation du poète. Cependant, ici comme en bien d'autres poèmes, on

peut remarquer que l'auteur employait parfois, pour la commodité des

rimes, des formes divergentes. Ainsi, li fait rimer _Salesbire_

(Salisbury) avec _dire_, 146, avec _Hantsire_ (Hampshire), 1554, mais il

emploie aussi les formes _Salesbére_, 344, 12125, 15892, pour rimer avec

arriére, mère, père ; enfin, Salesbiere, 14609, rimant avec _Piere_.

Nous avons vu plus haut (p. xiv) que le fidèle écuyer du Maréchal était,

selon les besoins de la rime, appelé _Johan d'Erlée_ et _Johan d'Erlie_.

J'ai relevé au vocabulaire, sous _cuidier_, deux formes pour le présent

de l'indicatif, première personne : _oui_, rimant avec _lui_, et _cuit_

rimant avec _tuit_. Nous trouvons _envire_ (invidia), 37, associé à

_dire_, plus souvent _envie_, 85, 1514, 2148, 2978, rimant avec _vie,

chevalerie, mie_. De même _navile_, en rime avec _Canvile_, 9672, et

ailleurs _navie_. _Ostal_ et _ostel_ lui fournissent aussi deux rimes

différentes ; voir le vocabulaire.

Ce sont là les irrégularités qu'on observe fréquemment dans la poésie de

l'époque et qui se limitent à un petit nombre de cas. En somme, les

rimes attestent une langue assez fixe, et cette langue est bien celle du

continent, spécialement de la Normandie[213]. Quelques rimes semblent

indiquer des habitudes de prononciation anglo-normande ; mais, outre que

ces rimes sont fort rares, li n'est pas sûr qu'elles n'étaient pas

autorisées au commencement du xni° siècle par la prononciation normande.

Les diphtongues ai et ei, suivies d'une nasale, riment ensemble :

_mains_ (manus) s'associe à meins[214] (minus), 721, 1874, 3200 ; h

pleins, 536 ; _main_ à _frein_, 340, 2615, 2842. De même _remaint_

(remanet) et _remeint_ (subj. de remener), 13539 ; _main_ et _amein_

(ind. pr. à' amener), 13533 ; _mains, vilains_ et Reins, 11705, 117171.

Ai, non suivi d'une nasale, rime avec _è : maistreestre_, 465, 735,

1283, 1965, 1977, etc. ; _naistre-estre_, 877 ; estre-paistre, 2635 ;

après-mais, 489 ; malvais-adès, 11077 ; _pais_ (pacem) -près, 12949 ;

_presse-laisse_, 921, 1509.

Ce qui est plus rare sur le continent — car en Angleterre il n'est rien

de plus ordinaire — c'est l'association à la rime à'ié et d'é. Nous en

trouvons ici quelques exemples qui ne sont pas tous assurés :

_encontrérent-espargnérent_, 323 ; trovèrent guidèrent, 313 ; quidér

ent-returnérent, 267 ; guider entèrent, 10275 ; èrentmangièrent, 19123 ;

_père_ (pater) _-Perre_ (Petrum), 10923. De ces exemples, il faut

d'abord retrancher[215] ceux où paraît guidèrent. Sans doute, la forme

la plus générale est quidiérent (ou cuidiérent). Mais on a déjà remarqué

que, chez Benoît de Sainte-More et chez Wace, la forme habituelle de

l'infinitif est _cuider_ et non _cuidier_[216]%. Nous avons donc, dans

la forme guidèrent, au lieu de quidiérent, un indice de l'origine

normande de notre poème. Quant à _Perre_, au lieu de _Pierre_, c'est une

forme qui n'est pas étrangère au français continental (Saint-Père, de

Chartres)[217]. Reste espar gnérent et mangiérent, dont il serait à la

rigueur possible de se débarrasser par une correction[218], mais le cas

est trop isolé pour qu'il soit permis d'en tirer une conclusion sur la

langue de l'auteur.

Les rimes _iée_ et ie sont nettement distinctes : jamais le poète ne

ferait rimer _maisniée_ avec _hardie_ ; ce n'est pas qu'on ne trouve

souvent maisnie, mais c'est le copiste qui est responsable de cette

forme, comme nous le verrons plus loin : l'auteur prononçait _maisniée_.

