d’avoir contribué au salut de plusieurs âmes et d’avoir été les
premiers prêtres catholiques à fouler les terres et les eaux de
l’Alaska.
Le fort Youkon avait déjà reçu les visites, à peu près infructueuses,
de deux missionnaires de Good-Hope: celle du Père Séguin, en 1862, et
celle du Père Petitot, en 1870.
[37] Ne pas confondre nos Montagnais (nation Dénée) de l’Extrême-Nord
avec les Montagnais (nation Algonquine) de l’est du Canada.
[38] Il le dessécha au prix d’un long travail de trappiste. Selon
les prévisions, le petit champ qui fut trouvé au fond n’a cessé de
produire tout ce que l’on peut attendre sous une telle latitude.
[39] En langue dénée, dialecte esclave: _Yaltri-bé-da-ra-shlan_, _Le
priant au menton abondamment fourni de poils_, _Yaltri_ (le priant),
_-bé_ (son) _-da_ (menton) _-ra_ (poil) _-shlan_ (il y en a beaucoup).
[40] La _pipe_ était l’unité de mesure des coureurs-des-bois; et elle
l’est demeurée pour les Indiens du Nord, lorsqu’ils apprécient les
distances.
«Il y a tant de _pipes_ d’un fort à tel autre. J’ai tué un ours à
trois _pipes_ d’ici» veulent dire: «Dans cet espace, le voyageur
s’arrêterait tant de fois, le temps d’allumer sa pipe et de se reposer
un peu.»
La longueur de la _pipe_ varie avec la saison, l’état des neiges, des
bordillons, et le courage du marcheur. Elle représenterait une moyenne
de quatre à huit kilomètres. Un saint homme ne répondait-il pas à qui
s’informait de la distance qu’il y avait d’un certain endroit à un
autre: «La longueur de trois chapelets.»
[41] Ce chemin de charrette, qui ne mesurait pas moins de 145
kilomètres, a été remplacé récemment par le chemin de fer d’Edmonton à
Peace River.
[42] Toutes les missions du Nord commencèrent par ces
maisons-chapelles: une pièce unique, avec un réduit aménagé pour
l’autel et caché par un rideau ou par une porte à deux battants. Le
rideau tiré, ou la porte ouverte, toute la salle devient église.
Les murs de cette maison-chapelle sont des arbres grossièrement
équarris, placés l’un sur l’autre, et enchevêtrés l’un dans l’autre
aux extrémités pour former les angles, ce qui a nom d’_architecture en
tête de chien_, dans l’archéologie du Nord. Les interstices des arbres
reçoivent des paquets de limon mêlé d’herbe: c’est le _bousillage_. Le
plancher est en rondins de petite sapins contigus. Une couche de terre
constitue la toiture. Le foyer à feu ouvert est maçonné de roches.
Mgr Clut parle des rapports de sa mitre et des solives. Cette
observation nous rappelle un incident fort goûté là-bas, et dont
il fit les frais, dans la maison-chapelle du fort Rae, Grand Lac
des Esclaves, chapelle qui dépassait en luxe de misère celle
du Fond-du-Lac Athabaska. C’était à Noël. Mgr Clut officiait
_quasi-pontificalement_, comme il disait pour marquer qu’il manquait
toujours quelque chose à l’appareil épiscopal. Cette fois encore
il portait la mitre. Au _Gloria in excelsis Deo_, il fut s’asseoir
sur un joli trône, fait du seul meuble convenable que l’on avait
pu trouver, et recouvert d’une soyeuse peau de jeune caribou. Les
Plats-Côtés-de-Chiens chantaient «comme des orgues vivantes». La
jouissance du spectacle transportait l’évêque parmi les anges du
_Gloria_ de Bethléem, lui faisant oublier l’atmosphère compacte
d’exhalaisons aiguës de tous ces Indiens tassés autour de lui.
