LA MONTAGNE.

Si ce parfait amour que vous prouvez si bien

Se fait vers _votre objet_ un grand crime de rien.

(_Fâcheux._ I. 1.)

_Mon objet_, _son objet_, _votre objet_, est une expression à l’usage

du peuple, comme _mon époux_, _mon épouse_, pour _mon mari_, _ma

femme_. Le ridicule s’y est attaché à cause de l’emphase. Aussi

est-ce un valet à qui Molière prête cette façon de parler, Éliante ne

s’exprime point comme _la Montagne_: elle dit, _l’objet aimé_:

Et dans l’_objet aimé_ tout lui paroît aimable.

(_Mis._ II. 5.)

Le génie observateur de Molière recueille jusqu’aux nuances de vérité

les plus fines et les plus fugitives. On ne le surprend jamais en

défaut.

OBLIGER, absolument, dans le sens du latin _obligare_, lier:

Mes plus ardents respects n’ont pu vous _obliger_;

Vous avez voulu rompre: il n’y faut plus songer.

(_Dép. am._ IV. 3.)

--OBLIGER A, forcer à:

Je me retire pour ne me voir point _obligée à_ recevoir ses

compliments.

(_G. D._ II. 11.)

«Quoique personne n’ignore les grandes qualités d’une reine

dont l’histoire a rempli l’univers, je me sens _obligé_ d’abord

_à_ les rappeler à votre mémoire.»

(BOSSUET. _Or. fun. d’Henr. d’Angl._)

«Mais je suis _obligé à_ me contraindre.»

(PASCAL. 8e _Prov._)

«C’est pourquoi on n’est pas _obligé à_ s’en confesser.»

(Id. 10e _Prov._)

Pascal, bien qu’il paraisse préférer _obliger à_, emploie aussi

_obliger de_:

«Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre juges de

la disposition de leurs pénitents, puisqu’ils sont _obligés de_

les en croire sur leur parole.»

(10e _Prov._)

Au XVIIe siècle, _obliger de_ paraît avoir été réservé pour signifier

_rendre le service de_:

«_Obligez-moi de_ n’en rien dire.»

(LA FONT. _Fables_, III. 6.)

C’est-à-dire, rendez-moi le service de n’en rien dire; faites que je

vous aie cette obligation.

«Il y a des âmes basses qui se tiennent _obligées de tout_, et

il y a des âmes vaines qui ne se tiennent _obligées de rien_.»

(SAINT-ÉVREMOND.)

«L’abbesse lui fit réponse qu’elle et ses filles se sentoient

infiniment _obligées de ses bontés_.»

(PATRU.)

Obligées par ses bontés.

--S’OBLIGER DE, s’obliger à..., prendre l’engagement de...:

Un fort honnête médecin..... veut _s’obliger de_ me faire vivre

encore trente années.

(3e _Placet au Roi._)

Je ne lui demandois pas tant, et je serois satisfait de lui,

pourvu qu’il _s’obligeât de_ ne me point tuer.

(_Ibid._)

--S’OBLIGER QUE, pour _à ce que_:

Il _s’obligera_, si vous voulez, _que_ son père mourra avant

qu’il soit huit mois.

(_L’Av._ II. 2. )

Remarquez que cette locution admet le second verbe au futur de

l’indicatif, tandis qu’avec la tournure ordinaire il le faudrait au

présent du subjonctif: «Il s’obligera _à ce que_ son père _meure_.»

C’est par où l’autre façon, employée par Molière, peut être utile.

L’analyse d’ailleurs la démontre excellente. Elle revient à ceci: Son

père mourra avant huit mois, et à cet égard il s’obligera, il prendra

un engagement positif. Cette forme exprime bien mieux la certitude du

fils de la mort de son père, que si l’on y employait le conditionnel.

OBSCÉNITÉ, néologisme en 1663:

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 330 / 467 题