Le suffixe ellus, ellos aboutit à _eals_, où la tonique porte sur l'a.

Preials (pratellos) rime avec _leals_, 5293, 12905, _Mareschals_, 4993,

_vasals_, 10963, aussi bien qu'avec _beals_ (bellus), 10759, 12645,

_chasteals_, 12840, isneals, 5031, 10987. De mêmeelm devient _ealm_,

comme le prouve la rime _Willealme, healme_[219], _reaime_, 383, 2967,

16747'.

Il n'est pas besoin de prouver qu'en reste toujours distinct d'an ; par

conséquent, au v. 5602, crest'ians, rimant avec _flamens_, doit être lu

_crestïens_, qui est du reste la graphie habituelle. La rime

granz-laienz, 10683, est bien exceptionnelle.

Dans la diphtongue ue (latin ô) l'accent portait sur la fin, comme le

montre la rime _muert-quiert_, 8215, mais le même fait s'observe en des

textes plus anciens[220].

Les mots savants _apostorie, estorie_ (historia, stolium), glorie,

memorie, victorie, et le nom de lieu _Montorie_ riment ensemble, 3165,

3678, 4327, 4443, 9641, 11601, 16523, 17317, 17533, 19211 ; toutefois,

le son de la finale devait s'approcher du son oi, venant d'e ou à'ï, car

nous rencontrons voire-estoire, 17293, apostoirecroire, 18049,

aposioire-voire, 18075.

L'o à'_ost_ est ouvert et rime naturellement avec _acost_, 933, ost

(subjonctif _à'oster_), 4613, _tost_, 183, 201, 2023, 2165. Mais,

d'autre part, il rime avec _cost_, 363, avec _aost_, 10913, 17263, où

l'o est fermé et équivaut à ou de la notation moderne. Même observation

au sujet de Pentecoste, qui rime constamment avec coste (coûte), 36831.

Nuire rime avec _martire_, 713, _conduie_ avec _mie_, 1403, _fui_ avec

_merci_, 9285 (cf. p. cxiv, note 3), ce qui montre que dans la

diphtongue ui l'accent portait sur l't[221]. Nous avons constaté plus

haut, à propos du suffixe ellus, la même tendance à faire prédominer la

seconde partie de la diphtongue.

Le poète distingue soigneusement s de z, comme on le verra par les deux

séries de rimes qui suivent, la première ens, lasecondeenz :

Rimes en S.

_seals_, 796, _noveals_, 3486, oiseals, 1328, perdrials, 561, Preials

(pratellos), 4662, 5293, _seveals_, 795. eis : _anceis_, 1 104, Angleis,

1212, _borgeis_, 5090, _conreis_, 2535, _corteis_, 1364, _demaneis_,

2333, _Franceis_, 1103, 1211, /"reis, 5023, _gabeis_, 1363, _herneis_,

1372, mets, 5089, palefreis, 1371, reis, 2536, 2719, Tïeis, 4468,

taraeis, 2720. eiss et afns : _freins_, 996, _mains_, 536, 995, 1874,

wieiras (minus), 1873, pleins, 535. eus : osens, 1409, pens, 1808, sens,

1906, rews, 3664, Jens, 1410, 1807, 1905. es et aïs : _Bealvais_, 11586,

/es (fascera), 9983, _mais_, 658, 4394, 11585, pais, 657, 4393, 8142,

près, 8141, 9984. ibns : _biens_, 1941, _chiens_, 1693, _miens_, 3761,

_riens_, 1694, 1942, 3762. lis : ehiés, 3863, _meschiés_, 3864. iecs :

_gieus_, 2213, 3310, /iews, 2214, _Mahieus_, 3309. is : omis, 609, asis,

6474, escAis, 6362, _Henris_, 805, 2339, 2403, /. oo'is, 806, mis, 610,

ocis, 1000, pais, 4484, 6361, ^ensis, 1226, _pis_ (pejus), 44, _pris_

(prehensus), 162, 681, pris (pretium), 161, 682, _ris_, 2340, 2404,

_vis_, 43, 6473. ôrs : _cors_ (corpus), 272, 3456, 7042, _fors_, 271,

3455, _lors_, 7041. ôrs :. ;'ors, 5780, meillors, 5779, plusors, 2026,

4116, _secors_, 4115, Jors, 2025, 8913, fors, 8914. ôs : ados, 2169,

_dos_, 2170, enclos, 2405, flos (fluclus), 3378, _gros_, 7385, _los_,

2406, 2587, 3377, os, 2588, _repos_, 3927.