Cependant la chaleur de cette étuve grouillante amollissait les
chandelles de suif de caribou. S’apercevant que celle du sauvageon
_porte-bougeoir_, accroupi aux pieds du prélat, penchait trop vers Sa
Grandeur, le Père Roure s’approcha, et lui dit, avec calme:
--Attention! Tâche de ne pas mettre le feu au trône: Monseigneur est
assis sur le baril de poudre.
Mgr Clut entendit. Vif lui-même comme la poudre, il n’eut pas besoin
de la détonation pour bondir en l’air. Ce mouvement tout spontané
aplatit la mitre contre le soliveau qui surplombait et ramena
brusquement l’évêque et l’auditoire des sereines hauteurs du _Gloria
in excelsis_ à de plus humbles réalités.
[43] La préfecture apostolique du Youkon, située entre les montagnes
Rocheuses, à l’est, et l’Alaska et l’océan Pacifique, à l’ouest;
et entre le 54e degré de latitude, au sud, et l’océan Glacial, au
nord, est devenue vicariat apostolique en 1918. Mgr Emile Bunoz, O.
M. I., qui, de préfet, devint le vicaire apostolique du Youkon, fut
sacré à Vancouver, le 18 octobre 1918, par Mgr Casey, archevêque de
Vancouver, assisté de Mgr Legal et de Mgr Breynat. Mgr Bunoz réside à
Prince-Rupert (Océan Pacifique).
[44] Le Père Husson fut «le missionnaire charpentier de la rivière
la Paix». Mgr Grouard l’a plus d’une fois présenté «luttant contre
le colosse de l’invasion protestante, le bréviaire et la hache à la
main», «grand bâtisseur des missions du district», et «voyageur à qui
il n’arriva jamais de se faire traîner».
Il remplit la charge de procureur vicarial de l’Athabaska et du
Mackenzie, de 1895 à 1909.
[45] Les Indiens Couteaux-Jaunes furent trouvés en possession de longs
couteaux de cuivre, auxquels ils donnaient la consistance de l’acier
en les trempant plusieurs heures dans le sang bouillant de renne.
[46] Cette rivière _Courant fort_ est la rivière des Liards elle-même,
depuis sa source jusqu’à l’endroit où elle reçoit la rivière Nelson.
[47] L’île d’Orignal, emplacement de l’ancien fort _Moose-Deer_, de
la Compagnie du Nord-Ouest, est sise à 5 kilomètres en face du fort
Résolution. Elle est aride, caillouteuse, couverte de maigres sapins.
Mgr Faraud choisit cet endroit comme étant alors le plus favorable
à la piété des sauvages, et il y bâtit la demeure du missionnaire.
En 1890, les édifices de la mission furent transportés par le Père
Dupire, aidé du Père Ladet, auprès du fort Résolution.
[48] La mission Saint-Isidore n’est autre que celle de la rivière
au Sel (résidence du patriarche Beaulieu), qui fut visitée depuis
les commencements par les pères du Grand Lac des Esclaves et les
missionnaires de passage. Elle fut fixée, en 1876, au pied des rapides
du fort Smith, à 24 kilomètres en amont du confluent de la rivière au
Sel et de la rivière des Esclaves, pour le service des mêmes Indiens.
De ces Indiens, les Couteaux-Jaunes ne sont que le petit nombre, à
la mission Saint-Isidore, de même qu’à la mission Sainte-Marie, fort
Fitzgerald, sa voisine du sud. Au fort Smith, dominent les Montagnais
(souche du lac Athabaska), et au fort Fitzgerald, les Mangeurs de
Caribous (souche du Fond-du-Lac). Nous avons placé ces missions dans
le chapitre des Couteaux-Jaunes, parce qu’elles sont les filles de la
mission Saint-Joseph du fort Résolution.
[49] Fort _Smith’s Landing_ jusqu’à 1916. Le nom de _Fitzgerald_
fut substitué, à la demande de la Gendarmerie Royale à cheval du
Nord-Ouest (_Royal North-West Mounted Police_) en mémoire du brave
inspecteur Fitzgerald (catholique), qui mourut de faim, l’hiver 1911,
avec tous ses subalternes, dans une expédition entreprise des bouches
du Mackenzie, leur résidence, au fort Youkon (chemin de Mgr Clut).
