OPINIATRETÉ CIVILE:

Vous avez une _civile opiniâtreté_ qui, etc.

(_B. gent._ III. 18.)

ORDRE; PAR ORDRE, comme en latin _ex ordine_:

Eh bien! qu’est-ce? M’as-tu tout parcouru _par ordre_?

(_Amph._ III. 2.)

Des pieds à la tête, en détail.

ORDURES, au figuré:

Chaque instant de ma vie est chargé de souillures;

Elle n’est qu’un amas de crimes et _d’ordures_.

(_Tart._ III. 6.)

Pascal a employé _ordure_ au singulier, dans le même sens:

«Que le cœur de l’homme est creux et plein _d’ordure_!»

(_Pensées._ p. 175.)

_Ordure_ est formé de l’ancien adjectif _ord_, qui vient lui-même de

_sordidus_, en lui ôtant la première lettre et les deux dernières

syllabes. Nicot donne les verbes _ordir_ et _ordoyer_, qui signifient

_salir_, _souiller_. _Ordir_ est le latin _sordere_, devenu de verbe

neutre verbe actif:

«Trop grande privauté et accointance d’hommes derechef engendre

diffame, et _ordoye_ la renommée des femmes très-honnestes.»

(_Anc. trad. de_ BOCCACE, _Des Nobles malheureux_. liv. 9.)

OU, _ubi_:

Molière paraît avoir eu une aversion décidée pour _lequel_, comme

relatif. (Voyez LEQUEL.) On ne rencontre presque jamais chez lui ces

façons de parler, _auquel_, _par lequel_, _dans lequel_, _vers lequel_,

_à l’aide duquel_, _au sujet desquels_, etc.; au lieu de ces détours et

de ces syllabes vides, Molière emploie brusquement _où_.

_Où_ se place chez lui toutes les fois qu’il s’agit d’exprimer la

relation du datif ou de l’ablatif.

A, Y, où, sont pour Molière trois termes corrélatifs. Toute phrase qui

admettrait l’un, admettra les deux autres.

Comme cet emploi de _où_ est très-commode, très-vif, et tout à fait

condamné ou perdu de nos jours, j’ai cru devoir en rassembler tous les

exemples fournis par Molière, pour bien faire apprécier ce parti pris

du grand écrivain, et les avantages qu’il en tire. La série sera un peu

longue: je la divise en exemples dans les vers, et exemples dans la

prose.

Exemples dans les vers:

Nous avons eu querelle

Sur l’hymen d’Hippolyte, _où_ je le vois rebelle.

(_L’Ét._ I. 9.)

Je sais un sûr moyen

Pour rompre cet achat, _où_ tu pousses si bien.

(_Ibid._ 10.)

Mais cessez, croyez-moi, de craindre pour un bien

_Où_ je serois fâché de vous disputer rien.

(_Ibid._ III. 3.)

Vous avez vu ce fils _où_ mon espoir se fonde?

(_Ibid._ IV. 3.)

Mon âme embarrassée

Ne voit que Mascarille _où_ jeter sa pensée.

(_Dép. am._ III. 6.)

Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner

_Où_, de droit absolu, j’ai pouvoir d’ordonner?

(_Sgan._ 1.)

... Un cœur qui jamais n’a fait la moindre chose

A mériter l’affront _où_ ton mépris l’expose.

(_Ibid._ 16.)

Rien ne me reprochoit

Le tendre mouvement _où_ mon âme penchoit.

(_D. Garcie._ I. 1.)

Puisque chez notre sexe, _où_ l’honneur est puissant...

(_Ibid._)

Ah! souffrez, dans les maux _où_ mon destin m’expose.

(_Ibid._ III. 2.)

Oui, le trépas cent fois me semble moins à craindre

Que cet hymen fatal _où_ l’on me veut contraindre.

(_D. Garc._ III. 1.)

Entretenir ce soir cet amant sous mon nom,

Par la petite rue _où_ ma chambre répond.

(_Ibid._ III. 2.)

Et pour justifier cette intrigue de nuit

_Où_ me faisoit du sang relâcher la tendresse.....

(_Ibid._)

Elle pourroit se plaindre

Du peu de retenue _où_ j’ai su me contraindre.

(_Ibid._)

Les noces _où_ j’ai dit qu’il vous faut préparer.

(_Éc. des fem._ III. 1.)

