rien. Lorsqu'il fut informé que, faute de secours, Rouen et ses autres
places fortifiées devraient bientôt ouvrir leurs portes à
Philippe-Auguste (ce qui, du reste, était à prévoir), il envoya en
Normandie (avril 1204) une mission composée de l'archevêque de
Cantorbéry, du comte de Leicester et du Maréchal, afin de négocier avec
le roi de France[144]. Le poète, sans entrer dans d'autres détails au
sujet de l'objet de cette mission, nous dit que l'entrevue eut lieu au
Bec[145] et que le roi de France repoussa les conditions qui lui étaient
proposées. Mais il ajoute que Philippe-Auguste fit entendre aux
négociateurs anglais que, s'ils ne lui faisaient hommage à un terme fixé
pour leurs terres de Normandie, ils les perdraient. Ils se décidèrent
alors à passer avec lui une convention. Moyennant paiement d'une somme
de cinq cents marcs, ils obtinrent du roi un répit d'un an et un jour.
Si, dans cet intervalle, le roi d'Angleterre ne réussissait pas à
recouvrer sa terre, ils seraient tenus de faire hommage au roi de
France. Ici, nous pouvons constater une fois de plus avec quelle
exactitude l'auteur était informé de tout ce qui concernait l'histoire
de son héros. Nous possédons l'acte qui constate cette convention entre
Philippe-Auguste et le Maréchal ; nous y voyons que ce dernier remet au
roi ses châteaux de Normandie en gage et lui paie, pour l'obtention du
répit d'un an, la somme de cinq cents marcs indiquée dans le poème.
L'acte est passé à Lisieux vers le milieu de mai de l'année 1204 3.
Le Maréchal revint en Angleterre tandis que Philippe-Auguste assiégeait
Rouen, qui ne tarda pas à capituler. Le roi Jean, cependant, rassemblait
une armée à Portsmouth[146]. Mais il paraît que ses barons ne
répondirent pas avec beaucoup d'empressement à son appel[147]. Le temps
s'écoula, et l'idée d'une expédition, qui n'avait peut-être jamais été
sérieusement projetée, fut abandonnée. Depuis son retour en Angleterre
jusqu'au commencement de l'année 1205, le Maréchal semble avoir suivi,
de place en place, la cour du roi, sauf pendant quelques semaines des
mois de juillet, août, octobre et novembre[148]. C'est sans doute à
l'une de ces époques, où nous le perdons de vue, qu'il fit en Galles une
expédition et s'empara de la petite ville de Kilgeran, dans le comté de
Pembroke[149]. En février 1205, Jean résolut d'en voyer de nouveau une
ambassade à Philippe-Auguste. Il en chargea, à l'insu de l'archevêque de
Cantorbéry, le Maréchal et l'archidiacre de Wells, qui était le garde de
son sceau. Avant de partir, le comte de Striguil exposa au roi les
conditions qui lui étaient imposées : « Je n'ai pas sûreté de paix, »
lui dit-il ; « le terme approche où je perdrai ma terre de Normandie
sans espoir de la recouvrer, si je ne fais hommage au roi de France. Que
dois-je faire ? » Jean lui répondit qu'il avait pleine confiance en sa
loyauté et qu'il consentait à ce qu'il fît hommage au roi Philippe (v.
12948 et suiv.). Le Maréchal s'exagéra-t-il la portée des paroles du
roi ? nous l'ignorons ; toujours est-il qu'il partit rassuré, et lorsque
Philippe, qu'il trouva à Compiègne, lui eut rappelé son engagement, il
n'hésita pas à lui faire hommage[150]. Ce fut la cause d'une brouille
qui dura plusieurs années entre lui et le roi Jean.
L'archevêque de Cantorbéry avait appris que le roi négociait en dehors
de lui. Froissé de ce qu'il considérait comme un manque d'égards, il fit
savoir à Philippe-Auguste, par une voie indirecte, que le Maréchal et
l'archidiacre de Wells n'avaient nulle qualité pour traiter de la paix.
Le roi de France rompit aussitôt les négociations et les messagers
revinrent en Angleterre tout déconfits[151]. Jean leur fit mauvais
accueil et reprocha aigrement au Maréchal d'avoir fait hommage contre
lui au roi de France. Et, lorsque Guillaume lui répondit qu'il l'avait
fait avec son autorisation, Jean lui opposa un démenti et le menaça du
jugement des barons. Le comte répondit qu'il s'y soumettait de plein
gré. Peu après, le roi, ayant rassemblé à Portsmouth des troupes pour
passer en Poitou et combattre le roi de France, somma le Maréchal de
l'accompagner. Celui-ci refusa. Fureur de Jean, qui de nouveau veut le
faire juger par les barons présents. Ceux-ci se regardent et restent
silencieux. Le roi se tourne du côté de ceux qu'il appelait ses
bacheliers et leur demande conseil, ce qui était une manière de les
exciter à provoquer le Maréchal en duel. Mais il ne réussit pas mieux.
Voyant enfin qu'il ne pouvait rien contre un homme aussi universellement
respecté, il recommença à lui faire bonne mine, lui prenant toutefois
son fils aîné à titre d'otage (v. 13272). Ce ne fut que l'année suivante
qu'il fit son expédition en Poitou, et cette fois il n'insista pas pour
se faire accompagner du Maréchal. Il le laissa en Angleterre, lui
confiant même, ainsi qu'à d'autres chevaliers, la garde du pays ».
Il revint en Angleterre au mois de décembre 1206, après une absence d'un
peu plus de six mois. Le Maréchal lui demanda la permission d'aller en
Irlande visiter les vastes terres qu'il y possédait par sa femme et
qu'il n'avait jamais vues[152]. Le roi y consentit à grand'peine, soit
que réellement il eût besoin de ses services, soit que, défiant par
nature, il craignit de lui voir prendre en Irlande une trop grande
position. Il avait déjà son fils aîné à titre d'otage, il lui prit
encore le second (v. 13419). Enfin, au mois de février, le Maréchal
passa en Irlande. Les difficultés qu'il y rencontra, et qui, pour la
plupart, lui furent suscitées par le roi Jean, ont fourni à notre auteur
assez de matière pour qu'il n'ait pas cru utile d'allonger son récit en
nous renseignant sur l'étendue des possessions du Maréchal[153], sur ses
rapports avec ses vassaux, sur l'état de l'Irlande au commencement du
xiii° siècle. Certes, il nous eût été précieux de trouver ici, sur ceux
qu'on appelait les « Irois sauvages[154], » quelques observations du
genre de celles que fit, au xvi* siècle, le poète Edmond Spenser. Mais
l'historien du Maréchal n'avait sans doute jamais été en Irlande, et
Jean d'Erlée, qui avait accompagné son seigneur, et qui, pour un temps,
avait gouverné à sa place, n'était sans doute pas curieux
d'ethnographie. Quoi qu'il en soit, le poète ne fait aucune mention des
luttes que le comte de Pembroke eut à soutenir contre les naturels de
l'île, et dont nous ne connaissons pas les causes. Particulièrement,
nous savons par Mathieu de Paris qu'il enleva à l'évêque de Ferns,
Irlandais de nation, deux manoirs, et qu'ayant refusé de les rendre,
sous prétexte qu'il les avait pris en temps de guerre, il encourut
l'excommunication, dont il dédaigna de se faire relever[155]. Mais nous
ignorons quand et dans quelles circonstances eut lieu cette guerre. A
lire le poème, il semblerait que l'Irlande, ou du moins la partie du
sud-est, où étaient les vastes domaines du Maréchal, n'ait été habitée
que par des Anglais qui, du reste, ne cessaient de se quereller. A peine
arrivé en Irlande, le Maréchal se trouva en conflit avec le grand juge
Meilier. L'histoire de ces démêlés, d'où sortit une guerre véritable,
occupe environ 700 vers du poème[156]. C'est un récit entièrement
nouveau, dans lequel peuvent trouver leur place divers documents
diplomatiques connus antérieurement, mais dont la portée exacte
n'apparaît que grâce au poème, car là seulement est clairement indiquée
la position relative du Maréchal, de Meilier et du roi Jean.
Il est facile de comprendre que Meilier, jusque-là toutpuissant en
Irlande, ait vu avec déplaisir l'arrivée d'un haut homme dont l'autorité
ne pouvait manquer de contrebalancer la sienne. Aussi s'efforça-t-il de
l'éloigner. Il obtint facilement du roi[157] Jean, déjà mal disposé à
l'égard du Maréchal, le rappel de celui-ci en Angleterre. Lui-même fut
rappelé en même temps, mais, en partant, il ordonna à ses hommes de
ravager la terre du Maréchal et de faire tout le mal possible à ceux qui
la gardaient. Il fut obéi : on incendia quelques granges appartenant au
Maréchal, on tua quelques-uns de ses hommes, mais finalement
l'entreprise de Meilier échoua misérablement[158]. Cependant, le comte
de Pembroke et Meilier, chacun de son côté, s'étaient embarqués pour
l'Angleterre. Le premier aborda en Galles le 29 septembre 1207 3. Il ne
paraît pas s'être pressé de se rendre auprès du roi. Il est probable
qu'il séjourna à Chepstow ou dans quelqu'autre de ses châteaux du pays
de Galles. Le 20 novembre, il était à Bristol[159]. C'est seulement le
25 janvier que nous constatons sa présence à la cour du roi[160], où
Meilier l'avait certainement devancé, bien que le poème ne le dise
pas[161]. Peut-être le Maréchal retarda-t-il sa visite au roi pour ne
pas se rencontrer avec son adversaire ; en quoi il eut tort, car
celui-ci profita de son absence pour lui nuire. Vers le même temps
commença la querelle du roi Jean avec Guillaume de Briouze, dont la
famille était alliée à celle du Maréchal[162]. Meilier se fit fort de
les amener prisonniers l'un et l'autre, pourvu que le roi lui permît de
retourner en Irlande et rappelât en Angleterre ses hommes d'Irlande, au
nombre desquels étaient, naturellement, les hommes du Maréchal,
notamment Jean d'Erlée, Étienne d'Evreux, Jean de Sauqueville. Le roi
fit expédier ses lettres en conséquence et Meilier partit pour
l'Irlande. Le comte se présenta alors au roi et lui demanda, lui aussi,
la permission de retourner en Irlande. Elle lui fut refusée. Il séjourna
donc en Angleterre, suivant le roi de place en place, jusqu'à la fin de
mars 1208 3.