La Gendarmerie du Nord-Ouest (vulgairement appelée la _Police
Montée_), (_the Mounted Police_) a des casernes de deux ou trois
hommes aux forts Fitzgerald (résidence de l’inspecteur), Résolution,
Simpson, Norman, Mac-Pherson et Ile Hershell. Ils tâchent de maintenir
la crainte chez les Indiens.
[50] Ces chevaux, les derniers que l’on rencontre, en allant au nord,
dans le bassin d’Athabaska-Mackenzie, sont occupés au labour ou à
la moisson de la ferme Saint-Bruno. L’hiver, on les relâche dans
les bois, où ils pourvoient à leur nourriture, en grattant la neige
jusqu’à l’herbe, avec leur sabot. Le cheval ne remplacera pas, de
longtemps, le chien de trait, dans l’Extrême-Nord, faute de routes.
Les chemins du fort Fitzgerald au fort Smith, et du fort Smith à
la ferme Saint-Bruno--quels chemins!--sont les uniques et derniers
carrossables du Mackenzie.
Avant qu’existât le _portage_ actuel de la rive gauche, les rapides
se passaient à droite, par trois portages rapprochés, sur des pentes
raides et dangereuses.
[51] _Traditions Indiennes du Canada Nord-Ouest_, Emile Petitot, 1888.
[52] Le fort Rae (prononcer Rè), qui remplace l’ex-fort Providence,
de la Compagnie du Nord-Ouest, doit son nom au Dr Rae, facteur en
chef de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il le fonda, en allant à la
recherche de sir John Franklin.
Le comptoir du fort Rae fournissait de huit à dix mille rennes, en
viande fraîche, séchée et fumée, pilée, en pemmican et en langues: le
tout destiné à la nourriture des équipages qui allaient au Portage La
Loche, avec les fourrures du Nord.
[53] Le Père Roure aurait pu écrire une galerie de chapitres fort
curieux, sur les singuliers savants et Nemrods qu’il vit défiler, au
fort Rae, et qu’il aida souvent de plus que de ses conseils, en dépit
de leur assurance de tout connaître et de tout savoir.
Il secourut ainsi un riche _Englishman_, septuagénaire, dont la manie
était de chercher une misère de ce monde qui pût l’abattre. Il avait
parcouru tous les continents et tous les climats. Il s’était mesuré,
dans la jungle, avec les panthères, jaguars, crocodiles et lions. Mais
il lui manquait d’avoir été dompté lui-même par les éléments ou par
les fauves. D’où il doutait encore que la misère invincible, pour un
vrai fils d’Albion, se trouvât sur notre globe. C’est pourquoi, en
1885, il arriva au fort Rae, décidé à affronter le _Barren Land_, où
il comptait livrer combat au féroce _bœuf-musqué_, et poursuivre sa
course aussi loin qu’il se pourrait. L’on saurait bien qui, de lui ou
de l’hiver polaire, serait le vaincu. Il se mit à la vie sauvage, et y
perdit bientôt le nez par 50 degrés de froid. C’est alors que le Père
Roure le guérit. Il poursuivit ses tentatives; mais il n’eut pas à se
rendre jusqu’à la _Terre Stérile_, encore moins à capturer son ovibos,
pour atteindre son rêve. En deux jours de marche à la raquette dans
l’abri des bois, il se gela si bien et vit ses provisions disparaître
si vite, de par les soins de ses guides, qu’il se dit:
«--C’est bon de connaître la misère (hardship); mais mourir de faim et
de froid, c’est autre chose.»
Sur cette réflexion, il vira de bord, prit congé du Père Roure et du
Nord, et retourna mourir, heureux enfin, dans son foyer d’Angleterre.
[54] _Explorations in the far North_, by F. Russell, Cambridge, Mass.