Considérez un peu, par ce trait d’innocence,

_Où_ l’expose d’un fou la haute impertinence.

(_Ibid._ V. 2.)

Elle a de certains mots _où_ mon dépit redouble.

(_Ibid._ V. 4.)

Et qu’un premier coup d’œil allume en nous les flammes

_Où_ le ciel en naissant a destiné nos âmes.

(_Pr. d’Él._ I. 1.)

L’estime _où_ je vous tiens ne doit pas vous surprendre.

(_Mis._ I. 2.)

J’estime plus cela que la pompe fleurie

De tous ces faux brillants _où_ chacun se récrie.

(_Ibid._)

Des vices _où_ l’on voit les humains se répandre.

(_Ibid._ II. 5.)

Enfin, toute la grâce et l’accommodement

_Où_ s’est avec effort plié son sentiment,

C’est de dire, etc.

(_Ibid._ IV. 1.)

Pour moi, plus je le vois, plus surtout je m’étonne

De cette passion _où_ son cœur s’abandonne.

(_Ibid._)

Et je sais encor moins comment votre cousine

Peut être la personne _où_ son penchant l’incline.

(_Ibid._)

Je vous promets ici d’éviter sa présence,

De faire place au choix _où_ vous vous résoudrez.

(_Mélicerte._ II. 4.)

Vous devez n’avoir soin que de me contenter.

--C’est _où_ je mets aussi ma gloire la plus haute.

(_Tart._ II. 1.)

Fort bien! c’est un recours _où_ je ne songeois pas.

(_Ibid._ II. 3.)

Au plus beau des portraits _où_ lui-même il s’est peint.

(_Ibid._ III. 3.)

De vos regards divins l’ineffable douceur

Força la résistance _où_ s’obstinoit mon cœur.

(_Ibid._)

Il suffit qu’il se rende plus sage,

Et tâche à mériter la grâce _où_ je m’engage.

(_Ibid._ III. 4.)

Et ce sont des papiers, à ce qu’il m’a pu dire,

_Où_ sa vie et ses biens se trouvent attachés.

(_Ibid._ V. 1.)

Aux différents emplois _où_ Jupiter m’engage.

(_Amph._ Prol.)

Si votre cœur, charmante Alcmène,

Me refuse la grâce _où_ j’ose recourir...

(_Amph._ II. 6.)

Non, il faut qu’il ait le salaire

Des mots _où_ tout à l’heure il s’est émancipé.

(_Ibid._ III. 4.)

Ayez, je vous prie, agréable

De venir honorer la table

_Où_ vous a Sosie invités.

(_Ibid._ III. 5.)

J’aurois mauvaise grâce

De maltraiter l’asile et blesser les bontés

_Où_ je me suis sauvé de toutes vos fiertés.

(_Fem. sav._ IV. 2.)

Et les soins _où_ je vois tant de femmes sensibles

Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.

(_Ibid._ I. 1.)

Mais vous qui m’en parlez, _où_ la pratiquez-vous?

(_Ibid._ I. 2.)

Et l’hymen d’Henriette est le bien _où_ j’aspire.

(_Ibid._. I. 4.)

Et la pensée enfin _où_ mes vœux ont souscrit....

(_Ibid._ III. 6.)

Cette pureté

_Où_ du parfait amour consiste la beauté.

(_Ibid._ IV. 2.)

Et madame doit être instruite par sa sœur

De l’hymen _où_ l’on veut qu’elle apprête son cœur.

(_Ibid._ IV. 7.)

Il est une retraite _où_ notre âme se donne.

(_Ibid._ IV. 8.)

C’est sur le mariage _où_ ma mère s’apprête

Que j’ai voulu, monsieur, vous parler tête à tête.

(_Ibid._ V. 1.)

Le don de votre main _où_ l’on me fait prétendre.

(_Ibid._)

Deux époux!

C’est trop pour la coutume.--_Où_ vous arrêtez-vous?

(_Ibid._ V. 3.)

Suivez, suivez, monsieur, le choix _où_ je m’arrête.

(_Ibid._)

Molière a même employé _où_, rapporté à un nom de personne, pour _à

qui_:

Et ne permettez pas.......

Que votre amour, qui sait quel intérêt m’anime,

S’obstine à triompher d’un refus légitime,

Et veuille que ce frère _où_ l’on va m’exposer

Commence d’être roi pour me tyranniser.

(_D. Garcie._ V. 5.)