Ici, un trait bien caractéristique, que nous n'avons aucune raison de
révoquer en doute et qui, même inexact, montre quelle opinion les
contemporains avaient de Jean. Il arriva que, par suite des mauvais
temps, aucune nef, sauf celle de Meilier, ne put faire la traversée
entre l'Angleterre et l'Irlande de la Saint-Michel 1207 (29 septembre) à
la Chandeleur 1208 (2 février). On était, à la cour du roi, sans
nouvelles des événements d'Irlande. C'est dans ces circonstances que
Jean se plut à faire connaître au Maréchal les péripéties d'un combat
entre ses partisans et ceux de Meilier, dans lequel Jean d'Erlée et
plusieurs des fidèles du Maréchal auraient été tués ou blessés. « C'est
grand dommage de ces chevaliers, car ils étaient vos hommes, » répondit
le comte. Mais il ne pouvait comprendre par quelle voie ces mauvaises
nouvelles étaient parvenues au roi.
Il apprit bientôt qu'elles étaient imaginaires. Au commencement du
carême[163] la traversée devint possible, et des nouvelles d'Irlande
furent transmises simultanément au roi et au comte. Elles étaient très
favorables à ce dernier. Les hommes du Maréchal, s' étant concertés,
avaient éludé l'ordre de revenir en Angleterre[164], et, aidés de Hugues
de Laci, comte d'Ulster, avaient ravagé la terre de Meilier. Le roi, dès
lors, changea de conduite à l'égard du Maréchal, il lui fit bonne mine
et lui donna la permission de retourner en Irlande. Le comte s'empressa
d'en profiter, et, revenu parmi les siens, il se montra miséricordieux
envers ceux qui l'avaient attaqué. Meilier dut, toutefois, lui
abandonner un de ses châteaux et lui laisser, après son décès, sa terre
en héritage[165].
Le Maréchal passa sans doute en Irlande la fin de l'an née 1208 et
l'année 1209. C'est peut-être à cette époque qu'il eut avec ses voisins,
et particulièrement avec l'évèque de Ferns, les démêlés dont il a été
parlé plus haut[166]. Nous ne saurions l'affirmer. Il y a ici comme une
page blanche dans l'Histoire du Maréchal[167].
En 1210, il se trouva mêlé à la querelle de Guillaume de Briouze. Ce
dernier, fuyant la colère de Jean, s'était embarqué pour l'Irlande avec
sa femme et ses enfants, en plein hiver[168], espérant trouver un asile
auprès de Gautier de Laci, son gendre. Jeté par la tempête sur la rive
d'Irlande, auprès de Wicklow, où se trouvait le Maréchal, il avait été
recueilli par ce dernier. Sommé par le grand juge d'Irlande (Jean,
évêque de Norwich, qui avait succédé en cette qualité à Meilier) de lui
livrer « le traître du roi », le comte refusa et conduisit Guillaume à
Gautier de Laci. Le roi, irrité, manda le Maréchal auprès de lui ; puis,
ayant rassemblé son ost, il passa en Irlande. Le 24 juin, il était à
Kilkenni, sur les terres du Maréchal, qui eut, ce jour-là, à nourrir
toute l'armée royale (v. 14259-63). Après avoir pris Carrickfergus, Jean
se rendit à Dublin, et là, en présence des barons assemblés, il reprocha
au comte d'avoir donné asile à son mortel ennemi. Le comte se défendit
en disant qu'à ce moment il ignorait les griefs du roi contre Guillaume
de Briouze. « Au surplus, » dit-il en terminant, « si personne, sauf
vous, y trouve à redire, je suis prêt à me défendre au jugement de la
cour. » Personne ne dit mot, et cette fois encore Jean[169], qui,
volontiers, l'eût fait passer en jugement, dut ronger son frein.
Toutefois, il lui réclama de nouveaux otages, bien qu'il eût déjà ses
deux fils aînés et plusieurs de ses châteaux. La persécution que
Guillaume de Briouze et les siens eurent à souffrir de la part de Jean
était connue par divers documents qui sont cités dans les notes de la
traduction*, mais le poème nous fournit sur cette affaire un utile
supplément d'informations.
En 1211 ou peut-être 1212 3, le comte de Pembroke dut accompagner le roi
dans une expédition en Galles. A cette occasion, les otages qu'il avait
dû fournir lui furent rendus. Puis il revint en Irlande, mais il n'y
séjourna pas longtemps. Au commencement de l'année 1213,
Philippe-Auguste préparait une expédition contre l'Angleterre. On
conseilla au roi Jean d'appeler à lui le Maréchal, comme l'homme le plus
capable de donner un bon avis. Le roi le fit ; mais, d'abord, pour
effacer la trace des différends passés, il lui rendit ses deux fils, ou,
du moins, il les remit en garde à Jean d'Erlée, qu'il nomma, par
surcroît, maréchal de son hôtel (v. 14546). Depuis lors, le comte paraît
avoir été l'un des principaux conseillers du roi.
Le poète raconte sommairement la destruction de la flotte française à
Dam (v. 14605 et suiv.), l'expédition de Jean en Poitou en 1214 (v.
14672 et suiv.), la bataille de Bouvines (v. 14733 et suiv.). Il ne
s'étend pas sur ces événements, qui, comme il le dit en un endroit (v.
14730), n'appartiennent pas à son sujet. C'est aussi en quelques mots
qu'il annonce la lutte des barons contre le roi. Il a des origines de ce
différend une conception très simple et, du reste, en grande partie
exacte. « Le roi, dit-il, avait fait tort à tels qui se liguèrent contre
lui, et d'autres les suivirent à qui il n'avait en rien méfait » (v.
14847-50). Ni ici ni plus loin il n'est question de la grande assemblée
tenue à Saint-Albans par Geoffroi Fils Pierre, ni de la grande Charte, à
laquelle, bien certainement, ni lui ni ses contemporains n'attribuaient
l'importance que cet acte célèbre a prise aux yeux de la postérité.
L'auteur interrompt un instant son récit pour nous entretenir des cinq
fils et des cinq filles du Maréchal et du mariage de l'aîné des fils
avec la fille de Baudouin de Béthune, comte d'Aumale (v.
14860-15022)[170], puis il revient à la guerre des barons. Ce qu'il en
dit n'est ni très précis ni très neuf, soit que les renseignements lui
aient fait défaut et qu'il ait été obligé de s'en tenir à des souvenirs
personnels devenus un peu confus, soit aussi qu'il ait craint de donner
trop de détails sur une période profondément troublée, où des hommes
qu'il avait à ménager se trouvèrent rangés en des partis opposés. Il est
probable que ces deux causes ont agi dans une mesure variable. Que
l'auteur n'ait pas dit tout ce qu'il savait, c'est ce dont on ne saurait
douter en présence de son propre témoignage : « Mais il me faut passer
rapidement (_trespasser_[171] l) sur la guerre qui eut lieu en
Angleterre entre le roi et ses barons, car il y eut trop de
circonstances qui ne sont pas belles à conter. H _pourrait m'en arriver
mal »_ (v. 15031-6). Nous possédons heureusement, pour les derniers
temps du règne de Jean, plusieurs bonnes chroniques, et, de plus, il
nous est parvenu un nombre considérable de documents diplomatiques
auxquels l'auteur de l'Histoire du Maréchal ne pouvait avoir accès, de
sorte qu'en somme nous connaissons mieux les causes de la révolte des
barons, les rapports du roi Jean avec la cour de Rome et avec le roi de
France que les mieux informés des contemporains[172]. On peut,
toutefois, recueillir dans les récits de notre poète, outre une
impression générale, qui devait être celle des hommes modérés du temps,
certaines notions utiles. Ainsi, il nous apprend que ce fut dans un
parlement tenu à Londres que les barons anglais décidèrent d'offrir la
couronne d'Angleterre à Louis, fils de Philippe-Auguste (v. 15061 et
suiv.). On relèvera aussi un témoignage personnel sur les pertes des
Français entre Winchester et Romsey (v. 15110-16). Ce qui est surtout
intéressant, c'est le soin qu'il a de faire ressortir la loyauté (dans
le sens de l'anglais _loyalty_) de son héros, qui, malgré les griefs
qu'il avait contre le roi Jean, lui resta fidèle jusqu'au dernier jour
(v. 15122 et suiv.). Il aurait pu dire, mais, naturellement, il s'en est
bien gardé, que cet exemple n'avait pas été suivi par le jeune Guillaume
le Maréchal (celui même à la demande de qui fut composé le poème), qui,
se séparant de son père, avait fait cause commune avec les barons
révoltés. Du reste, il semble bien que, même en ce qui concerne
l'histoire propre du comte de Pembroke, l'auteur n'a pas été renseigné
d'une manière très complète. Ainsi, il ne paraît pas savoir que le
Maréchal fit partie de l'ambassade envoyée, en mars ou avril 1215, au
roi de France pour le prier d'empêcher son fils de se rendre à l'appel
des barons anglais[173]. Cette démarche n'eut, d'ailleurs, aucun
résultat. Le récit des derniers moments de Jean est émouvant. Le roi
mourant confia son jeune fils Henri à la garde du Maréchal, à qui il
demanda pardon des torts qu'il avait eus envers lui (v. 15167 et suiv.).
