ELMIRE.

Aurois-je pris la chose ainsi qu’on m’a _vu_ faire?

(_Tart._ IV. 5.)

Il ne faut pas douter que ce ne soient là des fautes de français. Si

Corneille a fait rimer, dans le _Menteur_, ceux que le ciel a _joint_

avec _point_, Corneille a eu tort; et tort qui voudrait s’autoriser

là-dessus des exemples de Corneille et de Molière.

PARTICULIER (LE), substantif:

_Dans le particulier_ elle oblige sans peine.

(_L’Ét._ III. 2.)

PAR TROP; _par_ donne à _trop_ la force du superlatif:

Tu m’obliges _par trop_ avec cette nouvelle.

(_L’Étourdi._ III. 8.)

On trouve dans Térence et dans Priscien, _pernimium_.

_Par_, dans la vieille langue, se composait avec les noms, les verbes,

les adjectifs et les adverbes, pour leur communiquer la valeur

superlative. _Pardon_ (summum donum); _paramer_ (peramare);--_parhardi_

(peraudax);--_partrop_ (pernimium.)

_Trop_ est le substantif _trope_ (_troupe_), pris adverbialement

(_turba_, _truba_, _trupa_); comme _mie_, _pas_, _point_, _peu_, _prou_.

(Voyez _des Variations du langage français_, p. 235.)

PAS, surabondant, pour nier, avec _aucun_, _ni_, _ne_:

Autrefois j’ai connu cet honnête garçon,

Et vous _n’_avez _pas_ lieu d’en prendre _aucun_ soupçon.

(_L’Étourdi._ I. 4.)

Les bruits que j’ai faits

Des visites qu’ici reçoivent vos attraits,

Ne sont _pas_ envers vous l’effet d’_aucune_ haine.

(_Tart._ III. 3.)

Molière a traité _aucun_ absolument comme _quelque_:

_Ne_ sont pas envers vous l’effet _de quelque_ haine.

Et véritablement c’est la valeur de _aucun_, dérivé de _aliquis_:

_alque_, _auque_, _auque un_ (_aliquis unus_.) Ainsi le mot _aucun_ est

par lui-même affirmatif.

Est-il possible que ce même Sostrate, _qui n’a pas craint ni

Brennus, ni_ tous les Gaulois....

(_Am. magn._ I. 1.)

Ah! vous avez plus faim que vous _ne_ pensez _pas_!

(_L’Ét._ IV. 3.)

_Ne_ est l’unique négation que possède la langue française.

Pour l’aider en quelque sorte dans son office, on a déterminé un

certain nombre de substantifs monosyllabes, exprimant des objets

minimes, des quantités réduites, qui servent de terme de comparaison,

et, construits avec _ne_, semblent prendre à son contact la qualité

d’adverbes et de négations; mais il ne faut pas s’y tromper. Ces mots

sont: _pas_, _point_, _rien_, _mie_; ce sont de vrais substantifs

à l’accusatif, complément d’un verbe qui se place entre _ne_ et

son adjoint. Je _ne_ dis _rien_; il _ne_ vient _pas_; _ne_ mentez

_point_[66].

[66] Si _mentir_ n’est plus en français un verbe actif, il

l’était en latin, et cela revient au même. _Mentior at si

quid...._ (HOR. _sat._)

Maintenant il faut savoir que l’on ne donne à _ne_ qu’un seul de ces

adjoints, de ces adverbes artificiels: _ne pas_;--_ne point_;--_ne

mie_;--_ne... rien_. La faute de Martine, dans les _Femmes savantes_,

est de joindre à la négation deux de ces suppléments:

«Et tous vos biaux dictons _ne_ servent _pas_ de _rien_.» Le _vice

d’oraison_ ne consiste donc pas à joindre _pas_ avec _rien_, comme le

prétend Philaminte, mais à joindre _pas_ et _rien_ avec _ne_.

Cela est si vrai, que Molière a très-souvent fait cette réunion de

_ne... pas... rien_. Mais alors il y a toujours deux verbes, l’un qui

supporte l’action négative de _ne pas_; l’autre qui commande _rien_.

Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d’œil choquer la

règle posée par Molière lui-même, analysés d’après ce principe, n’ont

plus rien que de très-régulier. On y trouvera partout deux verbes pour

les trois mots _ne_, _pas_, _rien_, que la bonne Martine accumulait

tous trois sur l’unique verbe _servir_.

. . . . . Il la gardera bien,

Et _je ne vois pas_ lieu d’y _prétendre_ plus _rien_.

(_L’Ét._ III. 2.)

Et tu _n’as pas_ sujet de _rien appréhender_.

(_Ibid._ V. 7.)

Albert _n’est pas_ un homme à vous _refuser rien_.

(_Dép. am._ I. 2.)

Et mon dessein _n’est pas_ de leur _rien opposer_.

(_D. Garcie._ V. 6.)

