Il paraît que le médecin-chef fut rassurant. Ma blessure promettait une
guérison normale. Ma mère me l’annonça dès le lendemain matin.
--La semaine prochaine, tu seras debout, me dit-elle.
J’eus envie de lui répondre que Michelle, ma petite infirmière
compatissante, me l’avait déjà dit. Je ne le répondis pas. Ma mère ne
m’en laissa d’ailleurs pas le temps: elle m’annonçait que, dans ces
conditions, et son devoir la rappelant à son hôpital de Paris, elle ne
resterait pas à Saint-Jean-de-Luz au delà de ce que sa permission lui
accordait.
--Je tâcherai d’obtenir pour toi un bon congé de convalescence,
dit-elle.
Et elle ajouta:
--Tu ne t’ennuieras pas à Paris, tu verras: la vie y est fort curieuse
depuis la guerre.
Elle ajouta encore:
--Les jeunes filles du genre de ta Michelle n’y manquent pas: tu n’auras
que l’embarras du choix.
Je répondis doucement:
--Je t’en prie; elle n’est pas ma Michelle, cette jeune fille.
Elle riposta:
--Comme tu protestes! Aurais-tu donc donné dans le piège?
Doucement toujours, je répondis:
--Qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas piège, sois tranquille, je ne songe
pas à me marier.
--Je l’espère bien, répliqua-t-elle.
Ma réponse avait été sotte. Comment qualifier la réplique de ma mère? Si
je n’avais pas remarqué Michelle, n’aurais-je pas eu, désormais, toutes
les raisons de mieux la remarquer? Et ma mère ne s’y prenait-elle pas
exactement de façon à obtenir le contraire de ce qu’elle désirait?
Mais, au lieu de m’attarder à cette élémentaire vérité que je m’étonnais
que ma mère méconnût, je m’étonnais surtout de l’acharnement dont
l’innocente Michelle était victime. Michelle ne le méritait pas. Rien
n’autorisait la moindre critique à son égard. Elle n’était ni coquette
ni hardie. Elle respirait la plus grande simplicité. Je ne peux pas
noter ici sans m’en émouvoir comme je m’en émus en les entendant, les
paroles qu’elle prononça, d’une voix loyale, après le départ de ma mère.
Elle me dit, en effet:
--Elle est charmante, votre maman.
Le drame commençait.