SCÈNE II

Devant la maison de lord Hastings.

_Entre_ UN MESSAGER.

LE MESSAGER, _frappant à la porte_.--Milord, milord?

HASTINGS, _en dedans_.--Qui est là?

LE MESSAGER.--Quelqu'un de la part de lord Stanley.

HASTINGS.--Quelle heure est-il?

LE MESSAGER.--Vous allez entendre sonner quatre heures.

(Entre Hastings.)

HASTINGS.--Ton maître trouve-t-il donc la nuit trop longue pour dormir?

LE MESSAGER.--Il y a toute apparence, d'après ce que j'ai à vous dire.

D'abord, il me charge de présenter ses salutations à Votre Seigneurie.

HASTINGS.--Et après...

LE MESSAGER.--Ensuite il vous annonce qu'il a rêvé, cette nuit, que le

sanglier lui avait jeté son casque à bas. Il vous informe aussi qu'on

tient deux conseils, et qu'il serait possible que, dans l'un des deux,

on prît un parti qui pourrait à tous deux vous faire déplorer l'autre.

C'est ce qui l'a déterminé à m'envoyer savoir vos intentions; et si, à

l'instant même, vous voulez monter à cheval avec lui, et vous réfugier

en toute hâte dans le nord pour éviter le danger que pressent son âme.

HASTINGS.--Va, mon ami, retourne vers ton maître. Dis-lui que nous

n'avons rien à craindre de ces deux conseils séparés. Son Honneur et moi

nous serons de l'un des deux, et mon bon ami Catesby doit se trouver à

l'autre; il ne peut rien s'y passer relativement à nous que je n'en sois

instruit. Dis-lui que ses craintes sont vaines et sans motifs; et quant

à ses songes, je m'étonne qu'il soit assez simple pour ajouter foi aux

illusions d'un sommeil agité. Fuir le sanglier avant qu'il nous

poursuive, ce serait l'exciter à courir sur nous, et diriger sa

poursuite vers la proie qu'il n'avait pas intention de chasser. Va, dis

à ton maître de se lever, et de venir me joindre; nous irons ensemble à

la Tour, où il verra que le sanglier nous traitera bien.

LE MESSAGER.--J'y vais, milord; et lui rapporterai vos paroles.

(Il sort.)

(Entre Catesby.)

CATESBY.--Mille bonjours à mon noble lord.

HASTINGS.--Bonjour, Catesby. Vous êtes bien matinal aujourd'hui. Quelles

sont les nouvelles, dans ce temps d'incertitude?

CATESBY.--En effet, milord, les choses sont peu stables; et je crois

qu'elles ne reprendront point de solidité, que Richard ne porte le

bandeau royal.

HASTINGS.--Comment! le bandeau royal? Veux-tu dire la couronne?

CATESBY.--Oui, mon bon lord.

HASTINGS.--La couronne de ma tête tombera de dessus mes épaules avant

que je voie la couronne si odieusement déplacée. Mais crois-tu

t'apercevoir qu'il y vise?

CATESBY.--Oui, sur ma vie: il se flatte de vous voir ardent à le

soutenir dans ses projets pour y parvenir; et c'est dans cette confiance

qu'il m'envoie vous apprendre l'agréable nouvelle que, ce jour même, vos

ennemis, les parents de la reine, doivent mourir à Pomfret.

HASTINGS.--J'avoue que cette nouvelle ne m'afflige pas, car ils ont

toujours été mes ennemis; mais que je donne jamais ma voix à Richard, au

préjudice du droit des légitimes héritiers de mon maître! Dieu sait que

je n'en ferai rien, dût-il m'en coûter la vie.

CATESBY.--Dieu conserve Votre Seigneurie dans ces bons sentiments!

HASTINGS.--Mais je rirai pendant un an d'avoir assez vécu pour voir la

fin tragique de ceux qui m'avaient attiré la haine de mon maître. Va,

va, Catesby, avant que je sois plus vieux de quinze jours, j'en ferai

dépêcher encore quelques-uns qui ne s'y attendent guère.

CATESBY.--C'est une vilaine chose, mon cher lord, de mourir sans

préparation, et lorsqu'on s'y attend le moins.

HASTINGS.--Oh! affreux, affreux. Et c'est pourtant ce qui arrive à

Rivers, Vaughan et Grey; et il en arrivera autant à quelques autres, qui

se croient aussi en sûreté que toi et moi, qui, tu le sais, sommes aimés

du prince Richard et de Buckingham.

