Je vous croyois la bête
Dont à me _diffamer_ j’ai vu la gueule prête.
(_Pr. d’Él._ I. 2.)
L’emploi de _diffamer_ pour _dévorer_, _déchirer_, en parlant d’un
sanglier, pourrait sembler une bouffonnerie de ce fou de cour; mais
Furetière nous apprend que «_diffamer_ signifie aussi _salir_, _gâter_,
_défigurer_. Il a renversé cette sauce sur mon habit: il l’a tout
_diffamé_. Il lui a donné du taillant de son épée, et lui a tout
_diffamé_ le visage. En ce sens il est bas.»
Ainsi Moron parle sérieusement et correctement. _Diffamer_,
aujourd’hui, ne se prend plus qu’au sens moral.
On observera que _diffamer_, au sens moral, n’emporte pas
nécessairement l’idée de calomnie, ni même aucune idée de blâme,
puisque Boileau a dit, en parlant des précieuses:
«Reste de ces esprits jadis si renommés,
Que d’un coup de son art Molière a _diffamés_.»
C’est-à-dire, tout simplement: a perdus de réputation. _Fame_ (_fama_)
a été français dans l’origine:
«E vint la _fame_ a tuz ces de Israel, que desconfiz furent li
Philistien.»
(_Rois._ p. 42)
Héli dit à ses fils:
«Votre _fame_ n’est mie saine.»
(_Ibid._ p. 8.)
Vous n’avez pas bonne réputation.
DIGNE, en mauvaise part:
Et toutes les hauteurs de sa folle fierté
Sont _dignes_ tout au moins _de ma sincérité_.
(_Fem. sav._ I. 3.)
«Mais il (Vasquez) _n’est pas digne de ce reproche_.»
(PASCAL. 11e _Prov._)
DINER: AVOIR DINÉ, métaphoriquement:
Mme JOURDAIN.--Il me semble que _j’ai dîné_ quand _je le vois_!
(_B. gent._ III. 3.)
On dirait, par la même métaphore: Je suis _rassasiée_ de le voir.
DIRE, actif avec un complément direct, désirer; TROUVER QUELQU’UN A
DIRE:
Mettez-vous donc bien en tête..... que _je vous trouve à
dire_ plus que je ne voudrois dans toutes les parties où l’on
m’entraîne.»
(_Mis._ V. 4.)
Ce verbe _dire_ vient, par une suite de syncopes, non pas de _dicere_,
mais de _desiderare_, dont on ne retient que les syllabes extrêmes,
_desiderare_, _desirare_ (d’où l’on a fait à la seconde époque
_désirer_), et _dere_, dont le premier _e_ se change en _i_, par la
règle accoutumée. (V. _Des Var. du langage fr._, p. 208).
Ce verbe _dire_ était très-usité au XVIe siècle: Montaigne, la reine de
Navarre, et les autres, en font constamment usage:
«Que sait-on, si...... plusieurs effects des animaux qui
excedent nostre capacité sont produits par la faculté de
quelque sens que nous ayons à _dire_?»
(MONTAIGNE. II. 12.)
A désirer, à regretter; qui nous manque.
«Si nous avions à _dire_ l’intelligence des sons de l’harmonie
et de la voix, cela apporteroit une confusion inimaginable à
tout le reste de nostre science.»
(Id. _Ibid._)
«Ce desfault (une taille trop petite) n’a pas seulement de la
laideur, mais encores de l’incommodité, à ceulx mesmement qui
ont des commandements et des charges; car l’auctorité que donne
une belle presence et majesté corporelle en est à _dire_.»
(Id. II. 17.)
L’autorité, par suite de ce défaut, se fait désirer, ne s’obtient pas.
La reine de Navarre écrit à chaque instant dans ses lettres: Le roi et
madame vous trouvent bien à _dire_; nous vous trouvons bien à _dire_.
C’est dans ce sens que l’employait encore Célimène en 1666.
Ce mot a disparu, peut-être banni pour laisser régner, sans équivoque
possible, _dire_, venu de _dicere_.
--DIRE de quelque chose TOUS LES MAUX DU MONDE:
Tous les autres comédiens..... en ont dit _tous les maux du
monde_.
(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
(Voyez ON DIRAIT DE.)
--DIRE pour _redire_:
Ayant eu la bonté de déclarer qu’elle (Votre Majesté) ne
trouvoit rien à _dire_ dans cette comédie, qu’elle me défendoit
de produire en public.
(1er _Placet au roi_.)
--DIRE construit avec _en_ et _à_; EN DIRE A, pour _être favorable à_:
Si le sort _nous en dit_, tout sera bien réglé.
(_L’Ét._ V. 2.)
Si le sort nous est propice, nous seconde.
Cette bizarre expression est évidemment calquée sur cette façon de
parler usuelle: Le cœur m’en dit; le cœur vous en dit-il? Molière n’a
pu s’en servir que dans un ouvrage de sa jeunesse.
--DIRE VÉRITÉ, dire _la_ vérité:
Et s’il avoit mon cœur, _à dire vérité_....
(_Mis._ IV. 1.)
DISPENSER (SE) A...., se disposer à:
Et c’est aussi pourquoi ma bouche _se dispense_
A vous ouvrir mon cœur avec plus d’assurance.
(_Dép. am._ II. 1.)
Autrefois, _dispenser_ se disait en pharmacie, pour _disposer_,
_préparer_.
«Plusieurs auteurs ont écrit en détail la préparation des remèdes
que les apothicaires doivent _dispenser_. _Dispenser_ la thériaque,
c’est-à-dire, la préparer. Les statuts des espiciers portent que les
aspirants à la maistrise _dispenseront_ leur chef-d’œuvre en présence
de tous les maistres.» (FURETIÈRE.)
Cette ancienne valeur du mot _dispenser_ est encore attestée par le mot
anglais _dispensary_, pharmacie, dont nous avons refait, à notre tour,
_dispensaire_.