Et je n’en veux l’éclat que pour avoir la joie

D’en couronner l’objet _où_ le ciel me renvoie.

(_Ibid._)

Le véritable Amphitryon

Est l’Amphitryon _où_ l’on dîne.

(_Amph._ III. 5.)

_Où_, dans ce dernier exemple, est adverbe de lieu: _dans la maison de

qui_.

Les Latins de même ont quelquefois employé _ubi_ en relation avec un

nom de personne: «Neque nobis præter te quisquam fuit _ubi_.....»

(CICÉRON), pour _apud quem_.

Exemples dans la prose:

C’est elle (la contrainte) qui me fait passer sur des

formalités _où_ la bienséance du sexe oblige.

(_Éc. des mar._ II. 8.)

Est-il rien de si bas que quelques mots _où_ tout le monde rit?

(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)

Eh! sans sortir de la cour, n’a-t-il pas (Molière) vingt

caractères de gens _où_ il n’a point touché?

(_Impromptu._ 3.)

Vous ne sauriez m’ordonner rien _où_ je ne réponde aussitôt par

une obéissance aveugle.

(_Pr. d’Él._ II. 4.)

Et rends à chacune les tributs _où_ la nature nous oblige.

(_D. Juan._ I. 2.)

Laissons là la médecine, _où_ vous ne croyez point.

(_Ibid._ III. 1.)

Une grimace nécessaire _où_ je veux me contraindre.

(_Ibid._ V. 2.)

Tous les dérèglements criminels _où_ m’a porté le feu d’une

aveugle jeunesse.

(_Ibid._ V. 3.)

Serait-ce quelque chose _où_ je vous puisse aider?

(_Méd. m. lui._ I. 5.)

Je viens tout à l’heure de recevoir des lettres _par où_

j’apprends que mon oncle est mort.

(_Ibid._ III. 11.)

Je te pardonne ces coups de bâton, en faveur de la dignité _où_

tu m’as élevé.

(_Ibid._ III. 11.)

Vous repentez-vous de cet engagement _où_ mes feux ont su vous

contraindre?

(_L’Av._ I. 1.)

C’en est assez à mes yeux pour me justifier l’engagement _où_

j’ai pu consentir.

(_Ibid._)

C’est une chose _où_ vous ne me réduirez point.

(_Ibid._ I. 6.)

C’est un parti _où_ il n’y a point à redire.

(_Ibid._)

C’est une chose _où_ l’on doit avoir de l’égard.

(_Ibid._ I. 7.)

Elle n’aime ni les superbes habits, ni les riches bijoux, ni

les meubles somptueux, _où_ donnent ses pareilles avec tant de

chaleur.

(_Ibid._ II. 6.)

Les alarmes d’une personne toute prête à voir le supplice _où_

l’on veut l’attacher.

(_Ibid._ III. 8.)

C’est ici une aventure _où_ sans doute je ne m’attendais pas.

(_Ibid._ III. 11.)

C’est un mariage _où_ vous imaginez bien que je dois avoir de

la répugnance.

(_Ibid._)

Quand je pourrois passer sur la quantité d’égards _où_ notre

sexe est obligé...

(_Ibid._ IV. 1.)

Ce sont des suites fâcheuses _où_ je n’ai garde de me

commettre.

(_L’Av._ IV. 31)

Ce ne sont point ici des choses _où_ les enfants soient obligés

de déférer aux pères.

(_Ibid._)

C’est une chose _où_ tu m’obliges par la soumission et le

respect _où_ tu te ranges.

(_Ibid._ IV. 5.)

Je ne vois pas.... le supplice _où_ vous croyez que je puisse

être condamné pour notre engagement.

(_Ibid._ V. 5.)

Une journée de travail _où_ je ne gagne que dix sols.

(_G. D._ I. 2.)

Si j’avois étudié, j’aurois été songer à des choses _où_ on n’a

jamais songé.

(_Ibid._ III. 1.)

Voilà un coup sans doute _où_ vous ne vous attendiez pas!

(_Ibid._ III. 8.)

C’est une chose _où_ je ne puis consentir.

(_Ibid._ III. 12.)

Voilà une connoissance _où_ je ne m’attendois point.

(_Pourc._ I. 7.)

C’est une chose _où_ il y va de l’intérêt du prochain.

(_Ibid._ II. 4.)

Les sentiments d’estime et de vénération _où_ votre personne

m’oblige.