6s : angoissos, 456, 6758, _coragos_, 2087, _glorios_, 6977, A« nios,

6757, iros, 8133, perillos, 455, vos, 2088, 6978. ods : _cous_ (colpos),

1433, 6136, _cous_ (collos), 6135, _mous_, 1434. ob*s : _buens_, 1143,

1888, _quens_, 1144, _suens_, 1887. uis : _pertuis_, 647, uis, 648. —

_Puis_ (adv.) et <ris riment ensemble, 2705, 3655, 4459. es : _dus_,

6151,,/ws, 1856, 4349, nus, 6546, pins, 1855, 6152, 6545, _sus_, 4350.

Rimes en Z.

aiz : /bus, 1133, sor/ais, 15175, 17797. alz, auz : asauz, 454, bauz,

2918, 4676, noauz, 453, Reinalz, 4675, ribauz, 7755, Tiebauz, 2918.

anz : amblanz, 6694, o » z, 715, 7280, enfanz, 741, granz, 716, 742,

6693, owans, 1033, 3999, servanz, 6531, fara[222], 1034, 4000, vaillanz,

6167, 6532. arz : esgarz, 7128, Hamarz, 5176, mars (Martius), 5175, mars

(marcos), 7127. az : alesnaz, 168901, braz, 895, 2511, 3866, 9480,

16889, desbraz, 896, 2512, deslaz, 3865, 9479. eiiïz : esteinz, 269,

estreinz, 270. biz : agreiz, 3373, dret's, 4193, 7038, 8440, feiz

(vicem), 3374, 4194, 8439, et les futurs à la 2* pers. du plur. enz :

cens, 5083, contenz, 3974, dedenz, 434, 548, 1294, dens, (dentes), 433,

1293, 3973, enz, 782, 7208, genz, 1 120, 2853, Innocenz, 5471, laenz,

547, presenz, 11 19, saienz, 781. erz : esperz, 7736, Roberz, 7735.

8z : <uez, 171, 605, bontez, 3980, les 2" pers. plur. du présent de

l'indicatif (moins les verbes en -ter), et les part, passés (sing. suj.

et rég. plur.) des verbes en -er. ieLz : ielz (oculos), 2050, 3814,

12502, 18844, mielz, 2049, 3813, 18843, orgoilz[223], 12501. iez : piez,

8971, les 2e* pers. plur. du présent de l'indicatif des verbes en -ter,

et les part, passés des mêmes verbes. iz : bruisiëiz, 8637, ehapléiz,

901, 8638, diz, 2595, 8541, esliz, 1 591, empereriz, 477, a enviz (ou

aenviz), 374, 478, /îa (filius, mais employé aussi comme régime), 8542,

Patriz, 373, poinnéiz, 7749, et tous les part, passés (sujet sing. et

rég. plur.) des verbes en -ir. oinz : besoinz, 4593, enoinz, 136, loinz,

4594, poinz (punctus), 135, 7483-4. ôaz : conforz, 108, 10040, esforz,

7370, 7438, 9329, forz (fortis), 9330, Gisorz, 7369, 7437, morz

(mortuus), 107, 10039. ôz : moz, 4694, 9204, provoz, 7608, repoz

(repositus), 9203, Tresgoz, 4693, voz, 7607.

6z : proz, 181, 2715, 2915, toz, 182, 2716, 2916. uz : saluz, 13379,

tous les part, passés du type -utus.

Le z a un son complexe dans lequel la sifflante propre) (s est précédée

d'un autre son produit par une dentale (ts, ds), par une l mouillée

(noauz, de nugalius, orgueilz, mielz), par c suivi d'e ou dï (braz, de

*bracium, feiz, de vïcem, empereriz, Patriz). Nous rencontrons cependant

ici, comme en d'autres poèmes du même temps ou antérieurs, des

associations jusqu'ici inexpliquées : pacem donne pais rimant en ais ou

ès, tandis que, par exemple, vice m produit feiz ; pretium donne une

rime en is, non pas en iz, se joignant constamment hprisàe prehensus.