Ce _n’est pas_ ma coutume que de _rien blâmer_.

(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)

Nous _n’avons pas_ envie aussi de _rien savoir_.

(_Mélicerte._ I. 3.)

Auprès de cet objet mon sort est assez doux,

Pour _ne pas consentir_ à _rien prendre_ de vous.

(_Ibid._ II. 6.)

_Ce n’est pas_ mon dessein de me faire épouser par force, et de

_rien prétendre_ à un cœur qui se seroit donné.

(_L’Av._ V. 5.)

Je ne suis _point_ un homme à _rien_ craindre.

(_Ibid._)

_Il ne faut pas_ qu’il _sache rien_ de tout ceci.

(_G. D._ I. 2.)

Mon intention _n’est pas_ de vous _rien déguiser_.

(_Ibid._ III. 8.)

Je _ne veux point_ qu’il me _dise rien_.

(_Ibid._)

_Ne faites point_ semblant _de rien_.

(_G. D._ I. 2. et _B. gent._ V. 7.)

Dans ce dernier exemple, _rien_ est visiblement un substantif au

génitif, gouverné par un substantif qui le précède, _semblant_. Ne

faites pas semblant de quelque chose, ou qu’il y ait quelque chose.

--PAS, _supprimé_:

Non, _je ne veux du tout_ vous voir ni vous entendre.

(_Amph._ II. 6.)

A l’occasion de ce vers, j’observe que _du tout_, au sens de

_absolument_, _complétement_, ne sert plus que dans les formules

négatives; mais que, dans l’origine, on l’employait également pour

affirmer:

--_Servite Domino in omni corde vestro._ «Nostre Seigneur Deu

_del tut_ (du tout) siwez, e de tut vostre quer servez.»

(_Rois._ p. 41.)

PAS, substantif; PAS A PAS, posément:

Vous achèverez seule; et, _pas à pas_, tantôt

Je vous expliquerai ces choses comme il faut.

(_Éc. des fem._ III. 2.)

--PAS DEVANT (LE), substantif composé, PRENDRE LE PAS DEVANT:

Du _pas devant_ sur moi _tu prendras l’avantage_.

(_Amph._ III. 7.)

L’esprit doit sur le corps prendre _le pas devant_.

(_Fem. sav._ II. 7.)

_Devant_ n’est pas ici une préposition qui ferait double emploi avec

_sur_; _pas-devant_ est un mot composé, comme qui dirait le _pas

antérieur_. N’a-t-on pas eu tort de laisser perdre cette expression

qui n’a aucun équivalent, et dont l’absence oblige à une périphrase?

(Voyez PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN.)

--PASSE; ÊTRE EN PASSE DE:

Nous ne sommes pas encore connues, mais _nous sommes en passe

de l’être_.

(_Préc. rid._ 10.)

J’ai servi quatorze ans, et je crois _être en passe

De pouvoir_ d’un tel pas me tirer avec grâce.

(_Fâcheux._ I. 10.)

Et je crois, par le rang que me donne ma race,

Qu’il est fort peu d’emplois _dont je ne sois en passe_.

(_Mis._ III. 1.)

_Passe_ s’appelait autrefois, au jeu de mail et de billard, une

porte ou arc de fer, par où la boule ou la bille devait passer. Le

joueur assez adroit pour s’être placé le plus près de cet arc était

_en passe_, c’est-à-dire, sur le point de passer. De là l’expression

figurée en parlant d’un homme en mesure de réussir. C’est l’explication

de _Trévoux_, qui cite à l’appui les vers du _Misanthrope_.

PASSER; FAIRE PASSER A QUELQU’UN LA PLUME PAR LE BEC, l’attraper, le

duper, sans qu’il puisse se plaindre:

Nous verrons cette affaire, pendard, nous verrons cette

affaire. Je ne prétends pas qu’on me fasse _passer la plume par

le bec_.

(_Scapin._ III. 6.)

«Pour empêcher les oisons de traverser les haies et d’entrer dans les

jardins qu’elles entourent, on passe une plume par les deux ouvertures

qui sont à la partie supérieure de leur bec. De là le proverbe _passer

la plume par le bec_; de là vient aussi l’expression proverbiale

d’_oison bridé_.» (Note de M. AUGER.)

Ainsi, passer à quelqu’un la plume par le bec, signifie le traiter

comme un oison.

--PASSER, se passer:

Vous savez que dans celle[67] où _passa_ mon bas âge...

(_Dép. am._ II. 1.)

[67] Dans la maison.

--PASSER DE, pour _sortir de_:

Il y a cent choses comme cela qui _passent de la tête_.

(_Pourc._ I. 6.)

--PASSER (SE) DE, se contenter de, et non _se priver_:

Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme _qui s’est passé_

durant sa vie _d’une assez simple demeure_ en veuille avoir une

si magnifique pour quand il n’en a plus que faire.

(_D. Juan._ III. 6.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 351 / 467 题