[55] Mgr Grandin consigna ainsi, sur le registre des baptêmes,
l’heureux événement:
Le premier novembre 1862, nous, soussigné, avons eu la consolation
de bénir et de dédier à la divine Providence, en présence du R.
P. Petitot, m. O. M. I., et du F. Boisramé O. M. I. et d’un bon
nombre de sauvages réunis, une petite chapelle en bois attenant à la
maison qu’habitent les missionnaires. Daigne le Divin Sauveur qui
va maintenant partager leur pauvreté les consoler et les fortifier
dans les nombreuses épreuves qu’ils ont encore à supporter. Depuis
quatre mois qu’ils sont ici, ils ont dû sans exception travailler de
leurs mains, du matin au soir, souffrant avec cela de la chaleur,
des moustiques, d’une nourriture peu substantielle, et, plus tard,
des pluies d’automne et des premiers froids de l’hiver. Aujourd’hui
ils n’ont cessé de souffrir; mais leurs souffrances auront un
adoucissement dans la présence de Jésus-Christ qui veut bien habiter
en personne sous leur pauvre toit.
(Signé): VITAL J., Ev. de Satala, O. M. I.; E. PETITOT, prêtre, O. M,
I.; BOISRAMÉ
[56] A mi-chemin à peu près, du fort des Liards, au fort Nelson, sur
la rive droite de la Nelson, des broussailles recèlent les ruines
d’un fort, le _Vieux Fort_, de la Compagnie du Nord-Ouest. Il fut
détruit par les Esclaves et les Mauvais-Monde, qui firent croire au
_bourgeois_ qu’ils avaient tué des orignaux pour les leur offrir. Le
bourgeois les acheta, sur leur parole, et les envoya quérir par ses
_engagés_. Les serviteurs partis, les sauvages se ruèrent sur le fort
sans défense, massacrèrent le commis, sa femme, ses enfants, pillèrent
le _butin_ et brûlèrent les édifices. Les _engagés_ eurent le même
sort à mesure qu’ils rentrèrent. Le fort ne fut jamais relevé.
[57] Sir John Franklin avait bâti ce fort, pour le compte de la
Compagnie du Nord-Ouest, en septembre 1825.
L’illustre marin fit trois expéditions à la mer polaire, dans le but
de trouver le _passage du Nord-Ouest_. La première en 1818, par la
baie d’Hudson et le continent. La deuxième, en 1825, par le fleuve
Mackenzie. La troisième en 1845, par la mer polaire elle-même.
L’_Erebus_ et le _Terror_, avec leur brillant équipage de 134 hommes,
et leur capitaine, périrent sur l’île du Roi-Guillaume. Franklin
mourut le 11 juin 1847, d’après un écrit retrouvé parmi les squelettes.
[58] La mission de Good-Hope a été dotée du titre de «_Normal
Climatological Station_» par le _Meteorological Office_ de Toronto,
charge honorable, et quelque peu profitable, qui relève du Département
de la Marine et des Pêcheries du Canada. Les missionnaires prennent,
deux fois le jour, la hauteur barométrique et les températures maxima
et minima. Ils ont aussi à marquer la direction et la force du vent
et à rendre compte de leurs observations météorologiques diverses sur
les coups de tonnerre, bolides, halos, aurores boréales, etc... De
Good-Hope on voit nettement jaillir les aurores boréales, quelquefois
du moins, du pôle magnétique, et se répandre, de là, dans le ciel.
L’influence de ce pôle magnétique s’y fait sentir au point qu’il
suffit de placer une pièce de fer, une lame de couteau, en équerre
avec la ligne du pôle, et de l’y laisser une demi-journée, pour
qu’elle acquière une aimantation durable. La boussole s’affole dans
les parages de Good-Hope, et l’aiguille cherche à se cabrer plus qu’à
tourner sur son pivot.