Inversement proz (qui est en provençal pros et rime avec les adjectifs

formés avec le suffixe -osus) rime toujours avez toz (tuttos)[224].

L'* suivie d'une consonne devait se prononcer faiblement devant les

sourdes comme devant les sonores : tost rime avec escot, 6503, et

veïmes, primes avec meïsmes, 2271, 4413. En revanche, l'a finale éteint

les consonnes précédentes l et p, comme le montre la rime cols-cops,

6135, plus-nus, 8249.

La déclinaison est souvent sacrifiée à la rime, comme c'est fréquemment

le cas dans les textes normands. C'est naturellement le cas régime qui

tend à se substituer au cas sujet :

41 De l'empereriz e del rei,

42 E tant en dura l e desrei.

Ce sera pecchiez et damages ; 253

Rendom nos, si ferom que sages. 254

Que pensez vos, dan Mareschal ? 1223

— Sire, ge n'ai point de chival. 1224

Einz qu'en l'estor fust enbatu 1423

A un chevalier abatu. 1424

Même dans le corps du vers il y a des infractions à la règle, en des cas

où le copiste ne peut être tenu pour responsable :

32 E si n'esteit il mie cuens

Ne baron

Remarquons que fiz (fil i us) est invariable, dans l'emploi du régime

comme dans celui du sujet, 8542, 13343, 18032, 18175, 18214, 18593.

Au sujet des pronoms, je remarquerai d'abord le fréquent emploi d'os ou

ous pour vos ou vous : qu'os, 1263, 1977, s'os, 9002, 10949. Les

exemples de cette forme, qui a déjà été l'objet de diverses

recherches[225], sont particulièrement nombreux dans les textes

normands.

Notons ensuite que tel a une forme féminine : téles est attesté par la

rime (eles, a la s) au v. 3638. Cf. ces vers :

Teles furent lor aventures. 312

Teles cum vos porrez lever. 563

Par suite, la rime cruele-tele semble admissible aux vers 809-10,

5141-2.

Le pronom possessif absolu de la 3° personne est suens, qui se rencontre

fréquemment en rime avec buens ou quens.

La forme féminine est soe ou soue. On ne rencontre soie qu'en dehors de

la rime[226].

La conjugaison offrirait matière à de nombreuses observations. Je me

bornerai à en présenter quelques-unes.

Certains verbes ont deux formes d'infinitif, l'une en eir, l'autre en

re ; ainsi amenteveir et amenteivre, aparceveir et aparceivre, remaneir

et remaindre, taire et taisir[227]. Il n'y a là rien que de très

ordinaire.

La forme usuelle des premières personnes du pluriel paraît être om ou

on : Casteillon-traveillon, 2921, parlon-Esparlon, 4285, 4977,

Buissun-truissum, 4703, Hamon-amon, 4141, savom-nom, 5219,

savon-Alançon, 10365, diron-mesprison, 14003 ; mais on trouve, rimant

axecsomes, rendomes, 4014, avomes, 4019, tenomes, 4024, apelomes, 5184,

testemoingneromes, 5344. Les formes en ons (lessons, 4536, dïuns, 5464)

paraissent relativement rares.

L'auteur distingue assez régulièrement les imparfaits en oe (première

conjugaison) de ceux en eient : d'une part, merveilloentamoent, 35,

trestornoentaloent, 203, grevoent-herdioent[228], 223, portout-dotout,

525, regardoutesgardout, 599 ; et, d'autre part, esteit-aveit, 283,

chaleit-aveit, 513, conoisseit-esteit, 623, oeient-diseient, 707,

dormeit-beveit, 775. Chacune de ces deux séries est appuyée par des

rimes correspondantes : les prétérits out, povd, sout, tout (toit), vout

(volt) riment avec les imparfaits de la première conjugaison, 1727,

5992, 12807, 13206, 13355, 17077, 18513, tandis que dreit, meie

(possessif féminin) riment avec les autres imparfaits, 109, 673 l. Il y

a quelques irrégularités : reconteient-aveient, 1131-2,

armoient-estoient, 1411, faiseient-atasseient, 5551, ameient-poeient,

6303, parloent-voient, 9291, ameient-voleient, 10207,

veneient-chanteient, 104492. Ces exceptions ne dépassent pas la

proportion de celles qu'on rencontre en d'autres poèmes normands, par

exemple dans l'Histoire de la guerre sainte d'Ambroise[229].

