La bande joyeuse reparut à l’appel d’Odette. Elle recommença ses folies.
Mais ces folies me semblèrent moins fraîches, moins jeunes. Il leur
manquait le charme de la nouveauté. Elles ne m’étonnaient plus. Elles me
pesèrent vite. Je ne pouvais pas songer, naturellement, à fermer ma
porte, ni à refuser toutes les invitations que l’on me faisait. D’autant
que Michelle, moins rétive que l’an dernier, n’avait pas l’air de
partager ma lassitude. Je prétextai, pourtant, des migraines qui tinrent
plus d’une fois à distance les fous trop encombrants. Mais je ne pouvais
pas les éviter tous les jours. J’avais quelque pitié, je l’avoue, de
Michelle, que cette distraction ranimait. Pitié, néanmoins, n’est pas
non plus le mot juste. Je voulais seulement que Michelle ne se crût pas
enchaînée de trop près à son dévouement de toutes les heures. A la
Pergola de Saint-Jean-de-Luz, pour qu’elle osât danser, si la danse la
récréait, je dansai d’abord avec elle. M’était-il donc si désagréable de
danser? Non point. En pratiquant ce que j’avais blâmé, je comprenais ce
que ne comprennent pas les censeurs inexorables. Il m’arriva même, je
l’avoue aussi, certain jour, de danser avec plaisir. Aurai-je le courage
de descendre au fond de ma pensée? Oui. Je dansai, un jour, avec
plaisir, parce que le Jacques de l’an dernier n’était pas de la bande,
cette année. Je serrais Michelle contre moi, pour m’affirmer qu’elle
m’appartenait. Je ne pensais pas que d’autres avaient loisir de la
regarder. Il me suffisait que Jacques ne fût pas là. Qui n’a pas aimé,
qui donc ne fut pas jaloux, sourirait. Je souris, ce soir, mais avec une
nuance d’amertume. Je ne souriais pas. J’étais ému comme au temps de nos
fiançailles. Mais à quoi pensait Michelle? J’y songe à présent. Je n’y
songeais pas. Comme nous sommes égoïstes! Jacques n’était pas là. Je
dansais avec plaisir.