CATESBY.--Oh! ils vous tiennent en très-haute estime, (_à part_) car ils

estiment que sa tête sera bientôt sur le pont.

HASTINGS.--Je sais qu'il en est ainsi, et je l'ai bien mérité. (_Entre

Stanley._) Comment! comment! mon cher, où est donc votre épieu, mon

cher? Quoi! vous craignez le sanglier, et vous marchez sans armes?

STANLEY.--Bonjour, milord.--Bonjour, Catesby.--Vous pouvez plaisanter;

mais, par la sainte croix, je n'aime point ces conseils séparés, moi.

HASTINGS.--Milord, j'aime autant ma vie, que vous la vôtre; et même je

vous proteste qu'elle ne me fut jamais aussi précieuse qu'elle me l'est

en ce moment. Croyez-vous, de bonne foi, que, si je n'étais pas certain

de notre sûreté, vous me verriez un air aussi triomphant?

STANLEY.--Les lords qui sont à Pomfret étaient joyeux aussi, lorsqu'ils

partirent de Londres; ils s'y croyaient bien en sûreté; ils n'avaient,

en effet, aucun sujet de défiance, et pourtant vous voyez combien

promptement le jour s'est obscurci pour eux: ce coup, si soudainement

porté par la haine, éveille mes inquiétudes; veuille le Ciel que ma peur

n'ait pas le sens commun!--Eh bien! nous rendrons-nous à la Tour? Le

jour s'avance.

HASTINGS.--Allons, allons; j'ai quelque chose à vous dire...

Devinez-vous ce que c'est, milord? Aujourd'hui, les lords dont vous

parlez sont décapités.

STANLEY.--Hélas! pour la fidélité, ils méritent mieux de porter leurs

têtes que quelques-uns de ceux qui les ont accusés de porter leurs

chapeaux. Mais, venez, milord; partons.

(Entre un sergent d'armes.)

HASTINGS.--Allez toujours devant, je veux dire un mot à ce brave homme.

(_Sortent Stanley et Catesby._)--Eh bien, ami, comment va?

LE SERGENT.--D'autant mieux, que Votre Seigneurie veut bien s'en

informer.

HASTINGS.--Je te dirai, mon ami, que les choses vont mieux pour moi,

aujourd'hui, que la dernière fois que tu me rencontras ici. On me

conduisait en prison à la Tour où j'étais envoyé par les menées des

parents de la reine; mais maintenant je te dirai (garde cela pour toi)

qu'aujourd'hui ces mêmes ennemis sont mis à mort, et que je suis en

meilleure position que je n'étais alors.

LE SERGENT.--Dieu veuille vous y maintenir, à la satisfaction de Votre

Honneur.

HASTINGS.--Mille grâces, ami. Tiens, bois à ma santé.

(Il lui jette sa bourse.)

LE SERGENT.--Je remercie Votre Honneur.

(Sort le sergent.)

(Entre un prêtre.)

LE PRÊTRE.--Bienheureux de vous rencontrer, milord, je suis fort aise de

voir Votre Honneur.

HASTINGS.--Je te remercie de tout mon coeur, mon bon sir John. Je vous

suis redevable pour votre dernier office. Venez chez moi dimanche

prochain, et je m'acquitterai avec vous.

(Entre Buckingham.)

BUCKINGHAM.--Quoi! en conversation avec un prêtre, lord chambellan? Ce

sont vos amis de Pomfret qui ont besoin du ministère d'un prêtre; mais

vous, je ne crois pas que vous ayez occasion de vous confesser.

HASTINGS.--Non, ma foi; et lorsque j'ai rencontré ce saint homme, j'ai

songé à ceux dont vous parlez.--Eh bien, allez-vous à la Tour?

BUCKINGHAM.--J'y vais, milord: mais je n'y resterai pas longtemps; j'en

reviendrai avant vous.

HASTINGS.--Cela est assez probable; car j'y resterai à dîner.

BUCKINGHAM, _à part_.--Et à souper aussi, quoique tu ne t'en doutes

pas.--Allons, voulez-vous venir?

HASTINGS.--Je vous suis, milord.

(Ils sortent.)

La vie et la mort du roi Richard III · 第 18 / 41 题