Les prétérits donnent lieu à d'intéressantes observations. La

persistance des prétérits formés sur le type dëdi est attestée par les

rimes respondié-gaaingnié, 8461, entendiérent-laissiérent, 2817,

gaaingniérent-perdiérent, 3293, pendiérent-escomungiérent, 18343.

Peut-être l'auteur avait-il écrit aussi descendiérent-atendiérent, 3445,

3453, mais on comprend que le copiste ait préféré la forme plus moderne

en irent. Cette dernière forme, du reste, n'était pas étrangère à

l'auteur, qui fait rimer atendirent avec firent, 1829, ou perdirent avec

virent, 10593. Tous les poèmes qui connaissent les formes en -dié

-dierent emploient concurremment celles en dirent. Il est notable que ce

trait archaïque ne s'observe pas chez Ambroise, pourtant un peu plus

ancien.

Quelques verbes ayant en latin un prétérit en si[230] se terminent au

prêt. sing. 3e pers. en ist, et à la même personne du pluriel en

istrent : ce sont dire, escrire, mettre, ocire, prendre, querre, rire,

seeir ; prêt. sing. : dist, 217, 1469, escrist, 9060, mist, 250, 656,

1943, ocist, 1690, prist, 249, 2290, 2632, quist, 1394, 1761, sist,

655 ; plur. : distrent, 2444, 3096, escristrent, 3415, mistrent, 1166,

1428, 2762, ocistrent, 1672, pristrent, 1427, 1671, quistrent, 2443,

3095, ristrent, 11649, sistrent, 6399, 7203. Ces formes ne sauraient

être attribuées au copiste ; elles viennent de l'auteur, qui, s'il avait

employé les formes dirent, esc rirent, mirent, usitées dès son temps,

les aurait associées en rime à virent, dirent, partirent, etc. Il faut

joindre à la même série traist, 552, 1460, traistrent, 3803, 6665,

plainst, 8268, plainstrent, 6322, 17229, poinst, 2520, 4823, poinstrent,

2806. — Malgré le singulier fist, qui est très fréquent, le pluriel est

firent, et non fistrent, cette dernière forme étant tombée de très bonne

heure en désuétude[231].

Dans les prétérits du type -ivi, le t disparaît à la 3e pers. du sing. :

amaladi, respondi, 3e* pers. du prêt, sing., riment avec di (dico), 90,

6009, 6419, 8529. De même respondi-issi, 8842 ; regarni (prêt.)

-desgarni (part.) ; 495, départi (prêt.) -parti (part.) ; 1077, departi

(prêt.) -departi (part.), 10225 ; dormi (prêt.) — li, 18743 ; vesqui

-issi, 18311.

La 2e pers. plur. du futur est ordinairement en eiz, ce qui est conforme

à l'étymologie ëtis. Le poète fait volontiers rimer deux futurs

ensemble : avreiz-savreiz, 6735, orreiz-avreiz[232], 6863, ce qui

naturellement n'est pas une preuve suffisante, mais il associe ces

futurs (metreiz, 7037, porreiz, 10264) avec dreiz, ce qui est décisif.

Au v. 13481, voldrez est joint à sachiez, mais il faut corriger voldreiz

-s acheiz, la finale eiz s'étant plus ou moins étendue à tous les

présents du subjonctif*.

Voici, pour terminer, une remarque qui aurait pu aussi bien prendre

place dans la partie de ces recherches qui concerne la phonétique. Le

subj. prés, de prendre, tenir, venir est, à la 3° pers. du sing.,

prenge, tienge, vienge, au plur. _prengent_, etc. Faut-il interpréter

cette graphie selon l'usage moderne, ou faut-il y voir la notation d'une

n mouillée (pregne, tiegne, viegne) ? Il faut s'en tenir à la première

hypothèse, à cause de la rime prenge-rotruenge, 18571. Il est d'autres

formes de verbes sur lesquelles j'appellerais volontiers l'attention, si

je ne craignais d'allonger outre mesure cette introduction ; on les

trouvera facilement en parcourant le vocabulaire.