Les missionnaires furent, en ces dernières années, chargés de
lancer des ballons d’essai, gonflés d’acétylène. L’observateur
suit les ballons à l’aide du théodolite, et, par une opération
de trigonométrie, détermine leur hauteur et leur direction. Ces
observations, qui doivent être comparées avec celles d’autres postes
établis sur le même Cercle polaire, de la baie d’Hudson à l’Alaska,
sont destinées à renseigner les aéronautes de l’avenir, sur la
direction des vents, dans les couches supérieures de l’atmosphère,
ainsi que sur la pression atmosphérique, jugée par l’éclatement du
ballon. Il a été remarqué, à Good-Hope, que quel que soit le côté d’où
vienne le vent à la surface de la terre, au moment de l’expérience, le
ballon finit toujours par prendre une direction Est. En été, il fait
le tour par le Sud, et en hiver par le Nord.
Nous avons pris, comme échantillon des températures extrêmes,
enregistrées à Good-Hope, les suivantes, du thermomètre _centigrade_:
4 mars 1880:-54°; 15 janvier 1901:-58° ½; 15 juillet 1892: 45°
au-dessus de zéro, au soleil. Et ces températures ont été plus d’une
fois dépassées.
Des stations secondaires de météorologie furent placées, aux mains
des Sœurs Grises, depuis 1900, aux forts Smith et Résolution. Leurs
rapports, comme ceux du fort Good-Hope, sont toujours hautement
appréciés par le gouvernement.
[59] Mgr Grandin fut à Good-Hope, du 9 octobre 1861 au 9 janvier
1862. Les souffrances de cet hiver sont rappelées dans la _Vie de Mgr
Grandin_, par le Père Jonquet. A relire aussi, dans le même ouvrage,
son retour en raquettes, de Good-Hope à la Providence..... Jusqu’aux
corbeaux qui descendirent sur lui pour le déchiqueter....
[60] L’évangélisation du fort Youkon fut tentée deux autres fois, avec
le même insuccès, par le Père Petitot, l’été 1870, et par Mgr Clut,
avec le Père Lecorre, l’hiver 1872-1873. _Cf._ chap. VIII.
[61] La tribu des Peaux-de-Lièvres eut, par sa misère, les plus
fréquentes occasions de tomber dans le cannibalisme. Les missionnaires
trouvèrent le souvenir encore palpitant des boucheries de 1840-1841,
où 90 personnes furent mangées, plusieurs tuées par leurs parents.
Deux mégères attendirent, sur une grève du Mackenzie, deux employés
de la Compagnie qui devaient passer, avec le courrier. Elles les
attirèrent à elles, et, pendant leur sommeil, les égorgèrent pour s’en
repaître.
«--On vit, dit Mgr Taché, de malheureuses mères tombées dans le
désespoir, saisir leurs petits enfants morts d’inanition, les élever
en l’air, en poussant des vociférations affreuses, suivies de ce rire
désespéré plus cruel que les pleurs, puis rôtir ces enfants pour en
déchirer les membres et les partager avec ceux qu’un reste de forces
protégeait encore contre le dernier râle de l’agonie.»
[62] V. chap. VIII et XV.
[63] V. chap. XV.
[64] Il fait si froid, à la rivière Peel, qu’en tout janvier et
décembre 1892, par exemple, le thermomètre centigrade se tint
constamment entre 40° et 53° au-dessous de zéro. Plus loin que le fort
Good-Hope, on ne songe plus à récolter. Le sol y est à jamais gelé;
et la chaleur même de l’été, souvent torride (elle dépasse parfois, à
l’ombre, la température du sang humain), n’y portera point remède. Cet
été d’équateur, trop court pour amollir la terre et laisser mûrir les
plantes, ne semble bon qu’à faire éclore ces peuplades incroyablement
denses de maringouins, dont parlait le Père Giroux, au sujet du Père
Séguin, son prédécesseur dans la région polaire.