A partir de ce moment, et jusqu'au dernier vers, le poème fournit sur
les événements contemporains une suite ininterrompue de témoignages
nouveaux et importants. Le mérite littéraire n'est pas inférieur à la
valeur historique. Il y a dans cette fin de l'Histoire du Maréchal des
pages qui égalent les récits de la mort de Henri II ou de la première
entrevue du Maréchal avec le roi Richard. Le poète s'anime : il peut
donner libre cours à ses sentiments ; il n'a plus à garder la réserve
qui s'imposait à lui lorsqu'il avait à parler du roi Jean. Le ton de la
narration s'élève et est en accord avec la gravité d'événements dans
lesquels, désormais, le comte de Pembroke aura le premier rôle.
§ 6. _Guillaume le Maréchal régent d'Angleterre_. — Le roi Jean mourut
(18 octobre 1216) laissant un trésor vide, une armée réduite par
d'incessantes défections, incapable de résister longtemps aux barons
révoltés, qui, unis aux Français conduits par le fils de
Philippe-Auguste, occupaient plus de la moitié du royaume. Il avait
l'appui de la cour de Rome ; il n'avait pas celui de ses sujets,
auxquels, avec ses bandes de Brabançons pillards, il avait fait autant
de mal que l'ennemi. Les probabilités, s'il avait vécu, étaient qu'il
eût été déposé et que Louis de France eût été proclamé roi d'Angleterre.
Sa mort fut le salut de sa dynastie.
Le roi enterré à Worcester, on procéda rapidement au couronnement de son
fils, enfant de neuf ans, et à son admission dans la chevalerie. On se
rappela que le Maréchal avait eu l'honneur, quarante-trois ans
auparavant, d'adouber le jeune roi, fils de Henri II, et ce fut lui qui
fut désigné pour ceindre l'épée au jeune Henri III. C'était comme le
prélude d'un honneur plus grand. Le jeune souverain ne pouvant,
évidemment, exercer par lui-même l'autorité royale, il était nécessaire
de pourvoir sans retard au gouvernement du pays. On eût pu établir un
conseil de régence, comme on avait fait lorsque Richard était parti pour
la croisade ; on fit mieux : on nomma un régent, qui avait en même temps
la garde du roi (rector regis et regni), et on se trouva d'accord pour
choisir le comte de Pembroke. Certes, on n'accusera pas le vieux
chevalier d'avoir brigué cette fonction redoutable ou même de l'avoir
désirée : le poème, dont le témoignage est précis et détaillé, nous le
montre faisant tous ses efforts pour détourner de lui ce qu'il
considérait comme un fardeau trop lourd pour un homme de son âge,
engageant les barons à choisir plutôt le comte de Chester et n'acceptant
qu'après le refus de celui-ci et sur l'injonction du légat Galon. Mais,
sa résolution une fois prise, son énergie s'éleva à la hauteur de la
tâche dont il s'était chargé. Comme son fidèle Jean d'Erlée, qui,
d'abord, l'avait détourné d'accepter la régence, lui remontrait qu'en
mettant les choses au pis, à supposer qu'il lui fallût fuir en Irlande
avec le jeune roi, il ne pouvait manquer d'y recueillir de l'honneur, le
vieux Maréchal s'était écrié : « Par le glaive de Dieu ! ce conseil est
vrai et bon : il me va si droit au cœur que, si tous l'abandonnaient,
savez-vous ce que je ferais ? Je le porterais sur mes épaules, jambe
deçà, jambe delà, d'île en île, de terre en terre, et je ne lui
manquerais pas, si même il me fallait mendier monpain ! »
Les partisans du roi d'Angleterre considéraient la situation comme
presque désespérée. Savari de Mauléon, qui avait été l'un des plus
fermes soutiens de Jean, quitta le pays pour se rendre en Poitou (v.
15713), et, pendant les premiers mois de la régence du Maréchal, Louis
de France obtint divers succès. Mais, dès le commencement de l'an née
1217, les événements prirent une tournure moins défavorable. Le parti
royal avait des éléments de résistance qui gagnèrent en force par la
mort de Jean. Le Saint-Siège, représenté par le légat Galon, continua au
jeune Henri la protection qu'il avait accordée à son père, et lui rallia
un certain nombre d'évêques. Puis, divers barons anglais quittèrent
Louis pour revenir au roi légitime, qui ne l'eussent pas fait si ce roi
avait été Jean. Enfin, sous l'impulsion évidente du Maréchal, les
opérations militaires furent mieux conduites que par le passé, tandis
que Louis continuait à montrer la même incapacité militaire que devant.
Le poète conte en détail les faits de la guerre entre les Anglais restés
fidèles à leur roi et les barons révoltés qui soutenaient Louis de
France. Son exposé est, comme on devait s'y attendre, conçu de manière à
faire valoir la direction donnée aux opérations militaires ou aux
négociations diplomatiques par le Maréchal, agissant comme régent du
royaume. Il peut arriver par suite que le rôle de certains personnages,
le légat Galon, l'évêque de Winchester, le grand juge Hubert du Bourg,
ne soit pas suffisamment mis en relief ; mais, en somme, la relation est
sincère et aborde en traits que l'on chercherait vainement ailleurs. Ce
qui est une garantie de véracité, c'est l'accord presque constant qui
existe entre les récits du poème et ceux de la chronique en prose,
publiée par Fr. Michel sous le titre d'Histoire des ducs de Normandie et
des rois d'Angleterre, qui paraît avoir été composée par un ménestrel
attaché à la personne de Guillaume, comte d'Aumale. Ce seigneur avait
été, pendant quelque temps, partisan de Louis.
Deux épisodes de cette guerre, — et ce sont les plus importants, — sont
traités avec un soin particulier : la bataille de Lincoln (20 mai 1217)
et la destruction de la flotte française, conduite par Eustache le
Moine, entre Calais et Sandwich (24 août).
L'affaire de Lincoln eut une influence décisive sur le reste de la
campagne. Ce fut là que, pour la première fois, les Royaux remportèrent
une victoire complète sur leurs adversaires, pourtant supérieurs en
nombre. Le mérite de ce succès revient en très grande partie au régent
qui, par une opération hardie et habilement dirigée, surprit l'ennemi,
le chassa de ses positions et le mit en pleine déroute. Le poète nous le
montre chargeant impétueusement dans les rues de Lincoln, comme il avait
coutume de faire, quarante ou cinquante ans plus tôt, dans les tournois,
tandis que l'évêquede Winchester, non moins bon chevalier, poussait le
cri bien connu : « Ça, Dieu aide au Maréchal ! » (v. 16605 et suiv.).
Telle fut la panique des Français et de leurs alliés qu'ils s'enfuirent
d'une traite jusqu'à Londres, se figurant que les buissons qu'ils
rencontraient sur la route étaient tous pleins de Maréchaux (v.
16968-70). Il y a, dans le récit de la bataille, quelques points
obscurs, le texte étant en quelques endroits incomplet ou corrompu[174],
peut-être aussi parce que le poète n'a pas bien compris ou a mal rendu
les explications, probablement assez peu claires, qui lui furent
données[175]. Quoi qu'il en soit de quelques détails incertains, il
paraît bien avéré que l'idée de la marche sur Lincoln et du mouvement
tournant par Torksey, qui amena les Royaux au nord-ouest de la ville, où
les Français ne les attendaient pas[176], appartient au Maréchal, le
plan de l'attaque étant réglé, dans ses lignes générales, par l'évêque
de Winchester, qui semble avoir rempli l'office de chef
d'état-major[177].
Le régent ne prit pas une part aussi active à la bataille navale de
Sandwich, qui ruina définitivement les espérances de Louis et le
contraignit à conclure la paix. Il eût voulu, nous dit le poète (v.
17200, 17297), monter sur un navire et se battre dans des conditions
nouvelles pour lui, mais on lui remontra qu'il était tout l'espoir de
l'Angleterre au cas où la tentative de débarquement des Français
viendrait à réussir, et il y renonça. Ce fut, paraît-il, le grand juge
Hubert du Bourg qui prit la direction du combat[178]. Toutefois, si le
régent ne fut point au nombre des combattants, il faut lui reconnaître
le mérite d'avoir préparé le succès. C'est lui qui, par son intervention
personnelle, parvint à décider les marins des Cinq-Ports à prêter leur
concours à la cause royale, malgré leurs griefs contre le roi Jean, qui,
disaient-ils, les avaient réduits au servage (v. 17232).
Louis, lorsqu'il apprit la perte de la flotte qui lui apportait du
secours en hommes et en argent, se résigna à traiter. Il trouva chez le
régent des dispositions favorables. Le vieux Maréchal comprenait que, si
Ix) uis devait renoncer à l'espoir de soumettre l'Angleterre, il était
cependant encore en état d'offrir une résistance prolongée qui eût ruiné
le pays. Il résista aux conseils de ceux qui, enflammés par la victoire,
voulaient marcher sur Londres. Il préféra obtenir, au prix d'une lourde
indemnité[179], le prompt départ de Louis. La paix fut conclue le 11
septembre, et, à la fin du même mois, le fils du roi de France se
rembarquait.
Nous sommes renseignés, par divers actes, sur les expé dients que le
régent employa pour assurer le paiement de l'indemnité[180]. Mais, ce
qui ne doit pas être passé sous silence, bien qu'on ne paraisse pas y
avoir fait attention jusqu'ici, c'est que le Maréchal fit, à cette
occasion, des avances considérables qui ne furent remboursées à sa
succession que cinq ans après sa mort[181].
L'agitation à laquelle l'Angleterre avait été en proie depuis la révolte
des barons ne se calma pas subitement après le départ de Louis. Bien que
le Maréchal fût disposé à user d'indulgence à l'égard des barons
révoltés, leur situation étant d'ailleurs réglée par le traité du 11
septembre, un chef gallois, Morgan de Caerleon, continua la guerre et
fut finalement vaincu et dépouillé de ses terres par les troupes du
Maréchal. Un parlement fut convoqué à Worcester pour mettre fin à cette
guerre. Morgan y réclama, par l'intermédiaire de son cousin, Llewelyn,
les terres que le Maréchal lui avait enlevées. Celui-ci, nous dit le
poète, eût été disposé à lui rendre ses terres si tel eût été l'avis de
ses conseillers (v. 17815). Mais on fut d'avis qu'il avait le droit de
les garder, et l'assemblée ratifia cette opinion. C'est ainsi que les
possessions, déjà si considérables, du comte de Pembroke, s'accrurent de
la terre de Caerleon. Toute cette affaire reste assez obscure, n'étant
guère connue que par ce qu'en dit le poème.
