M. Favoral rougit.

--Ce n'est pas la dépense que je déplore, répondit-il, mais la

duplicité. Je suis assez riche, Dieu merci! pour n'être pas réduit à

liarder. C'est avec bien du plaisir que je donnerais à ma femme le

double de ce qu'elle me prend, si elle me le demandait franchement.

Mais c'était une leçon.

Il dissimula, désormais, et ne parut plus occupé qu'à soumettre son

fils à un régime de son invention et dont la rigueur excessive eût

jeté hors de ses gonds le garçon le plus froid.

Il exigea de lui des attestations quotidiennes de son assiduité tant

à l'École de Droit qu'à l'étude. Il lui traça l'itinéraire de ses

courses et lui en mesura la durée à quelques minutes près. Aussitôt

après le dîner, il le renfermait à double tour dans sa chambre et

ne manquait jamais, en rentrant à dix heures, de s'assurer de sa

présence.

C'étaient les meilleures mesures qu'il pût prendre pour exalter encore

l'aveugle tendresse de Mme Favoral.

En apprenant que Maxence avait une maîtresse, elle avait été rudement

atteinte en ses sentiments les plus chers. Ce n'est jamais sans une

secrète jalousie qu'une mère découvre qu'une femme lui a ravi le coeur

de son fils. Elle n'avait pas été sans lui garder une certaine rancune

de désordres que dans sa candeur elle n'avait pas soupçonnés.

Elle lui pardonna tout, quand elle vit de quel traitement il était

l'objet.

Elle lui donna raison, le jugeant victime de la plus injuste des

persécutions. Le soir, après le départ de son mari, elle allait

avec Gilberte s'établir dans le couloir qui précédait la chambre de

Maxence, et elles causaient avec lui à travers la porte. Jamais elles

n'avaient tant travaillé pour la mercière de la rue Saint-Denis. Elles

se faisaient des semaines de vingt-cinq et trente francs.

Mais la patience de Maxence était à bout, et, un matin, il déclara

résolument qu'il ne voulait plus suivre les cours, qu'il s'était

trompé sur sa vocation, et qu'il n'était pas de puissance humaine

capable de le forcer à retourner chez M. Chapelain.

--Et où irez-vous? s'écria son père. Me croyez-vous d'humeur à fournir

éternellement à vos besoins...

Il répondit que c'était précisément pour se suffire et conquérir son

indépendance qu'il était résolu à quitter une position qui, après deux

ans, lui rapportait vingt francs par mois.

--Il me faut un métier où on s'enrichisse, poursuivit-il. Je veux

entrer dans une maison de banque ou dans quelque grande administration

financière.

C'est avec transport que Mme Favoral adopta cette idée.

--Pourquoi, en effet, dit-elle à son mari, pourquoi ne placerais-tu

pas notre fils au _Comptoir de crédit mutuel_? Là, il serait sous tes

yeux. Intelligent comme il est, poussé par toi et par M. de Thaller,

il arriverait vite à de bons appointements.

L'argent des autres: 1. Les hommes de paille · 第 14 / 44 题