ASSAVOIR:

Le bal et la grand’bande, _assavoir_ deux musettes.

(_Tart._ II. 3.)

Toutes les éditions portent mal à propos _à savoir_ en deux mots. Il ne

faut point d’_à_; c’est l’ancien infinitif _assavoir_. L’usage permet

aussi bien de dire: _savoir_, _deux musettes_, non qu’alors on supprime

l’_à_, mais on substitue à l’ancienne forme la nouvelle. _Faire à

savoir_ n’a point de sens.

Dans l’origine, l’_a_ était employé comme affixe au-devant de certains

verbes: _asavoir_, _alogier_, _apetisser_, _asasier_, _alentir_, etc.;

on ne sait pourquoi les trois derniers ont pris l’_r_: _rapetisser_,

_rassasier_, _ralentir_:

«Dame, je vos fais _asavoir_

«Que j’ai esté et main et soir

«Vos homs, vo serfs, vo chevaliers.»

(_Roman de Coucy._)

«Israel se fud _alogied_ sur une fontaine.»

(_Rois_, p. 112.)

Se logea sur une fontaine.

«Li sages est cil qui met en bones gens ce qu’il pot soufrir,

sans _apetisser_ et sans acquerre malvaisement.»

(_Beaumanoir._ I. 22.)

«Li cueur avariscieus ne pot estre _assasiez_ d’avoir.»

(_Ibid._ p. 21.)

Pascal, dans la première _Provinciale_:

«Si j’avois du crédit en France, je ferois publier à son de

trompe: _On fait à savoir_ (_sic_) que quand les jacobins

disent que la grâce suffisante est donnée à tous, ils entendent

que tous n’ont pas la grâce qui suffit effectivement.»

Cette formule de publication s’est transmise, par la tradition orale,

du fond du moyen âge; je l’ai encore entendue dans quelques villes de

province. Mais quand on l’écrit, il faut mettre _assavoir_.

ASSEZ BONNE HEURE, de bonne heure:

Ah! pour cela toujours il est _assez bonne heure_.

(_Dép. am._ IV. 1.)

Si Molière eût jugé cette expression incorrecte, il lui était aisé de

mettre: _Il est d’assez bonne heure_.

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 54 / 467 题