[65] Rentré à Good-Hope pour l’hiver, il retourna à la mission du
Saint-Nom de Marie, en 1905, pour y installer le Père Lécuyer. De
là, il s’en fut au fort Providence, comme supérieur de la mission,
jusqu’en 1915. De la Providence, il retourna à Good-Hope. En 1919,
réduit par la fatigue, il dut être rapatrié dans la province de
Québec. Il a certes bien mérité du Mackenzie, en ses trente ans de
missions polaires.
[66] Madame Gaudet, d’origine française, quoique née au Mackenzie,
était la femme de M. Gaudet, Canadien-français de Montréal, venu
lui-même, très jeune, dans le pays, et chargé pendant plus d’un
demi-siècle du poste-de-traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson,
au fort Good-Hope. De ce gentilhomme, de sa compagne encore plus, de
leurs enfants distingués aussi, les missionnaires du bas-Mackenzie
reçurent un puissant appui. Mme Gaudet, l’insigne bienfaitrice,
mourut en prédestinée, à Good-Hope, l’année 1914. D’avoir discerné et
préparé Cécile pour l’apostolat, de l’avoir ensuite soutenue par ses
exemples, par ses conseils, par ses secours temporels, ne furent pas
les moindres de ses bonnes œuvres.
[67] Le Petit Lac des Esclaves--_petit_, par comparaison avec le
_Grand_ Lac des Esclaves--mesure 120 kilomètres de longueur sur 12
à 16 de largeur. Placé entre les 55° et 56° degrés de latitude, à
mi-distance des rivières la Paix et Athabaska, il se déverse dans
celle-ci par la petite rivière des Esclaves. Plusieurs missions
prospèrent maintenant sur ses bords. La première en date, comme en
importance, est la mission Saint-Bernard.
[68] Lire les deux _Vies du Père Lacombe_; l’une en anglais. _The
Black-Robe Voyageur_, par Miss C. Hughes, _Brigs_ publisher, Toronto:
l’autre _Le Père Lacombe. L’homme au Bon Cœur_ (son nom Pied-Noir),
par une Sœur de la Providence, _Le Devoir_, Montréal.
[69] La langue Crise, très riche en formes et nuances, est sonore,
douce, mélodieuse. C’est l’italien de l’Amérique du Nord. Son
alphabet ne comporte pas plus de 15 lettres. Les voyelles dominent
dans la construction des mots. Les groupes de consonnes y sont rares.
Plusieurs de nos consonnes, telles que _b_, _f_, _j_, _l_, _r_, _v_,
_x_ et _z_, y sont inconnues et imprononçables.
[70] _Mission Crises principales de l’Alberta-Saskatchewan_ (diocèses
d’Edmonton, Calgary, Régina, Prince-Albert, Saint-Boniface):
Saint-Albert, Lac Sainte-Anne, Rivière-qui-Barre, Hobbéma, Stoney
Plain, Lac la Biche, Lac Froid, Lac d’Ognon, Lac la Selle, Lac Bon
Poisson, Lac Castor, Batoche, Fish Creek, Lac Canard, Battleford, Cut
Knife, Delmas, Lac Maskeg, Flett’s Spring, Lac Vert, Qu’Apelle.
_Missionnaires qui s’occupèrent de ces missions_: Albert Lacombe, Mgr
Grandin, Pères Végreville, Julien Moulin, André, Bourgine, Hugonard,
Fourmond, Gasté, Maisonneuve, Tissot, Rapet, Paquette, Légeard,
Brunet, Saint-Germain, Rémas, Chapelière, Jouan, Hert, Decorby,
Fafard et Marchand (les deux martyrs du Jeudi Saint, 1885, au Lac
la Grenouille), Henri Grandin, Mérer, Leduc, Ladet, Lemarchand,
Tissier, Van Tighem, Boulenc, Laurent Legoff, Victor Legoff, Dauphin,
Lestanc, Blanchet, Thérien Adéodat, Bigonesse, Comiré, Doucet, Riou,
Gabillon, Delmas, Adolphe Watelle, Simonin Xavier, Simonin Gustave,
Teston, Lajeunesse, Nordman, Portier, Beaudry, Cunningham, Poulenard
Joanny, Leclainche, Daridon, Balter, Simard Louis, Dubois, Damase,
Pierre Moulin, Lizée, Le Bré, Culerier, Cozanet, Marchand, Victorien,
Philippot, Ernest Lacombe, Angin, Tessier, Waddel, Beys, etc.
