Que l'on est enfant! quel prix on attache à un regard! que l'on est
enfant! Nous étions allés à Wahlheim. Les dames étaient en voiture.
Pendant la promenade, je crus voir dans les yeux noirs de Charlotte...
Je suis un fou; pardonne-moi. Il aurait fallu les voir, ces yeux! Pour
en finir (car je tombe de sommeil), quand il fallut revenir, les dames
montèrent en voiture. Le jeune W..., Selstadt, Audran et moi, nous
entourions le carrosse. L'on causa par la portière avec ces messieurs,
qui sont pleins de légèreté et d'étourderie. Je cherchais les yeux
de Charlotte. Ah! ils allaient de l'un à l'autre; mais moi, qui étais
entièrement, uniquement occupé d'elle, ils ne tombaient pas sur moi!
Mon cœur lui disait mille adieux, et elle ne me voyait point! La
voiture partit, et une larme vint mouiller ma paupière. Je la suivis
des yeux, et je vis sortir par la portière la coiffure de Charlotte;
elle se penchait pour regarder. Hélas! était-ce moi? Mon ami, je
flotte dans cette incertitude; c'est là ma consolation. Peut-être me
cherchait-elle du regard! peut-être! Bonne nuit. Oh! que je suis
enfant!