Les rimes, comme on le voit, donnent le moyen de rétablir avec sûreté un

bon nombre des formes de l'auteur, mais non pas toutes ; outre

l'hésitation qui résulte des formes divergentes employées selon les

besoins de la rime, il faut reconnaître que sur beaucoup de points,

principalement en ce qui concerne les consonnes, les rimes ne nous

fournissent aucune lumière. Enfin, la prononciation étant même fixée,

certains détails de graphie resteront toujours incertains. Par exemple,

faudrait-il, dans un texte restitué, écrire pès ou pais, nestre ou

naistre, ces mots rimant avec près, estre, etc. ? Il est probable que

l'auteur i. Je n'oserais expliquer de même la rime tenez-verrez, 18599,

le verbe tenir n'étant pas du très petit nombre de verbes qui empruntent

au subj. présent les formes de l'impératif, mais on pourrait corriger

tenreiz. était assez indifférent à ces petites questions qui préoccupent

les éditeurs de texte.

Entre les traits linguistiques qui ont été cités dans le présent

travail, il en est qui conduiraient très probablement à dater le poème

de la fin du xii" siècle, si le Maréchal n'était pas mort en 1219. Mais

nous avons vu, au commencement de cette introduction, que le poète ne

devait plus être jeune lorsqu'il mit la main à l'œuvre.

§ 3. Style. — Le style de notre poème est simple et généralement assez

clair. Il n'est pas toujours élégant et les expressions véritablement

poétiques y sont rares. L'auteur est trop préoccupé de rendre fidèlement

sa matière pour chercher à briller. Il ne s'abandonne guère à son

imagination. N'était la préoccupation des rimes, on pourrait dire qu'il

écrit en vers comme on écrit en prose, et souvent on est tenté de

regretter qu'il n'ait pas pris ce dernier parti. Parfois, cependant, son

style s'élève. Le morceau sur la chevalerie, des vers 16845 et suivants,

est d'un beau mouvement. Il sent la grandeur d'une situation, et, par

des moyens fort simples, il sait nous faire partager son émotion.

L'impression que nous ressentons lorsque nous lisons le récit de la mort

de Henri II ou du Maréchal, — deux tableaux bien différents ! — n'est

pas due à la beauté du langage ; elle résulte bien plutôt de l'art avec

lequel les scènes sont composées, d'un choix heureux de traits pris dans

la réalité qui nous donnent la claire vision des faits. Les poètes qui

ne manient pas la langue avec une grande dextérité, ceux surtout qui

visent à la richesse des rimes, ont parfois des constructions un peu

pénibles. Notre auteur n'en est pas exempt :

Li nostre, qui a cheval furent,

Chevalier, encontre corurent. 7936

m »

Une séparation non moins incommode s'observe dans ces deux vers :

Willeme, qui tint la baniere 16914

Bloët, al gienvele Mareschal.

Citons encore :

Kar, s'il fust trestorné deu deie

Deçanedeladesaveie, 7991

El fossé fust, desoz le pont,

Chaeiz dis teises en perfont

Entaillié en la roche bise.

Tous les poètes du moyen âge, même ceux qui écrivent le mieux,

emploient, en proportion variable, des locutions banales, soit pour

faire la rime, soit pour se procurer une transition facile. Il est

toujours utile de les relever, parce que, variant plus ou moins d'un

poète à l'autre, elles peuvent servir à caractériser le style d'un

auteur, et, par suite, aider à résoudre des questions d'attribution.

L'historien de Guillaume le Maréchal nous offre une assez riche

collection de ces chevilles, qui, du reste, ne sont pas toutes sa

propriété exclusive :

C'est la some, 15, 191, 931, 1185, 2277, 2401, 2923.

C'est la Ans, 1194, 7253, 8627, 10694 ; ce fu la fin, 1783. Ce me

semble, 1677, 2543, 6191, 6985 ; com mei semble, 68, 4320.

Ce m'est (ce nos est) a vis, 43, 887 ; ce m'est vis, 1462.

Sans faille, 47, 1290, 4647, 4957, 5743, 5789, 5903, 6737. Sanz dotance,

2125, 4501, 5941, 10867, 10907.

Ç'ol dire, si com j'ol dire, 91, 145, 371, 2658.

Ci n'a que dire, 6933, 6992.

Sanz plus e sanz meinz, 1873, 4877, 5092, 5231 ; sans meinz e sanz plus,

6152.

N'ai plus n'ai meinz, 6326, 6476, 6498, 11167.