L'auteur passe ensuite au récit de la mort du Maréchal[182]. Cette fin
du poème est certainement l'une des parties les plus attachantes, et,
tant au point de vue historique qu'au point de vue littéraire, les plus
remarquables de l'œuvre, non pas assurément que les menus incidents qui
se produisirent au cours de la dernière maladie du comte aient influé en
quoi que ce soit sur les événements contemporains, mais parce que, dans
tous, le vieux chevalier est en scène et laisse paraître quelque aspect
nouveau de son caractère simple et droit, où la bonté n'excluait ni la
décision ni la fermeté.
Le régent tomba malade au mois de février 1219. Il était alors à
Westminster[183]. Il se rendit d'abord à la Tour de Londres, où, sur le
conseil des siens, il s'occupa de son testament[184]. Puis, trouvant que
l'air de Londres n'était pas sain, il se fit transporter, par la Tamise,
à son manoir de Caversham. Sentant que sa fin était proche, il voulut
d'abord remettre en mains sûres les lourdes fonctions qu'il avait
assumées. Après mûre réflexion, il se décida à confier la garde du jeune
roi au légat pontifical. Il justifia ce choix en disant qu'en Angleterre
les esprits étaient plus divisés qu'en aucun autre pays, et que, s'il
choisissait un Anglais pour être le gardien du roi, tous les autres en
seraient jaloux. Il ne dit point, et il n'avait point à dire, à qui
serait confié le gouvernement du pays ; mais il semble bien que, dans sa
pensée, le légat devait y avoir une grande part, comme il l'eut en
effet, « car, disait-il, si actuellement la terre n'est pas défendue par
le pape, je ne sais qui la défendra. » Les brèves paroles que le régent
adressa en cette occasion au jeune Henri III ont un tel accent de vérité
qu'on ne peut hésiter à les croire authentiques : « Sire, je prie Dieu,
si jamais j'ai fait chose qui lui ait été agréable, de vous faire la
grâce d'être homme de bien. Et, s'il arrivait que vous dussiez suivre
l'exemple de quelque ancêtre félon, je prie Dieu de ne pas vous accorder
longue vie. »
La remise du roi au légat ne s'accomplit pas sans quelque difficulté.
L'évêque de Winchester prétendit que la garde du roi lui avait été
confiée, le Maréchal étant seulement gardien du royaume. Mais le
vieillard le remit vertement à sa place. Ayant ainsi réglé, dans la
mesure où il lui appartenait de le faire, sa succession politique, le
comte s'occupa de ses propres affaires, et d'abord il fit, ou plus
exactement parfit, son testament qu'il avait commencé à Londres[185], et
qui, malheureusement, ne nous est pas parvenu. L'ayant scellé de son
sceau et des sceaux de la comtesse et de son fils, il l'envoya à
l'archevêque de Cantorbéry, au légat, aux évêques de Winchester et de
Salisbury, les priant d'être les exécuteurs de son testament[186] et d'y
appendre leurs sceaux ; ce qu'ils firent, puis ils le lui renvoyèrent.
Le Maréchal prit encore d'autres dispositions. Il envoya Jean d'Erlée en
Galles pour y régler certaines affaires qui ne sont pas expliquées, mais
qui devaient concerner quelque révolte des turbulents vassaux que le
comte de Pembroke avait en ce pays[187], le priant de lui rapporter deux
draps de soie, qu'il s'était procurés en Terre sainte, pour être étendus
sur son corps lors de ses obsèques. Ces draps devaient être ensuite
donnés au Temple, où il voulait avoir sa sépulture. Et, comme il était
homme soigneux, il recommanda bien que, si le jour où il serait porté en
terre, il faisait mauvais temps, on prît la précaution de recouvrir les
draps d'une étoffe de bure grise. Il manda ensuite frère Aimeri de
Sainte-More, le maître du Temple, et, en sa présence, il fit étendre
devant lui le manteau de l'ordre qu'il avait fait faire, à l'insu de
tous, l'année précédente. Mais, avant cette cérémonie symbolique qui le
faisait templier, il dit à la comtesse : « Belle amie, baisez-moi, et ce
sera pour la dernière fois. »
Il semble qu'à partir de ce moment, le Maréchal n'ait eu auprès de lui,
d'une façon régulière, que son fils aîné et quelques chevaliers — au
nombre desquels Jean d'Erlée et Henri Fils Gerout — qui le veillaient à
tour de rôle. C'est avec Henri Fils Gerout qu'il eut la conversation,
rapportée plus haut[188], dans laquelle il exprimait librement son avis
sur la rapacité des clercs. Il recevait d'ailleurs de nombreuses
visites, et, malgré sa fatigue, répondait avec beaucoup de présence
d'esprit à tous ceux qui venaient lui faire leurs adieux ou l'assurer
qu'il aurait part à leurs prières. Sa tranquillité d'âme était
admirable. Un jour, ses filles, dont quatre étaient déjà mariées[189],
vinrent toutes ensemble. Il les pria de lui chanter quelque chose. Elles
le firent, mais sans beaucoup d'entrain. Il les reprit et se mit à leur
montrer comment elles devaient chanter. Une autre fois, Jean d'Erlée lui
demanda ce qu'il fallait faire d'une quantité de robes four rées qui
étaient dans la maison. Sur quoi, un clerc intervint et dit au comte
qu'on en pouvait tirer beaucoup d'argent pour racheter ses péchés.
« Taisez-vous, mauvais homme, » répondit le mourant ; « j'ai plus
qu'assez de vos conseils. Je ne veux plus vous écouter. Ce sera bientôt
la Pentecôte ; mes chevaliers ont droit à leurs robes : ce sera la
dernière fois que je les leur donnerai, et voilà que vous cherchez à
m'enjôler ! » Puis, il ordonna à Jean d'Erlée de faire la distribution
des robes, et, s'il n'y en avait pas assez, d'en envoyer chercher à
Londres.
Cependant, le Maréchal s'affaiblissait de plus en plus. Il eut des
hallucinations, des syncopes. Enfin, le 14 mai 1219, il rendit le
dernier soupir, entre les bras de son fils aîné, entouré de la comtesse
et de tous ses chevaliers. Son corps fut porté à Reading, puis à
Staines, et enfin à Londres, où il fut enterré en grande pompe dans
l'église du Temple, où sa tombe existe encore. Lorsque la nouvelle de sa
mort par vint en France, Philippe-Auguste dit de lui : « C'était l'homme
le plus loyal que j'aie jamais connu. » Le Maréchal n'eût pas désiré un
autre éloge.
§ 7. _Conclusion_. — Entre les hommes qui, au moyen âge, ont joué les
premiers rôles, il en est certainement plusieurs dont l'histoire nous
est aussi bien connue, mieux connue peut-être, que celle de Guillaume le
Maréchal : Jean Sans-Terre, par exemple, et ses successeurs, grâce au
nombre infini d'actes de leurs chancelleries qui nous ont été conservés.
Mais on n'en pourrait citer aucun, sinon peut-être saint Louis, grâce à
Joinville, dont la physionomie morale nous apparaisse aussi nettement.
Il est aisé, à l'aide des traits épars en divers endroits du poème,
surtout dans les dernières pages, de faire le portrait de ce preux
chevalier, qui se présente toujours de face et ne cherche à cacher ni
ses actions ni sa pensée. En un certain sens, il fut ce qu'on appela
plus tard un officier de fortune. Sa naissance ne le désignait pas pour
la haute situation qu'il occupa dès la fin du règne de Henri II. Sans
doute, les circonstances le favorisèrent. Il fut protégé par le comte
Patrice de Salisbury ; plus tard, Henri II le plaça auprès de son fils
aîné. Ce ne furent pas là de médiocres avantages, mais il faut en
conclure que, dès sa jeunesse, il avait bonne réputation. Ce n'était
point un génie supérieur : c'était un homme sensé et droit. Jamais il ne
fut inférieur à sa tâche ; jamais, surtout, il ne tergiversa lorsqu'il
se trouva en présence d'un devoir à accomplir. En tous temps, il s'est
présenté des cas où l'homme le plus honnête a pu hésiter entre deux
partis. Lui n'hésita jamais. Sa règle de conduite fut toujours la
loyauté, entendue au sens étroit du moyen âge, c'est-à-dire la fidélité
au serment féodal. Il servit loyalement le jeune Henri contre son père
Henri II, et non moins loyalement Henri II contre Richard. Il lutta pour
Richard contre Jean Sans-Terre, et, quand Jean Sans-Terre fut devenu
roi, il lui fut fidèle jusqu'au dernier moment. Ce n'est pas qu'il ne se
fût trouvé parfois en des conditions embarrassantes, par exemple,
lorsqu'il fut requis par le roi Jean pour aller guerroyer en France
contre Philippe-Auguste, à qui il avait dû faire hommage en 1205. Mais
là encore sa règle inflexible lui épargna toute hésitation : il refusa
net. Le roi lui en voulut et le persécuta, mais finit par lui rendre ses
bonnes grâces. Cette droiture, qui le fit tenir en haute estime par ses
contemporains, s'alliait à d'autres qualités, qui étaient celles qu'en
son temps on prisait le plus haut. Il était vaillant dans les tournois
et à la guerre, et c'est par les succès qu'il y obtint qu'il se fit
connaître et apprécier ; mais il était bon homme, ennemi des rigueurs
inutiles[190]. On appréciait son équité et on le regardait comme un sage
conseiller. Il avait en toutes choses le sens de la mesure et de
l'à-propos. Généreux envers tous, et particulièrement envers le clergé,
comme le prouvent ses nombreuses fondations religieuses en Angleterre,
en Galles et en Irlande, il accueillait mal les demandes qu'il jugeait
intempestives. Ceux qui, à son lit de mort, cherchèrent à obtenir des
donations, destinées à racheter de vieux péchés — dont il portait
légèrement le poids — furent très mal reçus. Bien qu'il ne mît rien
au-dessus de la chevalerie, il n'avait pas le tempérament batailleur. Il
aimait la paix et inclinait aux solutions modérées. Aussitôt qu'il le
put, il mit fin à la guerre contre Louis de France, s'arrêtant en plein
succès, payant même à l'envahisseur une forte indemnité pour lui faire
quitter plus vite le sol de l'Angleterre. Avec cela fort habile homme.
