_A moins que de cela_, l’eussé-je soupçonné?
(_L’Ét._ I. 10.)
AMOUR, féminin:
Il disait qu’il m’aimoit d’une amour sans _seconde_.
(_Éc. des fem._ II. 6.)
Vous ne pouvez aimer que _d’une amour grossière_.
(_Fem. sav._ IV. 2.)
Pourquoi _amour_ est-il aujourd’hui du masculin au singulier, et du
féminin au pluriel? Cette inconséquence est toute moderne, et l’on n’en
voit pas le prétexte. _Un amour_ est un petit Cupidon; _une amour_ est
une affection de l’âme; on aurait dû y maintenir la même différence
qu’entre _un satyre_ et _une satire_. _Amour_ est demeuré féminin
depuis l’origine de la langue jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
«Qu’une _première amour est belle_!
«Qu’on a peine à s’en dégager!
«Et qu’on doit plaindre un cœur fidèle
«Quand il est réduit à changer!»
(QUINAULT. _Atys._)
C’est comme le mot _orgue_, qui est aussi masculin au singulier et
féminin au pluriel. Qu’y a-t-on gagné? d’être obligé de dire: C’est
_un_ des plus _belles_ orgues du monde.
AMOUREUSEMENT, en parlant de la tendresse filiale:
Elle faisoit fondre chacun en larmes, en se jetant
_amoureusement_ sur le corps de cette mourante, qu’elle
appeloit sa chère mère.
(_Scapin._ I. 2.)
Pascal, parlant d’un enfant que veulent ravir des voleurs, et que sa
mère s’efforce de retenir:
«Il ne doit pas accuser de la violence qu’il souffre la mère
qui le retient _amoureusement_, mais ses injustes ravisseurs.»
(8e _Prov._)
_AMPHIBOLOGIE:_
Et de même qu’à vous je ne lui suis pas chère.
(_Mélicerte._ II. 3.)
Il semble que Mélicerte veuille dire: Je ne suis chère ni à lui, ni à
vous; et sa pensée est au contraire: Je ne suis pas chère à votre père
comme _je le suis_ à vous. L’ellipse combinée avec l’inversion produit
cette équivoque, car sans l’inversion la phrase serait encore assez
claire: Je ne lui suis pas chère comme à vous, ou de même qu’à vous.
AMPLEMENT AJUSTÉ, paré fastueusement:
Quand un carrosse fait de superbe manière,
Et comblé de laquais et devant et derrière,
S’est avec grand fracas devant nous arrêté,
D’où sortant un jeune homme _amplement ajusté_......
(_Les Fâcheux_, I. 1.)
AMUSEMENT, dans le sens où l’on dit _amuser quelqu’un_, _s’amuser à_:
Tu prends d’un feint courroux le vain _amusement_.
(_Sgan._ 6.)
--Perte de temps, retard:
Moi, je l’attends ici, pour moins d’_amusement_.
(_Tart._ I. 3.)
Pour m’arrêter moins longtemps.
Le moindre _amusement_ vous peut être fatal.
(_Ibid._ V. 6.)
N’est-il point là quelqu’un?--Ah que d’_amusement_!
Veux-tu parler?
(_Mis._ IV. 4.)
Mais plus d’_amusement_ et plus d’incertitude.
(_Ibid._ V. 2.)
Amphitryon, c’est trop pousser l’_amusement_!
Finissons cette raillerie.
(_Amph._ II. 2.)
Henriette, entre, nous est un _amusement_,
Un voilé ingénieux, un prétexte, mon frère,
A couvrir d’autres feux dont je sais le mystère.
(_Fem. sav._ II. 3.)
La Fontaine a dit _amusette_ dans le sens de _joujou_:
«Le fermier vient, le prend, l’encage bien et beau,
«Le donne à ses enfants pour servir d’_amusette_.»
(_Le Corbeau voulant imiter l’Aigle._)
ANCRER (S’) CHEZ QUELQU’UN, se mettre avant dans sa faveur:
A ma suppression _il s’est ancré chez elle_.
(_Éc. des fem._ III. 5.)
ANES BIEN FAITS, bien véritables, ânes de tout point:
Ma foi, de tels savants sont _des ânes bien faits_!
(_Fâcheux._ III. 2.)
ANGER, verbe actif:
Votre père se moque-t-il de vouloir vous _anger_ de son avocat
de Limoges?
(_M. de Pourc._ I. 1.)
Ce mot vient du latin _augere_, par la confusion, autrefois
très-fréquente de l’_n_ et de l’_u_. De l’italien _montone_ est venu
_mouton_; de _monasterium_, par syncope _monstier_ et _moustier_, de
_conventus_, _convent_ et _couvent_, etc.
«Il les _angea_ de petits Mazillons,
«Desquels on fit de petits moinillons.»
(LA FONTAINE, _Mazet_.)
_Auxit eas._ De l’idée d’augmentation à l’idée d’embarras il n’y a
presque pas de distance. Mais M. Auger se trompe trois fois quand il
dit que _anger_ n’est pas dans Nicot, qu’il vient du latin _angere_, et
qu’il signifie _incommoder_.
_Anger_ est dans Nicot, mais écrit par un _e_: _enger_. Cette
orthographe vicieuse a prévalu, et persiste encore dans _engeance_,
dont le sens prouve bien l’étymologie _augere_. C’est _angoisse_ qui
vient d’_angere_.
Trévoux se trompe encore plus gravement quand il fait venir _enger_ du
latin _ingignere_.
_Anger_ était à la fois verbe actif et verbe neutre, absolument comme
_augere_ en latin. Voici les exemples cités par Nicot:
«L’ambassadeur Nicot _a engé la France_ de l’herbe nicotiane,»
où l’on voit que _enger_ n’implique pas une idée de blâme.
«La peste _enge_ fort;...... ceste dartre _enge_ grandement,
c’est-à-dire, croist, se dilate, se multiplie.» _Auget._