(_Ibid._ III. 9.)

Je renonce à la gloire _où_ elles veulent m’élever.

(_Am. magn._ III. 1.)

Le ciel ne sauroit rien faire _où_ je ne souscrive sans

répugnance.

(_Ibid._)

Un mariage _où_ je ne me sens pas encore bien résolue.

(_Ibid._ IV. 1.)

Une aventure merveilleuse _où_ personne ne s’attendoit.

(_Ibid._ V. 1.)

Que vous arrive-t-il à tous deux _où_ vous ne soyez préparés?

(_Ibid._ V. 4.)

Je ne veux pas me donner un nom _où_ d’autres en ma place

croiroient prétendre.

(_B. gent._ III. 12.)

C’est une chose _où_ je ne consentirai point.

(_Ibid._)

Cette feinte _où_ je me force n’étant que pour vous plaire.....

(_Comtesse d’Esc._ 1.)

Or çà, ma fille, je vais vous dire une nouvelle _où_ peut-être

ne vous attendez-vous pas.

(_Mal. im._ I. 5.)

Elle m’a expliqué vos intentions, et le dessein _où_ vous êtes

pour elle.

(_Ibid._ I. 9.)

Ces divers emplois de _où_, y compris la relation à un nom de personne,

sont autorisés par l’usage constant des plus anciens monuments de notre

langue:

«_Où_ aurai-je fiance?» (_R. de Coucy_), pour à qui me fierai-je?

--«Karlon, le roi _où_ France apent.» (_Les quatre fils Aymon_); à qui

appartient la France.

«Les fils Garin, _où_ tant a de fierté.»

(_Gérars de Viane._)

«Trestous li Deu _où_ croient les François.»

(_Ogier le Danois._)

«_Où_ pensez-vous, frère Symon?

«Je pens, fait-il, à un sermon

«Le meilleur _où_ je pensasse oncques.»

(RUTEBEUF.)

«Et _les gens_ au monde pour la santé _où_ plus il avoit de

fiance (Charles V), c’estoit en bons maistres medecins.»

(FROISSART. _Chron._ II. ch. 70.)

On en citerait des exemples innombrables de Montaigne, de Regnier, de

Rabelais, etc.; il n’y a qu’à ouvrir le volume.

En voici de Bossuet et de Pascal:

«Les Égyptiens sont les premiers _où_ l’on ait su les règles du

gouvernement.»

(BOSSUET. _Hist Un._)

«Ils (les rois) assistoient à une prière pleine d’instruction,

_où_ le pontife prioit les dieux, etc.....»

(_Ibid._)

«Ils ont pris un si grand soin de les rétablir parmi les

peuples _où_ la barbarie les avoit fait oublier... etc.»

(_Ibid._)

«Le premier de tous les peuples _où_ l’on voie des

bibliothèques est celui d’Égypte.»

(_Ibid._)

«Si un animal faisoit par esprit ce qu’il fait par instinct, et

s’il parloit par esprit ce qu’il parle par instinct.......

il parleroit aussi bien pour dire des choses _où_ il a plus

d’affection, comme pour dire: Rongez cette corde qui me blesse,

et _où_ je ne puis atteindre.»

(PASCAL. _Pensées._)

«Mais pensez un peu _où_ vous vous engagez.»

(PASCAL. 12e _Prov._)

«Mais parce qu’il faut que le nom de simonie demeure, et qu’il

y ait un sujet _où_ il soit attaché...»

(_Ibid._)

«Voilà la doctrine de Vasquez, _où_ vous renvoyez vos lecteurs

pour leur édification.»

(_Ibid._)

«Je ne vous dirai rien cependant sur les avertissements pleins

de faussetés scandaleuses _par où_ vous finissez chaque

imposture.»

(_Ibid._)

«Les méchants desseins des molinistes, que je ne veux pas

croire sur sa parole, et _où_ je n’ai point d’intérêt.»

(1re _Prov._)

«Une action si grande, _où_ ils tiennent la place de Dieu.»

(14e _Prov._)

Enfin tout le XVIIe siècle a ainsi parlé, et une partie du XVIIIe.

C’est de nos jours seulement qu’on a prétendu restreindre _où_ à

marquer l’alternative ou le lieu, et qu’on a imposé ces affreuses

locutions traînantes _par laquelle_, _dans lesquels_, _à l’aide

desquels_, _chez lesquels_, _par rapport auxquelles_, etc., etc.