Depuis le moment où il avait été fait chevalier, vers vingt ans environ,
jusqu'à sa quarante-cinquième année, il avait vécu largement de ses
gains dans les tournois et des soudées qu'il recevait du jeune roi Henri
ou de Henri II, donnant libéralement, bien qu'il n'eût ni terre ni
revenus fixes ; puis il avait trouvé le moyen d'épouser une jeune fille
qui était certainement la plus riche héritière de la Grande-Bretagne et
de l'Irlande et avec laquelle il coula des jours heureux et eut beaucoup
d'enfants.
On ne rendrait pas justice à l'auteur si on ne voyait dans son œuvre que
la personne du Maréchal. Si important qu'ait été son rôle dans les
événements du temps, le comte de Pembroke ne fut au premier rang que
pendant les trois dernières années de son existence. Mais, à côté de
lui, figurent dans le poème les plus hauts personnages du temps, Etienne
de Blois, Henri H, le jeune roi Henri son fils, Richard Cœur-de-Lion,
Jean Sans-Terre, Philippe-Auguste, et sur tous le poète fournit des
données précises et nouvelles, des traits caractéristiques qui
complètent heureusement ce qu'on sait d'ailleurs. Son témoignage est
celui de contemporains bien informés, recueilli à une époque où la
légende, qui tendait à dénaturer le caractère de certains hommes
célèbres, n'était pas encore formée. Comparez ce qu'il dit de Richard
aux amusants récits du Ménestrel de Reims. Chez ce dernier, les faits,
ceux mêmes qui ont un fond de vérité, sont transformés par la légende et
adaptés au goût d'un public ami des aventures. Dans l'Histoire du
Maréchal, tout est réel.
Richard nous apparaît tel qu'il était véritablement, passionné,
impulsif, peu scrupuleux et capable de mauvaises actions[191], violent
surtout[192], mais ayant un certain fond de bonté, sachant pardonner les
injures[193] et disposé à la conciliation lorsqu'on savait le
prendre[194].
Nous ne risquons point d'exagérer en plaçant tout au premier rang, dans
l'historiographie française, un ouvrage si abondant en faits nouveaux,
si évidemment sincère dans l'exposé des événements et dans
l'appréciation des personnes. Telle est la valeur de l'Histoire de
Guillaume le Maréchal qu'il n'est aucune chronique française, aucun
livre de mémoires du xiiie siècle ni du xiv° qui lui soit supérieur.
Ici, bien entendu, il n'est pas question de classer nos vieux
chroniqueurs par ordre de mérite : la comparaison n'est pas possible
entre des compositions historiques qui traitent de sujets différents.
Mais il peut être utile d'indiquer en quelques mots en quoi consiste la
valeur de nos principaux historiens et quels sont aussi leurs côtés
faibles, afin d'arriver à mieux définir, par opposition, le caractère et
l'originalité de l'Histoire de Guillaume le Maréchal. Les noms qui se
présentent tout d'abord à l'esprit sont ceux de Villehardouin, de
Joinville et de Froissart. Le premier fut témoin des événements, compris
en un petit nombre d'années, qu'il nous a contés. Même il y joua un rôle
assez important. Il sut de la croisade de Constantinople tout ce qu'un
croisé de haut rang en pouvait savoir, et son intelligence lui permit
d'exposer les faits avec une clarté et une méthode bien rares chez les
écrivains de son temps. Mais sa sincérité est suspecte ; non pas qu'il
ait cherché à dénaturer les faits : on n'a pas jusqu'à présent fourni de
preuve décisive de cette façon d'altérer la vérité ; mais il pèche par
omission ou, plutôt, par réticence. Il était de ceux qui approuvèrent le
changement de direction par suite duquel les croisés allèrent fonder un
empire franc à Constantinople au lieu de secourir la Terre sainte, et,
sous les apparences d'une sereine impartialité, il défend une opération
qui sou leva, dès l'origine, de vives contestations. Il soutient une
thèse. L'historien du Maréchal, tout en favorisant son héros, est plus
sincèrement impartial. Lorsqu'il croit devoir, par prudence ou par
discrétion, taire une partie de ce qu'il sait, il nous en avertit bien
franchement. Il embrasse, d'ailleurs, un champ infiniment plus vaste que
Villehardouin, et si, sur plusieurs points, ses informations ont été
insuffisantes, on ne voit pas quel intérêt il aurait eu à s'écarter de
la vérité. Tout compensé, je crois que la somme des faits nouveaux et
réellement importants est plus grande chez lui que chez l'historien de
la quatrième croisade.
Bien différent est Joinville. Il est aussi abondant, aussi prolixe que
Villehardouin est sec et concis. Il est aussi plus sincère. Il se livre
à nous bonnement, nous confiant sans réticence ses pensées, ses
faiblesses même. Il peut se tromper : écrivant longtemps après les
événements, et sans notes[195], il lui arrive de s'embrouiller dans le
détail des faits' ; mais il est toujours véridique et sans parti pris.
Le plus grand reproche qu'on puisse lui faire est que l'art de composer
lui fait absolument défaut. Les paragraphes un peu décousus où il relate
les paroles de saint Louis, qu'il connaissait si bien, sont un document
psychologique du plus haut prix. Mais chez l'historien du Maréchal aussi
nous trouvons en abondance ce genre d'informations qui nous permet de
faire, en quelque sorte, la psychologie des personnages. Assurément, le
Maréchal n'occupe pas dans l'histoire une place aussi considérable que
saint Louis ; ce n'est, cependant, pas un faible gain pour notre
connaissance du passé que de pénétrer dans l'âme d'un homme qui fut, au
moyen âge, le type du chevalier sans peur et sans reproche.
Je sais bien qu'on objectera que, à la différence de Villehardouin et de
Joinville, notre auteur n'a pas été, sauf en certains cas, le témoin des
faits qu'il nous a transmis, puisqu'il a rédigé la plus grande partie de
son poème sur des mémoires fournis par Jean d'Erlée ou par d'autres
fidèles du Maréchal. Mais il ne faut pas exagérer la portée de cette
considération. Outre qu'il y a chez lui une part d'observation
personnelle, tout prouve qu'il a utilisé avec un soin scrupuleux les
renseignements fournis. Sans doute, le seul fait de rédiger
littérairement et en vers une matière suppose un certain travail
d'arrangement — la même remarque peut s'appliquer aux clercs qui
résumaient en latin des négociations ou délibérations qui avaient lieu
en langue vulgaire — mais je ne crois pas que le poète ait modifié en
rien le fond ni même l'allure générale des récits qu'il a mis en rime.
Il est visible qu'il s'identifie autant que possible avec ses autorités
et qu'il n'intervient personnellement que dans l'appréciation, toujours
très mesurée, des événements.
A plus forte raison peut-on dire que notre poème contient,
proportionnellement à son étendue, bien plus de matière vraiment
historique que les Chroniques de Froissart. Celui-ci vaut surtout par le
charme de sa narration, par l'abondance et la vivacité de ses récits, la
peinture un peu embellie, vraie pourtant dans l'ensemble, qu'il nous
présente de la vie des hautes classes dans la seconde moitié du xrv*
siècle. Mais, d'abord, une partie de son ouvrage (jusqu'en 1360) n'est
guère originale, et pour cette période c'est plutôt Jean le Bel que lui
qu'il faut citer. Puis, dans la partie qui lui appartient en propre, la
critique a pu relever un nombre considérable d'inexactitudes, dont
plusieurs peuvent passer pour des erreurs volontaires. Froissart avait
plus de curiosité que de jugement. Il était avide d'informations, mais
il ne se donnait guère la peine de les contrôler, surtout lorsqu'elles
lui venaient de personnes avec qui il cherchait à entretenir de bonnes
relations. Ses opinions pouvaient varier selon ses sympathies du moment,
comme le prouvent les récits, souvent très différents, qu'il fait d'un
même événement dans les diverses rédactions de son premier livre, à ce
point qu'il est souvent difficile de savoir quand il dit la vérité. Ses
Chroniques se lisent comme un roman, mais elles tiennent parfois plus du
roman que de l'histoire.
Il est une chronique en vers, publiée depuis peu, qu'on est assez
naturellement conduit à rapprocher de l'Histoire du Maréchal : c'est Y
Histoire de la guerre sainte, par Ambroise, récit très détaillé et très
intelligemment fait de la troisième croisade. L'auteur avait accompagné
Richard en Sicile, puis en Terre sainte, et, ce qu'il nous rapporte, il
l'avait vu ou entendu conter par des témoins oculaires[196]. Son poème
est une source de premier ordre, on pourrait dire la principale source,
pour l'histoire de la troisième croisade, et, bien qu'on l'ait utilisé
depuis longtemps par la traduction latine qu'en fit un contemporain sous
le titre à' Itinerarium Ricardi, nous sommes heureux de pouvoir le lire
en original dans la récente édition de M. G. Paris. L'auteur, chaud
partisan du roi Richard, appartenait sûrement à l'une des provinces
françaises du roi d'Angleterre, très probablement à la Normandie.
