MARTINE.

Ce n’est point à la femme à parler, et _je sommes_

Pour céder le dessus en toute chose aux hommes.

(_Fem. sav._ V. 3.)

Mon Dieu, _je n’avons_ point étuguié comme vous!

Et _je parlons_ tout droit comme on parle cheux nous.

(_Ibid._ II. 6.)

Pierrot, Charlotte et Mathurine, dans _Don Juan_, usent également de

cette façon de parler, qui attire à la pauvre Martine cette réprimande

de Bélise:

Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel!

_Je_ n’est qu’un singulier, _avons_ est un pluriel.

Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire?

Mais il est bon de savoir qu’avant de se trouver dans la bouche des

servantes et des paysans, cette façon de parler avait été dans celle

des savants et des princes. Henri Estienne en rend témoignage dans

ses _Dialogues du langage françois italianisé_:--«Ce sont les mieux

parlants qui prononcent ainsi, «_j’allons_, _je venons_, _je disnons_,

_je soupons_.»

Cette faute, dont il accuse les courtisans de Henri III, remonte

beaucoup plus haut, puisqu’on lit, dans une lettre autographe de

François Ier à M. de Montmorency:

«_J’avons_ espérance qu’y fera beau tems, veu ce que disent les

estoiles que _j’avons_ eu le loysir de veoir.»

(_Lett. de la Reine de Navarre._ I. 467.)

Il y a plus, cette locution est consignée dans la grammaire de

Palsgrave:

«_I finde in comon speche suche maners of speking_, je trouve

dans le commun langage ces façons de parler...... Cependant

que j’_irons_ au marché, pour _nous irons_;--j’_avons_ bien

bu, pour _nous avons_;--_allons m’en_, de par le diable! pour

_allons-nous-en_;--_j’allons_ bien, pour _nous allons bien_.»

(_Of the verbe, folio 125 au verso._)

(Voyez OUS et _des Variations du lang. fr._, p. 290-293).

JE SOIS, par exclamation; que je sois:

_Je sois exterminé_ si je ne tiens parole!

(_Dép. am._ IV. 3.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 285 / 467 题