J’ai bien dit que la terrible Odette nous sonna l’armistice. Nous, parce
que Michelle n’en éprouvait pas le besoin ou le désir, nous n’avions pas
invité d’amis ou d’amies dans la villa de Ciboure, tant que nous en
fûmes les seuls propriétaires. A l’avènement d’Odette, souveraine
impérieuse, la villa perdit sa tranquillité d’ermitage. Dès l’été
commençant, elle fut envahie. Le jardin, désespoir de Michelle, endura
les insultes des indifférents. Toute une bande grisée d’hommes jeunes et
de jeunes femmes occupa notre cher refuge comme un pays conquis. Et
Odette menait le mouvement. Et Georges suivait avec entrain. Heureuse
jeunesse! Insouciante jeunesse! Ai-je le même âge que ceux-là qui se
divertissaient ainsi? Ils s’amusaient de tout et de rien. Randonnées en
automobile, déjeuners à Ascain, goûters à Bayonne, dîners à Hendaye,
soirées à Biarritz, bains de mer, bains de soleil sur la plage de
Saint-Jean-de-Luz, apéritifs à la Pergola, et danse partout et à toute
heure, le matin, à midi, le soir, à minuit, ils épuisaient les
distractions de la saison. Ils assistèrent, à Dax, à une course de
taureaux où ils applaudirent de confiance l’illustre Belmonte. Ils
applaudirent pareillement Chiquito de Cambo dans une de ses parties
d’exhibition au fronton d’Aguilera, décrétant merveilleux le jeu de la
pelote, et bâillèrent au trinquet de Bayonne, où Léonis et Arcé
défiaient à main nue Léon Dongaïtz et Édouard Arrayet. Ils adoraient le
Pays Basque, le proclamaient, le croyaient, lisaient _Ramuntcho_, et
tous, jusqu’aux femmes, se coiffaient d’un béret. Ils étaient fous,
comme Odette était folle. Ils s’amusaient. Le plus vieux de la bande
avait-il quarante ans? C’était Georges, et il faisait le meneur, à côté
d’Odette, qui triomphait. Les ai-je enviés?