L'auteur de l'Histoire du Maréchal aussi était vraisemblablement
Normand. Cependant, ces deux écrivains ne se ressemblent guère. Sans
vouloir diminuer en rien le mérite d'Ambroise, tout en lui reconnaissant
un louable souci de l'exactitude et beaucoup de clarté dans
l'exposition, il faut avouer qu'il a, plus que l'historien du Maréchal,
le caractère du jongleur. Il est nourri de la littérature des chansons
de gestes ; il prête à ses personnages des discours qui, en certains
cas, notamment lorsqu'ils'agit des chefs sarrazins délibérant entre eux,
sont de purs développements littéraires. Il est d'ailleurs certain qu'il
n'a assisté que de loin aux combats dont il donne des descriptions très
détaillées, et qu'il n'a pu recueillir que l'écho très affaibli, et
probablement déjà bien obscurci, des délibérations qui avaient lieu
entre les chefs de l'armée. C'était un simple pèlerin appartenant à la
menue gent : il n'était ni combattant ni clerc. Certes, un jongleur
pouvait, en certains cas, être très bien renseigné, comme le fut, par
exemple, celui à qui nous devons la seconde partie du poème de la
croisade albigeoise, mais c'était à condition d'être attaché à quelque
grand personnage, et tel ne paraît pas avoir été le cas d'Ambroise.
Quiconque prendra la peine d'étudier et de comparer les procédés de
chacun des deux poètes y reconnaîtra de grandes différences. Toutes, je
m'empresse de le dire, ne sont pas à l'avantage de l'historien du
Maréchal. Je reconnais à Ambroise plus d'habileté dans l'art de la
composition et un sentiment plus personnel. Le biographe du Maréchal est
sobre d'appréciations personnelles. Son principal souci est de
reproduire exactement les informations qui lui sont fournies. Il s'y
applique consciencieusement, négligeant un peu l'art des transitions, se
préoccupant plus des faits que de leur enchaînement. Mais, comme ses
renseignements venaient des meilleures sources, toutes ses assertions
méritent d'être prises en grande considération.
En somme, pour l'originalité, l'Histoire de Guillaume le Maréchal va de
pair avec les œuvres historiques les plus originales du temps,
puisqu'elle n'a rien emprunté aux écrits contemporains. Pour la variété
et l'abondance des notions nouvelles, elle prend place au premier rang,
puisqu'elle embrasse une période de quatre-vingts ans, depuis 1140
environ jusqu'en 1219. Et s'il est vrai que, jusqu'au moment où le
Maréchal revint de Terre sainte (1186), les faits sont présentés d'une
façon incomplète, souvent inexacte, et selon un ordre très défectueux,
il faut pourtant reconnaître que, même dans cette partie, l'histoire
peut recueillir nombre de données nouvelles sur des hommes notables du
xiie siècle, anglais, flamands, français, sur les mœurs, sur les
conditions de la vie dans les hautes classes. Quant à la période qui
s'étend de 1186 à 1219, notre poème est une source souvent unique et
toujours infiniment précieuse.
[20] Paraît sous ce nom en trois chartes de l'impératrice, des années
1141, 1142, 1144-7 (Round, Geoffreyde Mandeville, London, 1892, p.
171, 183, 234, 344 ; cf. Chronicles ofthe reigns of Stephen, Henry
II and Richard I, edited by R. Howlett, III, xiv, xxxiv (collection
du Maître des Rôles).
[21] Voir l'acte par lequel l'office de maréchal de la cour du roi est
concédé à Guillaume le Maréchal, dans Rotuli Chartarum, I, 466 (20
avril 1200), où il est rappelé que Gilbert, père de Jean le
Maréchal, était maréchal du roi Henri Ier.
[22] On remarquera que le premier né portait le nom de son grand-père,
selon un usage qui est constaté d'ailleurs.
[23] Voir ci-après, p. 8, n. 2.
[24] Voir p. 6, note.
[25] Ci-après, p. 10, n. 3.
[26] Nous savons, par Henri de Huntingdon, que la ville fut prise par le
roi.
[27] Voir ci-après, p. 13, n. 1.
[28] Voir ci-après, p. 13, n. 5.
[29] Cf. ci-après, p. 14, n.
[30] A cette époque, on était rarement armé chevalier avant vingt ans.
Naturellement, il y a des exceptions, notamment lorsque le nouveau
chevalier était de race royale.
[31] La forme _vuit_ (huit) est fréquente dans le poème ; voir par ex.
v. 848.
[32] Voir la note précédente.
[33] Robert de Torigni, éd. Delisle, I, 362 ; cf. Eyton, _Court_,
_Household and Itinerary of King Henry II_ (Londres, 1878), p. 97.
[34] Il faut donc considérer comme erronée la note (ci-après, p. 21, n.
4) où ce tournoi a été daté de 1174. Le roi d'Écosse est venu deux
fois sur le continent.
[35] La liste des barons anglais et normands qui prirent les armes
contre Henri II est donnée par la chronique (_Gesta regis Henrici
secundi_), qui fut transcrite par ordre de Benoît, abbé de
Peterborough, et que, pour plus de brièveté, je cite sous le nom de
cet abbé (éd. Stubbs, I, 45).
[36] K. Norgate, _England under the Angevin Kings_, II, 147, n. 3.
[37] Voir p. 26, note. Adam d'Iquebeuf2. Guillaume du Hommet6. Bertrand
de Verdun3. — de Lanvalei7. Geoffroi Fils Hamon. — Maréchal. Girard
Talebot4. — de Saint-Jean8. Guillaume de Dive5. — de Tinteniac9.
[38] Je retranche de la liste des témoins les personnages
ecclésiastiques qui paraissent occasionnellement en cette qualité
dans les chartes en question.
[39] Ci-après, p. 59, n. 1.
[40] Témoin à un acte de Henri H (Eyton, p. 239).
[41] Ci-après, p. 23, n. 2.
[42] Ci-après, p. 143, n. 3.
[43] Voir Stapleton, II, lxij, cxcix, ccxlix. Ne figure pas dans le
poème.
[44] « Petrus de Adevilla » ne paraît que dans une charte du jeune roi
en faveur de Christ Church, Cantorbéry, vers 1175 (Musée brit.,
_Cotton charters_, VI, 1).
[45] « Petrus filius Guidonis » paraît avec le titre de dapifer dans
l'acte mentionné à la note précédente. Voir ci-après, p. 77, n. 6.
[46] Ci-après, p. 99, n. 2.
[47] Puissant seigneur qui fut l'ut^des partisans du jeune roi dans sa
révolte de 1173. Il mourut en 1204. Il avait d'importantes
possessions à Pont-Audemer (Le Prévost, _Mémoires et notes pour
servir à l'histoire du département de l'Eure_, II, 550). — Ilyasur
lui une longue notice dans l'Art de vérifier les dates, LU, 694.
[48] Témoin à de nombreux actes de Henri U. Ne figure pas dans le poème.
[49] Ci-après, p. 184, n. 2.
[50] Ci-après, p. 57, n. 3.
[51] Ci-après, p. 125, n. 1.
[52] Je ne connais que dix chartes du jeune roi, dont trois à Rouen
(copie m'en a été communiquée par M. Delisle) et trois au Musée
britannique. Guillaume le Maréchal est témoin à cinq de ces actes :
[53] Notons en passant qu'on ne voit paraître, ni dans notre poème ni
ailleurs, Bertrand de Born, le seigneur de Hautefort, qui, à en
croire les anciennes biographies provençales, aurait joué un rôle
important dans les querelles du jeune roi avec son père.
[54] P. 34, notes 2, 3, etc.
[55] Voir ci-après, p. 35, n. 5.
[56] C'est ce qu'a bien mis en relief M. Jusserand dans la première de
ses études sur les sports dans l'ancienne France (Revue _de Paris_,
15 mai 1900), où il utilise comme principale source l'Histoire du
Maréchal.
[57] Dissertations VI et VII sur l'Histoire de saint Louis, réimprimées
à la suite du Glossarium medi » et infims latinitatis, éd. Henschel,
VII, 2« partie, p. 23 et suiv.
[58] Roger de Howden (éd. Stubbs), III, 268 ; Raoul de Dicet (éd.
Stubbs), II, 120. — Le poète dit cependant que le jeune roi, pendant
son séjour en Angleterre, après sa réconciliation avec son père
(1175-6), passa le temps en chasse et en tournois (Ou a bois ou a
_torneier_, v. 2394). Mais, si lorneier n'est pas une leçon fautive,
il doit s'agir de tournois différents de ceux qui étaient en usage
sur le continent.
[59] Pertz, _Script_., XXI, 524-5.
[60] Il y a, dans le poème, plusieurs récits de combats sérieux. On y
voit que les accidents mortels étaient extrêmement rares, du moins
pour les chevaliers.
[61] Voir v. 3013, 3301, 4083 et surtout 4331 et suiv.
[62] V. 1310 et 2502. Voir au vocabulaire _plaideïces_ et plaidier.
[63] Voir v. 2827 et suiv., 3247 ; cf. page précédente.
[64] _Flamenca_, v. 7731 et suiv., 7910 et suiv.
[65] Voir le fableau du chevalier qui, n'ayant ne vigne ne terre »,
vivait de ce qu'il gagnait aux tournois, et se trouva réduit à la
pauvreté lorsque ces jeux furent interdits (Montaiglon et Raynaud,
VI, 69). Cf. _Histoire littéraire_, XXX, 156. — Bertran de Born,
dans l'un de ses sirventes (S'abrils), blâme les riches hommes qui
suivent les tournois pour prendre leurs vavasseurs et se soucient
peu du blâme, pourvu qu'ils emportent l'argent. Il trouve légitime
cependant que les soudoyers (c'est-à-dire les chevaliers sans terre
qui se louaient) s'enrichissent de cette manière.
[66] Concile de Reims, 1131, canon xn (Labbe, _Concilia_, X, 985 — 6),
renouvelé en 1139 au deuxième concile de Latran, canon xiv (Labbe,
X, 1006), en 1179 au troisième, canon xx (Labbe, X, 1449). Cf.
