Une mission, chargée par le gouvernement chinois d'aller étudier sur
place les institutions européennes, devait quitter Péking le 24
septembre dernier. Au jour fixé, ses membres s'installaient dans un
train spécial à destination de TienTsin, lorsqu'une formidable explosion
se produisit à l'intérieur de la voiture qu'ils occupaient: une bombe
venait d'éclater, tuant quatre personnes, en blessant une vingtaine,
entre autres le prince Tsai et Ou-Ting-Fang, ministre des Voies et
Communications, ceux-ci d'ailleurs peu grièvement. La première victime
avait été l'auteur de l'attentat: sur le plancher du wagon, au pied d'un
bureau adossé à une cloison, au milieu d'une mare de sang où
s'apercevaient des éclats de l'engin, il gisait, la tête fracassée,
affreusement défiguré et mutilé. Notre document photographique montre le
corps à l'endroit même de sa chute, et la tension des bras de l'aide
requis par l'opérateur y indique l'effort nécessaire pour soulever
devant l'objectif cet amas presque informe d'os broyés et de chairs
pantelantes. Quant aux dégâts matériels, panneaux disloqués, portières
arrachées, etc., deux vues extérieures de la voiture achèveront d'en
donner une idée: l'une, prise du côté de l'explosion, face à la muraille
séparant la ville chinoise de la ville tartare; l'autre, du côté opposé.
Au moment de l'explosion, la panique affola mandarins, employés de la
gare, soldats, policiers, et il convient de noter que ce furent des
officiers français de la légation, venus pour saluer quelques-uns des
voyageurs, qui organisèrent les premiers secours. Ainsi donc, l'Occident
n'a plus le monopole de l'anarchisme, et il est assez curieux de voir un
«compagnon» chinois en fournir la preuve par un attentat contre des
réformateurs disposés à emprunter à l'Europe les institutions que la
Chine lui envie.
[Illustration: Le wagon dynamité photographié du côté où s'est produit
l'explosion.]
[Illustration: En gare de Péking: le wagon dynamité, avec deux volets
arrachés.]
[Illustration: L'auteur de l'attentat anarchiste en gare de Péking,
première victime de sa bombe.--_Photographie prise dans le wagon
dynamité._]
[Illustration: Les recrues prêtant serment au drapeau, en présence de
l'empereur d'Allemagne et du roi d'Espagne, au Lustgarten.]
Le roi d'Espagne, qui a repris la série de ses visites aux chefs d'État,
inaugurée par ses voyages en France et en Angleterre, vient de consacrer
près d'une semaine à l'Allemagne, du 6 au 12 novembre. Pendant son
séjour, réceptions, représentations de gala, chasses, excursions se sont
succédé sans incident notable, suivant un programme strictement
officiel. Ce sont surtout des spectacles militaires que l'empereur s'est
plu à offrir à son hôte, conciliant ainsi sa propre prédilection avec le
goût marqué du jeune roi pour les armes. Dès le lendemain de son arrivée
à Berlin, il le faisait, assister à la cérémonie de la prestation de
serment des recrues incorporées dans les régiments de la garde. Cette
cérémonie eut lieu le matin, au Lustgarten; Guillaume II avait revêtu
l'uniforme de feld-maréchal et Alphonse XIII celui de général; la
présence du kronprinz et d'un nombreux état-major rehaussait encore
l'éclat de la parade. Ce fut un tableau vraiment curieux, surtout par
l'aspect des troupes massées en ordre serré et dont les plumets
formaient comme un champ d'étranges floraisons que dominaient les
casques empanachés des deux souverains à cheval.
[Illustration: A BERLIN.--LL. MM. Guillaume II et Alphonse XIII, le
premier en feld-maréchal, le second en général, passent la revue des
recrues--_Phot. Carl. Delius._]