MARINETTE.

_Ardez_ le beau museau,

Pour nous donner envie encore de sa peau!

(_Dép. am._ IV. 4.)

ARRÊTER, neutre, pour _s’arrêter_:

Mais, moi, mon jugement, sans qu’aux marques j’_arrête_,

Fut qu’il n’étoit que cerf à sa seconde tête.

(_Fâcheux._ II. 7.)

Autant qu’il vous plaira vous pouvez _arrêter_,

Madame, et là-dessus rien ne doit vous hâter.

(_Mis._ III. 5.)

Nos aïeux paraissent avoir exprimé ou supprimé arbitrairement le pronom

des verbes réfléchis. Dans la version des _Rois_, on lit presque

toujours _en aller_ pour s’en aller:

«Goliath ki _en vint_ de l’ost as Philistiens.» (P. 64.)

--«Samuel od Saul _en alad_.» (P. 57.)

_Plaindre_ pour _se plaindre_:

«Cume deus dameiseles vinrent _plaindre_ ad rei Salomum.»

(P. 235.)

«Pur ço _en va_ e destruis Amalech.»

(P. 53.)

_Arrêter_ était dans les mêmes conditions; et même aujourd’hui l’on ne

dit pas _arrête-toi_, _arrêtez-vous_, mais _arrête! arrêtez!_

Cette faculté de prendre ou de laisser le pronom a été cause que

beaucoup de verbes sont devenus exclusivement neutres ou actifs, qui

dans l’origine étaient réfléchis. Car cette forme réfléchie plaisait à

nos pères, pour les verbes exprimant une action dont l’auteur pouvait

être aussi l’objet. Ainsi ils disaient _se dormir_, _se disner_, _se

combattre à quelqu’un_, _se fuir_ (d’où reste _s’enfuir_), _se mourir_,

_se jouer_, etc.; quelques verbes sont restés dans l’indécision, comme

_arrêter_ ou _s’arrêter_.

«Car pour moi j’ai certaine affaire

«Qui ne me permet pas d’_arrêter_ en chemin.»

(LA FONTAINE. _Le Renard et le Bouc._)

--ARRÊTER AVEC SOI:

Si tu veux me servir, je t’_arrête avec moi_.

(_L’Ét._ II. 9.)

Nous dirions aujourd’hui simplement: _Je t’arrête_.

ARTICLE mis où nous avons coutume de l’omettre, FAIRE LA JUSTICE:

Si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos

coudées franches à vous en faire _la_ justice à bons coups de

bâton.

(_G. D._ I. 3.)

Nous serons les premiers, sa mère et moi, à vous en faire _la_

justice.

(_Ibid._ I. 4.)

--Mis en correspondance de _un_, _une_:

George Dandin, George Dandin, vous avez fait _une_ sottise _la_

plus grande du monde.

(_Ibid._ I. 1.)

Elle se prend d’_un_ air _le_ plus charmant du monde aux choses

qu’elle fait.

(_L’Av._ I. 2.)

--Article supprimé où nous le répétons:

Dis si _les_ plus cruels _et plus durs_ sentiments

Ont rien d’impénétrable à des traits si charmants.

(_L’Ét._ I. 2.)

Il nous faut _le_ mener en quelque hôtellerie,

_Et faire_ sur les pots décharger sa furie.

(_Ibid._ I. 11.)

Le mener.... le faire décharger sa furie.

Les querelles, _procès, faim, soif et maladie_,

Troublent-ils pas assez le repos de la vie?

(_Sgan._ 17.)

Les quatre derniers substantifs sont embrassés dans l’article pluriel,

placé une fois pour toutes devant le premier.

Cet emploi de l’article était une tradition du XVIe siècle. Au

XVIe siècle, on n’exprimait qu’une fois l’article devant plusieurs

substantifs, même de genres différents, pourvu qu’ils fussent au même

nombre, c’est-à-dire, tous au pluriel ou tous au singulier:

«Quant à _la hardiesse et courage_, quant à _la fermeté,

constance et resolution_ contre les douleurs, etc.»

(MONTAIGNE. III. 6.)

«Qui ne participe _au hasard et difficulté_ ne peult pretendre

interest _à l’honneur et plaisir_ qui suit les actions

hasardeuses.»

(_Id._ III. 7.)

La même règle s’appliquait au pronom possessif:

«Nostre royne Catherine tesmoigneroist _sa liberalité et

munificence_.»

(_Id._ III. 6.)

«Madame Katerine, ma sœur......, est partie avecques _ma

litiere et cheval_.......»

(LA REINE DE NAVARRE. _Lettres._ I. p. 290.)

Notre vieille langue avait si fort le goût de l’ellipse, qu’elle

s’empressait de l’admettre dès qu’il n’en résultait pas le danger

d’être obscur ou équivoque. _Le plus_, marque du superlatif, ne se

répétait pas aussi devant plusieurs adjectifs. La première fois servait

pour toute la suite:

«...... Tant de villes rasées, tant de nations exterminées,

tant de millions de peuples passés au fil de l’espée, et _la

plus riche et belle_ partie du monde bouleversée pour la

negociation des perles et du poivre.»

(MONTAIGNE. III. 6.)

Que gagnons-nous à répéter toujours l’article? ce n’est ni de la

clarté, ni de la rapidité.

A SAVOIR, voy. ASSAVOIR.

AS DE PIQUE, langue piquante, mauvaise langue:

O la fine pratique,

Un mari confident!

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 52 / 467 题