Benoît de Peterborough, I, 226 ; Rog. de Howden, II, 176. — Jacques
de Vitry, s'efforçant de détourner un chevalier de la fréquentation
des tournois, montre que ces jeux cruels conduisent ceux qui s'y
livrent à commettre les sept péchés capitaux (The exempta of Jacques
de Vitry, edited by Th. Fr. Crane, 1890, p. 63).
[67] Voir v. 3650 et suiv., 4066 et suiv.
[68] Tournoi de Joigni (v. 3433) ; tournoi entre Anet et Sorel (v.
3898) ; tournoi d'Épernon (v. 4322) ; autre tournoi d'Épernon (v.
4985). A propos d'Épernon, on peut se demander, en comparant les
deux récits, dont le premier est visiblement incomplet, si le poète
n'a pas conté deux fois la même affaire.
[69] Voir ci-après, p. 43, n. 3.
[70] Il y a d'autres exemples de ces associations de chevaliers courant
ensemble les tournois. C'est ainsi que, dans le Roman de _Flamenca_,
Guillaume de Nevers et Archambaut de Bourbon « s'appareillent »
ensemble. Voir v. 6999 et suiv. de la nouvelle édition.
[71] C'est la seule fois, sauf erreur, que l'auteur se réfère à des
documents d'ordre diplomatique.
[72] Ci-dessus, p. xxxv.
[73] Voir, v. 4245 et suiv., l'épisode du cheval acheté et payé comptant
par le Maréchal.
[74] Voir ci-après, p. 66, n. 4.
[75] V. 3489. C'est la requête exprimée d'une façon brillante par Peire
Vidal dans sa pièce Drogoman seiner, s'agues bon des _trier_. Voir
_Romania_, II, 423.
[76] Du Cange, heraldus et hiraudos ; Littré, à l'historique de héraut ;
Godefroy, Compliment, héraut.
[77] Un héraut paraît dans le récit du combat de Drincourt (v. 977 et
suiv.).
[78] Dans Mainet (_Romania_, IV, 324, v. 12) : Ancui s'en gaberoient _et
garchon et hiraut_.
[79] Chrétien de Troies dit, en parlant des mauvais (lâches) : Tuit s'en
teisent, nes li hira _Qui_ des vaillanz crie le ban Et les mauvès
giete en un van. (Chev. au lion, éd. Förster, v. 2204-6.) Cf. ce
passage d'un ancien sermonnaire : « Histriones isti quos hyraudos
vocamus, quando vident aliquem in armorum exercitio viriliter et
strenue laborantem, clamare soient et dicere : Qui _n'a cuer ici le
preigne_ » (Bibl. nat., lat. 16951, fol. 4).
[80] C'est le mode de procédure adopté contre les voleurs dans le droit
de l'époque mérovingienne. Voir Pertz, _Leges_, 1, 10.
[81] _Horn et Rimel_, v. 1927 et suiv.
[82] Les corps supposés des trois rois mages, apportés de Constantinople
à Milan, furent transférés à Cologne en 1164 (K. -A. Mar tin
Hartmann, Ueber dos altspanische Dreikônigsspiel, Bautzen, 1879, p.
78).
[83] Voir ci-après, p. 76, n. 1.
[84] Voir les récits du _Novellino_, éd. Gualteruzzi (1575), nouvelles
19 et 20 ; éd. Biagi (Florence, 1880), nouvelles 23 et 24.
[85] Giraud de Barri nous a conservé quatre vers qui peuvent passer pour
une épitaphe du jeune roi : Omnis honoris honos, decor et decus
urbis et orbis, Militie splendor, gloria, lumen apex ; Julius
ingenio, virtutibus Hector, Achilles Viribus, Augustus moribus, ore
Paris. (Giraldi Cambrensis Opera, I, 355, et VIII, 174.) La
comparaison avec Achille est de trop. L'auteur de l'Histoire du
Maréchal n'est pas tombé dans cet excès.
[86] Voir la note sur le v. 7274.
[87] Voir notamment ci-après, p. 91, n. 2 et 3.
[88] D'après Giraut de Barri (_De princ. instr_., III, xiii), il
souffrait d'une fistule à l'anus ; mais les détails donnés par le
poète sur sa mort donnent à croire que cette affection s'était
compliquée de quelque autre maladie.
[89] Il semble qu'il ait été piacé dans une bière ouverte, puisque les
historiens disent que le sang coula des narines du feu roi lorsque
Richard s'approcha (ci-après, p. 117, n. 2).
[90] Mais je li doins tot quitement | _La meschine et le tenement_ (v.
9369-70). Cependant, nous savons que le Maréchal eut à payer, en
1191, pour une partie au moins de ces biens, une somme de deux mille
marcs. Voir ci-après, p. 121, note.
[91] Voir ci-après, p. 121, n. 3.
[92] Voir ci-après, p. 123, n. 5.
[93] Cola est dit plus loin, v. 10316.
[94] Isabelle de Clare dut naître en 1172 ; son père avait épousé, en
1171, la fille du roi irlandais Dermot. Voir G. E. Cokaine, _The
complète Peerage_, art. Pembroke, p. 198.
[95] Il en eut probablement davantage. On tenait peu de compte des
enfants morts en bas âge.
[96] Voir ci-après, p. 177, n. 1. On sait, d'ailleurs, que le fief
d'Orbec faisait partie des biens d'Isabelle de Clare, femme de
Guillaume (Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., II, cxxxvii).
[97] Titre qu'il ne reçut officiellement que plus tard, lors du
couronnement de Jean. Voir plus loin.
[98] Ci-après, p. 214, n. 4.
[99] Ci-après, p. 186.
[100] Ci-après, p. 123, n. 2.
[101] Ci-après, p. 125.
[102] Dugdale, _Baronage_, I, 601.
[103] Ci-après, p. 127.
[104] Ci-après, p. 128-9.
[105] V. 11520.
[106] Voir notamment ci-après, p. 130, n. 1 et 2, et p. 131, n. 1.
[107] J'ai dit, p. 132, n. 2, d'après R. de Dicet, que Richard débarqua
à Sandwich le 20 mars 1194 ; j'aurais dû ajouter que, selon Gervais
de Cantorbéry (éd. Stubbs, I, 524), l'arrivée de Richard en
Angleterre serait du 12 mars, ce qui, vu la suite des événements,
est plus probable.
[108] C'est par erreur qu'il a été dit, p. 135, n. 6, que le chancelier
était Hubert Gautier. Celui-ci n'exerça jamais l'office de
chancelier, qui fut tenu jusqu'en 1195 par Guillaume de Longchamp.
[109] Ci-après, p. 134, n. 3.
[110] Ci-après, p. 140, n. 3.
[111] Rymer, _Fœdera_, éd. Holmes, I, 30. Il n'est pas daté ;
Duffus-Hardy (Syllabus) le place, avec toute vraisemblance, en
octobre 1197. Cf. Stapleton, Magni rotuli Scacc. Normannte, II,
lxxiv.
[112] Ce sont Baudouin, comte d'Aumale, Guillaume de Hondschoote et
Guillaume de l'Étang.
[113] Fils de son frère cadet Ansel, et non, comme il est dit p. 143, n.
4, de son frère aîné Jean, mort en 1194 sans enfants. III «
[114] Le récit de Roger est analysé ci-après, p. 142, n. 4.
[115] C'est d'après Roger de Howden que j'ai placé en marge, t. II, p.
28, la date 27 septembre 1198.
[116] C'est ce que j'ai déjà indiqué à la fin de la note de la p. 148.
[117] Il subsiste encore des ruines de ce château ; voir le Répertoire
archéologique de l'Oise, p. 53.
[118] Je conserve le nom adopté dans le poème ; ailleurs Mercaderius,
Merchaderius ; voir p. 145, n. 3.
[119] Voir p. 148, note. H. Giraud, dans son mémoire sur le comte-évêque
(voir DM. de l'École des chartes, V, 18-19), adopte la date fournie
par les historiens anglais, comme il avait déjà fait dans son
mémoire sur Mercadier (Bibl. de l'École des chartes, III, 429), où,
par inadvertance, il donne à l'évêque le nom de Henri.
[120] Ci-après, p. 158, n. 1.
[121] Actuellement Ardennes, village de la commune de
Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, cant. de Caen (ouest).
[122] Voir p. 160, n. 4.
[123] Ci-après, p. 160, n. 6.
[124] Voir l'itinéraire, à l'appendice.
[125] Ci-après, p. 161, n. 3.
[126] Itinéraire.
[127] Roger de Howden, IV, 90 ; cf. les Annales de Winchester, dans
_Annales monastici_, éd. Luard, II, 72 (Coll. du Maître des rôles).
Le titre de comte de Pembroke dut lui être conféré avec celui de
comte de Striguil : Willelmus Marescallus factus est cornes
Pembrochia ? » (Annales Cambris, ad an. 1199 ; Coll. du Maître des
rôles). Isabelle de Clare, femme de Guillaume, était comtesse de
Striguil et de Pembroke, mais son mari ne pouvait prendre le titre
de comte qu'en vertu d'une investiture royale. Toutefois, il lui est
attribué, à partir de son mariage, dans la Chronique dite de B. de
Peterborough, mais c'est _by courtesy_.
[128] Dugdale, _Baronage_, I, 601.
[129] Rotuli chart., p. 46 b.
[130] Rotuli de liberate, p. 27.
[131] _Ibid_., p. 71-72.
[132] Ci-après, p. 161, n. 7.
[133] Ci-après, p. 162, n. 1.
[134] Sauf pendant le temps compris entre septembre 1200 et les premiers
jours de mars 1201, qu'il paraît avoir passé dans ses terres
d'Irlande. Voir ci-après, p. 183, n. 8.
[135] Voir l'itinéraire.
[136] Ci-après, p. 167.
[137] Voir, sur cette remarquable construction, M. Dieulafoy, Le
Château-Gaillard et l'architecture militaire au XIIIe siècle, dans
les Mém. de l'Acad. des inscr., t. XXXVI (1898).
[138] Rigord, § 141, éd. Delaborde, p. 159.