Sur ces deux vers de Corneille,

«Et c’est je ne sais quoi d’abaissement secret

«_Où_ quiconque a du cœur ne descend qu’à regret,»

(_Ép. à Ariste._)

Voltaire a eu le tort d’écrire lestement: «Cela n’est pas français.»

Racine n’a donc pas non plus parlé français lorsqu’il a dit:

«Et voilà donc l’hymen _où_ j’étois destinée?»

(_Iphigénie._ III. 5.)

et Voltaire lui-même:

«Pardonne à cet hymen _où_ j’ai pu consentir.»

(_Alzire._ III. 1.)

«La honte _où_ je descends de me justifier.»

(_Zaïre._ IV. 6.)

«Sais-tu l’excès d’horreur _où_ je me vois livrée?»

(_Mérope._ IV. 4.)

Alléguer les priviléges de la poésie est une défaite ridicule, qui

n’a pu naître que dans un temps où l’on avait perdu le sentiment vrai

des choses, et où le raisonnement bannissait la raison. Est-ce qu’un

solécisme en prose peut devenir légitime au moyen d’une rime? Il serait

absurde de le penser. On me permettra de répéter ici ce que j’ai déjà

dit ailleurs: «Ouvrez la _Grammaire des grammaires_; vous allez être

bien édifié! elle distingue _où_ adverbe, _où_ pronom absolu, et _où_

pronom relatif (le pronom relatif _ubi_!). Elle permet ce dernier _où_,

_avec un verbe qui marque une sorte de localité physique ou morale_.

Mais elle avoue que la poésie s’en sert quelquefois en des cas où il

n’y a pas _localité physique ou morale_.

«C’est à ces faiseurs de galimatias double qu’est abandonnée la

police de notre langue! Ce sont là nos instructeurs, et les juges en

dernier ressort de Molière, de Pascal, de Bossuet, de tous nos grands

écrivains! Il fallait effectivement moins de génie pour composer

_Tartufe_ ou les _Provinciales_, que pour surprendre _le pronom_ où

_dans une localité morale_.»

Reprenons donc, il en est temps, une façon de parler vive, commode,

excellente, que nous sommes en train de remplacer par la plus lourde et

la plus insipide.

--où, pour _jusqu’où_:

Je ne sais qui me tient, infâme,

Que je ne t’arrache les yeux,

Et ne t’apprenne _où_ va le courroux d’une femme.

(_Amph._ II. 3.)

--où, faisant pléonasme où nous mettrions _que_:

Et c’est _dans_ cette allée _où_ devroit être Orphise.

(_Fâcheux._ I. 1.)

«C’est _ici où_ je veux vous faire sentir la nécessité de nos

casuistes.»

(PASCAL. 7e _Prov._)

«C’est _là où_ vous verrez la dernière bénignité de la conduite

de nos pères.»

(Id. 9e _Prov._)

--OU (ou bien), pour _ni_:

Monsieur, j’ai grande honte et demande pardon

D’être sans vous connoître _ou_ savoir votre nom.

(_Tart._ V. 4.)

--OU NON, transporté devant le verbe sur lequel porte l’alternative:

Je ne vais point chercher, pour m’estimer heureux,

Si Mascarille _ou non s’arrache_ les cheveux.

(_Dép. am._ I. 1.)

Ce n’est point _Mascarille ou non_, c’est _s’arrache ou non_. En prose,

_ou bien_ n’étant pas contraint par le besoin de la mesure, Molière eût

suivi la construction ordinaire.

--OU SI, complément d’une interrogation par _il_, après une troisième

personne:

Mon cœur _court-il_ au change? _ou si_ vous l’y poussez?

(_Fem. sav._ IV. 2.)

OUS, pour _vous_, dans le langage des paysans:

PIERROT. Je vous dis qu’_ous_ vous teigniois, et qu’_ous_ ne

caressiez point nos accordées.... Testiguenne, parce qu’_ous_

êtes monsieur!....

(_D. Juan._ II. 3.)

Cette suppression du _v_, suggérée en certains cas par l’instinct de

l’euphonie, était régulière et du bon langage dans le vieux français.

Dans la Bourse pleine de sens, de Jean le Gallois d’Aubepierre (XIIIe

siècle):

«_N’avous honte?_--Dame, de quoi?»

Dans la farce de Pathelin, qui est du XVe siècle:

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 339 / 467 题