Si com il durent, 1098, 2219, 2335, 3210, 3465, 3708, 4064, 4298, 4474.

Coment qu'il aille (ou aut), 883, 1633, 3827, 4041.

Prendre en main (mains), 290, 2020, 3200, 4760, 9355 ; — a main, 10711.

Certaines rimes ont leurs correspondants indiqués d'avance : vile,

Mondevile appellent « ou il n'out point de gile, » ou l'équivalent, 864,

7611, 7953. — Si meslée au sing. ou meslées au plur. termine le premier

vers d'un couplet, nous sommes assurés de lire au second : qui onkes ne

fu demeslée (ou ne furent demeslées, ou quelque chose

d'approchant)[233], 141, 2991, 6347, 17421. — Le prétérit oïet le

participe 6î, oie riment habituellement avec esjoï, s'esjoï, esjoïe,

639, 1483, 2159, 2451, 2475, 4947, 6577. Il y a des formules qui sont,

pour ainsi dire, appelées par la rime. S'il est question de la venue de

personnes qui ont été mandées, l'auteur a bien soin de nous dire

qu'aucune excuse (essoigne) ne fut envoyée, et, selon que le premier

vers de la paire se termine par vindrent, vienge, viengent, venist,

venissent, nous avons un second vers ainsi rédigé : forme : A lui esteit

(ou ert toz) H recovriers (3003, 17300). La comparaison quelque peu

banale d'un guerrier avec le lion affamé qui se précipite sur sa proie

lui est familière, et il la reproduit à diverses reprises presque dans

les mêmes termes (316, 1666, 10993, 16612). Le jeune roi Henri, sur son

lit de mort, a perdu ses belles couleurs. « Sa fraîche couleur, » dit le

poète, devint neire e persie e pale (6915). Et de même Henri II : il out

la color si troble Qu'el fu neire e persie e pale (9087). — Lorsqu'on

parle d'un homme renommé pour sa prouesse, on dit volontiers qu'on ne

saurait trouver meilleur chevalier, qui toz les avreit entassez (1775,

4492). Ce vers fournit une bonne rime avec osez. En voici un autre qui

prend avantageusement place dans les récits de combats : E (ou Ke) de

bleciez e de quassez (7758, 10220). Quelquefois, une paire de vers est

répétée : A ses chastels, a ses citez Dont richement ert (ou Dont unquor

fu bien) eritez (1607-8, 12663-4). Il y a aussi des vers passe-partout

qui fournissent une facile transition : Eisi fu e isi avint (2107, 2767,

6309), ou Eisi fu, eisi l'estut estre (167, 15153) ; de même : Mes

d'itant dui (ou Sine dui tant) aveir mespris (3887, 16604, 16629), ou

encore Mais, si corne (ou Idunc si com) f entent et esme (82951, 11983,

12933). Une fois un vers est répété littéralement à trois vers

d'intervalle (2624, 2628).

Ces répétitions choquaient moins autrefois que de nos jours. On en peut

relever dans la plupart de nos anciens poèmes[234]. Mais elles sont

rares chez les écrivains qui soignent leur style.

[206] C'est ce que j'ai établi par quelques citations dans mon mémoire

sur le couplet de deux vers, Romania, XXIII, 21, 22.

[207] Fragments d'une vie de saint Thomas de Cantorbéry, en vers

accouplés (Paris, 1885, Soc. des anc. textes), p. xxxv. —

L'Escoufle, p. lii. — Notices et Extraits des mss., XXXII, 2 »

partie, 78.

[208] Certaines rimes sont tout juste suffisantes ; par exemple celles

de fui et lui avec atresi, di, merci (5954, 9286, 9788, 9878, 9950).

— La rime denz-gent, 10555-6, est fautive, mais il est aisé de

rétablir genz.

[209] Voir la préface de l'Escoufle, p. u.

[210] Au v. 2383, j'aurais dû écrire afaire en un mot (en rime avec

riens faire).

[211] L'usage d'Ambroise est un peu différent : voir la préface de M. G.

Paris, p. xvii.

[212] Ainsi, au v. 1403, Tant chevalche e jor e nuit, il faut

probablement corriger chevalcha. V. 17668, D'itant comme li plus

porreient, il est facile de déplacer li en lisant comme plus il. Au

v. 17992, Qui a nostre (ou vostre) onor puisse estre, je ne sais si

on peut admettre la prononciation ancienne puisset ou s'il ne vaut

pas mieux lire honor, en considérant l'A comme aspirée.