[139] Chronique, §§ 122 et 123, éd. Delaborde, p. 213 ; Philippide, 1.
VIL
[140] « Misit itaque cotarellos, sub profundo noctis silentio, et
ruptarios, cum paucis militibus, ad illos qui remanserant ultra
Sequanam » (éd. Delaborde, p. 214).
[141] Philippide, 1. VII, v. 144 et suiv. : Ergo Marescallo cordis
secreta revelans : « O mini consilii custos fidissime, dixit, Accipe
selectos equites, Guillelme, trecentos Et famulos in equis tria
millia ; sume clientes Mille quater pedites ; tecum Lupicarica rupta
Fac eat »
[142] V. 12598 ; voir ci-après, p. 171, n. 6.
[143] Ci-après, p. 175, n. 3 et 4.
[144] Ci-après, p. 176.
[145] Arr. de Bernai. On n'a point d'autre témoignage sur le séjour de
Philippe-Auguste au Bec.
[146] Mai 1204. Ci-après, p. 177, n. 5.
[147] Voir v. 12924 et suiv.
[148] Voir l'itinéraire.
[149] « Willelmus cornes Marescallus oppidum Kigerran primo impetu
cepit, familiaribus Mailgonis (Maelgwn fils de Rhys), qui illud
observabant iuermibus, abire dimissis » (Annales Cambriæ, ad an.
1204 ; Coll. du Maître des rôles ; cf. _Brut y Tywysogion_, p. 260,
même collection).
[150] Ci-après, p. 178, n. 5. Cet hommage permit à Guillaume de garder
jusqu'à sa mort ses biens de Normandie et de les transmettre à son
fils aîné, comme on le voit par un acte de celui-ci daté de juin
1220 (Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, n° 1971).
[151] Au mois de mai. On voit, par l'itinéraire, que le 31 mai le
Maréchal était à Porchester.
[152] C'est du moins ce qu'affirme l'auteur ; mais voir ci-après, p.
183, n. 8.
[153] Nous savons seulement qu'elles devaient comprendre une grande
partie du sud-ouest de l'Irlande. — 4. Voir _Débat des hérauts
d'armes de France et d'Angleterre_, § 54, et la note, p. 138 (Soc.
des anciens textes français).
[154] Les paroles du poète (v. 13289 et suiv.) sont assez vagues. Nous
ne savons pas très bien quelle part d'autorité fut attribuée au
Maréchal.
[155] « Memoratus itaque Willelmus, utpote bellicosus et strenuus,
dictus Marescallus, quasi Martis senescallus, dum in Hybernia,
stragi intendens et incendio, terras sibi adquireret spatiosas, a
quodam sancto episcopo duo maneria ad suam ecclesiam pertinentia,
violenter et injuriose surripere, et subrepta sibi usurpando
praesumpsit, quasi justo titulo, quiainguerraadquisita, possidere.
Episcopus igitur, post frequentes admonitiones, in ipsum comitem
procaciter respondentem, et contumaciter in peccato suo dicta
maneria retinentem, sententiam excommunicationis non immerito
fulguravit » (Chronica majora, éd. Luard, IV, 492). Un peu plus
loin, Mathieu de Paris nous apprend que cet évêque était l'évêque de
Ferns. Mais comme l'évêque dont il s'agit (Albinus) occupa le siège
de Ferns de 1186 à 1223, nous ne pouvons guère parvenir III à dater
cet événement. «
[156] V. 13429-14136.
[157] V. 13558.
[158] Gela résulte du rapprochement des vers 13565-13572 et 13679-13692.
[159] Voir l'Itinéraire.
[160] Ci-après, p. 188, n. 2.
[161] Voir ci-après, p. 188, n. 1.
[162] Voir ci-après, p. 188, n. 3.
[163] Fin de février.
[164] V. 13704 et suiv.
[165] V. 13763 et suiv.
[166] P. LXXXI.
[167] D'autant plus que les rôles des lettres patentes et des chartes
font défaut pour les années 11, 12 et 13 du roi Jean. Pour les
lettres closes, il nous manque les années 10, 11, 12.
[168] Au commencement de l'année 1210.
[169] Cf. plus haut, p. lxxix.
[170] Nous avons vu plus haut (p. ix) que des faits notés par le poète
dans cette incidence ressortaient quelques données pouvant servir à
déterminer l'époque où le poème fut composé.
[171] Ce verbe est souvent employé dans le sens de passer sous silence,
omettre. »
[172] L'histoire de cette période a été étudiée en grand détail, d'après
toutes les sources, y compris l'Histoire de Guillaume le Maréchal,
par M. Petit-Dutaillis, dans son Étude sur la vie et le règne de
Louis VIII (Paris, Bouillon, 1894).
[173] R. de Coggeshall, éd. Stevenson, p. 180 ; cf. Petit-Dutaillis, p.
93.
[174] Voir ci-après, p. 230, n. 3 ; 234, n. 4 ; 237, n. 2.
[175] Voir p. 232, n. 3. — Il a pu même arriver que ces explications, de
provenances diverses, aient été contradictoires. C'est, du moins, ce
qu'affirme le poète quand il avoue, avec sa sincérité ordinaire,
qu'il ne sait plus à qui entendre, ceux qui lui fournissent sa
matière n'étant pas d'accord (v. 16401 et suiv.).
[176] Voir p. 229, note.
[177] Voir v. 16997-16999 où il est dit qu'en cette journée il fut
« maître de conseiller nos gens ». C'est lui qui va reconnaître la
ville avant l'attaque (v. 16467 et suiv.) ; c'est lui encore qui
retient le Maréchal, qui, du reste, ne l'écoute guère, trop pressé
de charger (v. 16581 et suiv.).
[178] Ci-après, p. 245, n. 1.
[179] Voir p. 250, n. 1.
[180] Voir Petit-Dutaillis, p. 176 et suiv.
[181] Ces avances concernent des dépenses très variées faites pour le
couronnement du roi, pour le paiement des gens de guerre, pour le
paiement de l'indemnité accordée à Louis, pour des présents destinés
au pape ou à certains cardinaux, etc. L'énumération s'en trouve dans
deux lettres royales, du 31 mai 1224, qui font partie des _Rotuli
litterarum clausarum_, I, 601, 602. J'en extrais seulement deux
articles relatifs à l'indemnité de guerre : Computate etiam eisdem
executoribus (l'abbé de Saint-Augustin de Bristol, Jean d'Erlée et
Henri Fils Gerout). xlv. marcas quas idem comes (le Maréchal)
liberavit, per preceptum nostrum, Willelmo de Harecurt, pro. xlv.
marcis quas idem Willelmus nobis comodavit ad opus Willelroi fllii
Florentii Dtvilis de Sancto Audomaro, pro Lodovico rege Francie.
Computate etiam eisdem nongentas et. xxxviij. marcas et tres solidos
et. iiij. denarios quas idem comas liberavit, per preceptum nostrum,
predicto Willelmo Florentii in parte solutionis sex millia marcarnm
quas debuimus predicto Lodovico. Florent le Riche et son fils
Guillaume étaient d'importants négociants de Saint-Omer qui
servirent d'intermédiaires entre le gouvernement anglais et Louis
pour le paiement de l'indemnité convenue à ce dernier. Voir
Petit-Dutaillis, p. 176.
[182] Du moins dans le texte qui nous est parvenu. Mais j'ai fait
remarquer qu'il y avait probablement une lacune assez considérable
aux environs du v. 17872.
[183] Ci-après, p. 252, n. 5.
[184] Le poète dit même (v. 17906) qu'il le fit, mais il ajoute que ce
testament ne fut pas fait en hâte, et plus loin, en effet, nous
voyons le Maréchal s'occuper à le parfaire (Bien serreit que je
perfeïsse || Mon devis…, v. 18127-18128).
[185] Voir la note 3 de la page précédente.
[186] Il y a ici une difficulté sur laquelle j'aurais dû appeler
l'attention dans une note de la traduction. Les exécuteurs
testamentaires désignés dans deux actes qui font partie des Rotuli
liltera _rum clausarum_ (I, 601 ; cf. ci-dessus, p. xciv) sont le
prieur de Saint-Augustin de Cantorbéry, Jean d'Erlée et Henri Fils
Gerout. Comme il est impossible de révoquer en doute l'autorité des
documents diplomatiques, il faut supposer qu'ici l'auteur du
poèmes'est mal exprimé. C'est une forme connue de testament que
celle où des témoins sont appelés à apposer leurs sceaux sur l'acte
déjà fermé et scellé. Les trois illustres personnages désignés dans
le poème comme « mestre executor » (v. 18339) devaient être des
témoins. Du reste, il n'est pas vraisemblable que le comte eût mis
au nombre de ses exécuteurs testamentaires l'évèque de Winchester,
avec qui il venait d'être en différend au sujet de la garde du roi.
[187] Le poète fait dire au Maréchal (v. 18173-4) : « J'ai grand peur au
sujet de mes gens, de ceux qui sont _en nendre went_. » Je suppose
qu'il s'agit de Newent, comté de Gloucester, où il y avait un
prieuré de Bénédictins, sur lequel voir Monasticon anglicanum, nouv.
éd., VI, 1048. III g
[188] Ci-dessus, p. xl.
[189] J'ai dit par erreur, p. lix, qu'il n'y en avait que quatre.
[190] Voir l'épisode du larron qu'il épargne, v. 4425 et suiv.
[191] V. 6316 et suiv.
[192] Voir la scène avec le cardinal, v. 11590 et suiv.
[193] Voir la scène de réconciliation avec Jean, v. 10404 et suiv.
[194] V. 11671 et suiv.
[195] Voir G. Paris, Histoire littéraire de la France, XXXII, 446-8.
[196] Abstraction faite des événements qui se passèrent en Terre sainte
avant la venue de Richard, et pour le récit desquels ils'est servi
d'une chronique latine qui ne nous est pas parvenue. Voir la préface
de M. G. Paris, p. m et cxxvi.