J’avais tort de m’effrayer. Le danger n’était pas où je l’imaginais. Et
il surgit lorsque, le goûter achevé, je me réjouissais que tout se fût
assez bien passé. Nous nous promenions dans le jardin, derrière la
villa, Michelle et moi, mon bras accroché au sien. La brise froissait
légèrement les branches des tamaris. La terre desséchée craquait sous
mes pieds. Il faisait très chaud.
Michelle me conduisait à la tonnelle où elle avait appris à lire. Quand
nous y fûmes, à l’abri du soleil:
--Mon ami, commença Michelle, sans aucune préparation, voilà quinze
jours que vous êtes revenu à Saint-Jean-de-Luz et vous ne m’avez pas
encore dit ce que vous désiriez me dire.
Je sentis que je rougissais. Où m’entraînait Michelle? J’aurais voulu me
soustraire à son regard.
--Ne me le direz-vous pas? demanda-t-elle. Ou bien auriez-vous changé
d’avis?
Je balbutiai:
--Je ne comprends pas. Je...
--Pierre! répliqua Michelle, et, de nouveau, elle m’appelait par mon
prénom. Pierre! Vous comprenez. Ne fuyez pas. Croyez-vous que je n’aie
pas compris, moi? Faut-il vous aider?
Je me taisais. Elle s’impatienta.
--Mais parlez donc, Pierre! Nous sommes seuls, je vous écoute.
Elle me tenait la main. Je secouai la tête.
--Pourquoi m’infligez-vous ce supplice? demandai-je.
--Vous ne m’aimez donc plus? s’écria-t-elle.
Et moi, la voix rauque:
--Je ne peux plus, Michelle. Il ne m’est plus permis... Un aveugle...
--Qu’est-ce que vous dites?
--Un infirme...
Et je détournai la tête comme si elle dût voir dans mes yeux que je
parlais contre mon cœur, et je lui retirai ma main. Mais elle, d’une
voix forte:
--Vous êtes fou?
Puis, plus bas, lentement, doucement:
--Il est trop tard, Pierre.
Et, s’appuyant sur moi, le front à hauteur de mon épaule, elle murmura:
--Vous n’aviez donc pas compris?