_Missions Crises du Vicariat du Keewatin_ (_Mgr Charlebois_): Le Pas,
Cumberland, Lac Pélican, Ile à la Crosse, Grand Portage, Lac Laplonge,
Lac Canot, Norway-House, Cross-Lake.
_Missionnaires_: S. G. Mgr Charlebois Ovide, Pères Lecocq, Bonnald,
Rapet, Pénard, Ancel, Rossignol, Thomas Julien, Boissin, Renaud,
Guilloux, Pinget, Guy, Bellemare, Ducharme, Dubeau, Lajeunesse.
Tous les missionnaires énumérés en cette note, ainsi que tous ceux de
ce livre, à moins qu’il ne soit fait une distinction expresse, sont
des Oblats de Marie Immaculée.
Evidemment nous ne touchons pas ici aux missions des Sauteux,
Pieds-Noirs, Piégans, Gens du Sang, Sioux, qui occupèrent et occupent
encore tant d’autres missionnaires Oblats du Nord-Ouest.
[71] Il ne s’agit dans ce chapitre que des Cris pur sang. Autres sont
les prérogatives des Cris-Métis.
[72] Tout indifférents à ce nom algonquin, que ratifia l’Académie
française, les Esquimaux se désignent eux-mêmes par un mot ou,--comme
du reste l’ont fait de leur côté les Indiens dont nous avons parlé
dans ce livre--ils incarnent leur fierté nationale, avec leur mépris
hautain pour tout étranger à leur sang: _Innoït_, les _hommes par
excellence_. Ceux de l’embouchure du Mackenzie donnent aux Loucheux,
leurs voisins, l’ignoble sobriquet d’_Itkreleït, lentes de vermine_:
«--Ils sont nés des larves de nos poux, disent-ils; c’est pourquoi
nous les nommons _Itkreleït_.»
[73] L’évangélisation des Esquimaux fut entreprise aussi sur la côte
du Labrador, en 1875, par le Père Lacasse O. M. I. Il quitta N.-D.
de Bethsiamits pour se rendre à la _Baie des Esquimaux_. Il trouva
les indigènes ameutés contre les prêtres catholiques par la secte
des Frères Moraves. Ces Frères Moraves, commerçants de fourrures
avant tout, occupaient 150 lieues de la côte du Labrador; et, s’ils
faisaient des adeptes, ce n’était que par l’éclat du culte extérieur
et la facilité de leur doctrine. Le Père Lacasse voulut traverser ces
150 lieues du domaine de l’hérésie et de la cupidité, afin d’atteindre
les Esquimaux purement païens du Nord; mais divers malheurs
entravèrent les efforts de son zèle. Il fit cependant beaucoup de bien
aux Esquimaux qui voulurent l’écouter, durant les deux années qu’il
passa au Labrador. Il avait également appris la langue esquimaude au
point d’en composer un dictionnaire. Mais le bateau, qu’il devait
prendre lui-même, et sur lequel il avait embarqué ses notes, avec tout
ce qui était à son usage, périt, corps et biens, dans l’Atlantique. Au
sujet de la langue, le Père Lacasse écrivait l’une de ses impressions
avec la verve pittoresque qu’on lui connaît:
«--En m’exerçant à prononcer un de leurs _k_, ou _kh_, j’ai failli
prendre un mal de gorge. Le moyen, je vous prie, de faire partir une
syllabe du creux de l’estomac, de l’étouffer à son passage dans le
gosier, puis de la pousser avec violence dans le nez, et là, en dépit
des répugnances et des lois de la force centrifuge, de l’avaler de
nouveau, en lui donnant un coup de mort dans la gorge, où elle doit
expirer».