En un tour de main tout change avec moi. Souvent un doux rayon de la vie
veut bien se lever de nouveau et m'éclairer d'une demi-clarté, hélas!
seulement pour un moment. Quand je me perds aussi dans des rêves, je ne
puis me défendre de cette pensée: Quoi! si Albert mourait! tu
deviendrais... oui, elle deviendrait... Alors je poursuis ce fantôme
jusqu'à ce qu'il me conduise à des abîmes sur le bord desquels je
m'arrête et recule en tremblant.
Si je sors de la ville, et que je me retrouve sur cette route que je
parcourus en voilure la première fois que j'allai prendre Charlotte
pour la conduire au bal, quel changement! Tout, tout a disparu. Il ne me
reste plus rien de ce monde qui a passé; pas un battement de cœur du
sentiment que j'éprouvais alors. Je suis comme un esprit qui, revenant
dans le château qu'il bâtit autrefois lorsqu'il était un puissant
prince, qu'il décora de tous les dons de la magnificence, et qu'il
laissa en mourant à un fils plein d'espérance, le trouverait brûlé
et démoli.