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Elle entrouvrait les lèvres avec l’avidité des carpes de Fontainebleau,
lorsqu’elles se précipitent sur le pain qui sombre. Je figurais à ses
yeux de métaphysicienne l’Amour en soi; mais pour les fibrilles de son
être (_caro, carnis_), j’étais l’ange ou l’animal que lui désigne mon
prénom.
Elle a d’ailleurs la bouche un peu grande, mais qui m’a plu et me
plaira.
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Quel bruit! Elle va casser toute cette porcelaine.
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Vous avez les hanches les plus fortes que j’aie vues à une femme svelte,
l’épaule grasse, la nuque un peu bombée, autant de délices, et de beaux
yeux gris ou bleus.
Mais je crois que je recommence à vous préférer cette Romaine--un
souvenir--tournée pour paraître dans un Giorgione, et qui était donc
cuivrée ou dorée, plutôt que brune.
Elle et moi, nous nous nourrissions de jambon de Parme, de brousse
fraîche et de muscats, dans une soupente, au dernier étage d’un palais.
Nous nous régalions d’une eau froide, dont la seule buée sur le cristal
désaltérait. Tous ces plaisirs ensoleillés me suivent. C’est où va mon
regard, vous savez, alors qu’il vous inquiète.
Ne croyez pas cependant que je méprise nos plaisirs septentrionaux: les
miracles de ce feu dans la grotte rectiligne, ni toute la neige qui est
sur vous, ni le reflet de la flamme sur cette neige, ô Galsvinte!
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Que j’aime à vous voir debout! Ne croyez pas, belle fille, que votre
vrai nom vous aille mieux que celui que je vous ai donné, la première
fois, pour narguer un peu tout ce nord qui régnait tout à coup dans mes
pensées surprises, dans mes pensées charmées.
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Lorsque je vous taquine, ne vous égarez pas, ne vous agitez pas. Tout à
l’heure, votre flanc droit a soulevé le rideau. Les passants vous
auraient vue, beaucoup plus belle que vous ne naquîtes, si je vous avais
rappelée brusquement.
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Il est vrai que je vous aurai appris bien des choses. Notamment qu’il
est vilain de geindre, et plus décent de se moquer, lorsqu’on est
triste. Cependant, je vous dois réciproquement beaucoup. Comme il est
instructif d’aimer!
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Oh! ne me rompez pas la tête, avec votre _Lilienmilch_! C’est une
affreuse chimie. Je préfère mille fois mon savon de Marseille, avec
trois gouttes d’essence. Avant de rire, essayez. Vous ne savez pas ce
que c’est, lorsqu’il est très bon, lisse et blanc, doux comme l’amande
nouvelle.
_Lilienmilch_, lait de lys. Ce mot finira par me capter. Je vous en
ferai un autre nom, pour vous nommer quand nous sommes tous les deux
seuls, tout seuls au monde comme à présent.
Ce village de la Grèce, dont on m’a parlé, qui s’appelle Méligala, c’est
à peu près la même idée. Mais le mot est plus noble... L’autre, pour un
savon, que de poésie! Vous avouerez que l’allemande est une langue
nigaude.
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Oui, voyons. Oui! Je le sais très bien, que vous n’êtes pas Allemande,
mais d’une espèce de contrée exiguë bien que souveraine, dont les
manuels pour le baccalauréat méconnaissent l’histoire.
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Je ne suis point du tout fâché. Jamais vous ne fûtes si tendrement
chérie. Je vous dis seulement: «Ne soyez pas agaçante!» Dans mes yeux,
vous pouvez connaître le reste, et combien je vous aime. Je vous demande
seulement de ne pas repartir dans vos nuages. Votre ingénuité me plaît
surtout lorsqu’elle est un peu terre à terre.
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Mains froides, cœur chaud, ou bien c’est la joue qui brûle.
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Si tu avais un enfant, et qu’il fût de moi, je te l’enlèverais. Je
l’enlèverais, je partirais, je m’en irais avec notre enfant, je ne sais
où... en Albanie.
Peut-être ne voudrais-tu pas d’un parti si romanesque. Tu voudras garder
l’enfant avec toi, et te réconcilier à temps, et mentir. Mais il me
suffirait de connaître ton mari, il me suffirait de l’apercevoir, je
crois: j’aurais peine à t’aimer... Ainsi, quoique tu ne l’aimes plus, tu
dépends encore de ton ancien serment. Même refusée, ta personne n’est
plus libre. Tu vois que je suis gentil: je n’imagine pas que tu me sois
infidèle, et je t’ai mis des larmes dans les yeux parce que je te l’ai
dit. Attention. Ne nous risquons pas, ou pas encore, ne nous risquons
pas trop loin sur cette voie des confidences à perte de vue. Elles
enchantent d’abord le cœur, puis le navrent, le laissent vide ou trop
nu, mal content, comme dévalisé.
Toi et moi, si nous sommes deux fous, je ne suis peut-être pas le
moindre. Battons-nous à coups de poètes, qui permettent de voiler. Tu
verras que mes livres sont les meilleurs.
Mais ce que tu appelles mon prosaïsme, ce goût du vrai, cette cruelle et
pitoyable curiosité (sans compromission), ce n’est pas toi qui le
tireras au clair.
Dieu n’est pas bon: tu vois bien qu’il pleut à verse.
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Ces gens qui marchent dans la rue, dont tu entends le pas, et que tu ne
connais pas. L’un de ces inconnus deviendra peut-être ton ami sans que
tu saches jamais, ni lui, qu’un certain jour, comme tu étais très émue,
il a passé sous ta fenêtre.
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Ne crois pas que je devienne imbécile.
Sans moi vous alliez oublier votre fourrure.
Tu avais plus perdu l’esprit que moi, grande sotte!
Vous n’êtes pas dehors, et vous êtes redevenue timide. Je la connais,
votre timidité d’apparat, je sais les grandes déterminations qu’elle
cache ou plutôt qui la rompent soudainement.
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Encore un peu de Xérès, pour vous donner l’idée du soleil qu’il fait en
Andalousie. Un peu de Xérès, un dernier baiser, sans défaire votre
rouge... Je voudrais vous aimer toujours.
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Si je vous l’avouais à présent, que je vous aime bien, vous me croiriez.
Et il y a un certain amour dont je suis peut-être incapable, un amour
d’entière donaison.
Le désir et l’amitié m’enchantent pourtant. Et que les deux agréments se
joignent, ou que l’amitié naisse du désir comblé, deux créatures auront
mis la main sur un grand bonheur.
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«Cette espèce bizarre de créatures qu’on appelle le genre humain...» Je
cite Fontenelle, dans la _Pluralité des Mondes_.
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Je voudrais t’avoir connue il y a longtemps, je voudrais que nous
eussions l’un de l’autre des souvenirs d’enfance, petite fille, les
mêmes souvenirs.