[213] Bien entendu, j e ne tiens pas compte de la graphie du copiste,

qui était Anglais.

[214] Dans les deux cas, il y a mains dans le ms. ; mais, ici et dans la

suite, j e rétablis l'orthographe étymologique pour plus de clarté.

[215] Au v. 2883, remendre, ainsi écrit pour remaindre (remanere), est

associé à attendre. Mais c'est une rime impossible ; il est du reste

à remarquer qu'attendre est, dans le ms., écrit sur grattage. Il

faut lire remaindre-attaindre ; cf. 4197, 10658.

[216] Romanische Studien, III, 468-9.

[217] Ailleurs, nous trouvons Pierres en rime avec engeinnieres, 11379.

[218] D'autant plus que mangierent n'est à la rime que par suite d'une

correction que j'ai faite au v. 19124. Dans le poème d'Ambroise

(4965-6), il y a aussi une rime abandonerent-trenchierent que M. G.

Paris a fait disparaître en mettant l'imparfait

(abandonouent-trenchouent) au lieu du prétérit.

[219] Les mêmes rimes se trouvent déjà dans Ambroise ; voir l'édition de

M. Paris, p. xxiii.

[220] Entas, 8789 : muert-requiert ; 9431, requerent-muerent. als : als

(pour eals) (illos), 8506, chevals, 1255, 8505, leials, 1940, mais,

2551, 5316, Maresehals, 909, 1256, 1939, vasals, 910., ahs : flans,

3978, 8472, frans, 4509, Leschans, 3977, Mans, 8471. as : gas, 6228,

pas, 1395-6, 2521, 6227, tas, 2522. eals3 : beats, 1327, 4661,

kerneals, 562, leals, 5294, mor-

[221] Cf. Ambroise, p. xxxm.

[222] J'ai imprimé talevax, mais voir ce mot au vocabulaire.

[223] Le poète prononçait sans doute orgueilz ou orguielz.

[224] C'est l'usage ancien, tel qu'on peut le vérifier chez Wace, chez

Benoît, etc. Henri d'Andeli fait rimer preus avec ieus (oculos),

Bat. des vins, v. 126, Bat. des sept arts, v. 124.

[225] Tobler, Vermischte Beitrâge (1886), p. 212 et suiv. ; Behrens,

Zeitschr. f. rom. Phil., XIII, 408.

[226] Voir suens au vocabulaire.

[227] Voir ces verbes au vocabulaire.

[228] Le ms. a grevoient-herdoient, mais cf. terdoiout-empleiout, 4905.

[229] Voir l'édition de M. G. Paris, p. xlvi

[230] Ou -xi (dixi). Par latin, j'entends le latin vulgaire, où on

disait occisi, presi, sessi, et non occidi, prehendi, sedi.

[231] La forme vist (vidit), 1316, est une mauvaise graphie. La vraie

forme est vit, 1257.

[232] Le copiste écrit généralement -ez au lieu d'eiz, mais parfois il

conserve la notation étymologique. Que unques essoingne n'i

tindrent, 6392, 17958. Et que nule essoingne nel tienge, 8222,

14582. Et que nule essoingne n'i tiengent, 7790. Que nule essoingne

n'i (ou nel) tenist, 6614, 8946. E nule essoingne n'i tenissent,

7806, 8282, 15242. S'agit-il d'une chanson, le chanteur la dit o

simple voiz et o douz son (3480, 18570). L'auteur, comme on le voit,

se préoccupe assez peu de varier l'expression lorsqu'il a trouvé une

formule qui rend bien sa pensée. Il croit que le Maréchal était le

plus ferme appui de ceux dont il soutenait la cause, et il ne craint

pas de le répéter sous cette-

[233] Locution qui se trouve encore ailleurs, par exemple dans

l'Histoire de la guerre sainte d'Ambroise, v. 647.

[234] Même dans la littérature provençale on les tolérait pourvu

qu'elles ne fussent pas trop fréquentes. Voir la préface de mon

édition de Guillaume de la Barre, p. xlix.

L'histoire de Guillaume le Maréchal, T. 3 · 第 16 / 29 题