ACOQUINER QUELQU’UN A QUELQUE CHOSE:

Et je crois, tout de bon, que nous les verrions (les femmes)

nous courir, sans tous ces respects et ces soumissions _où les

hommes les acoquinent_.

(_Pr. d’Él._ III. 3.)

Mon Dieu, qu’_à tes appas je suis acoquiné_!

(_Dép. am._ IV. 4.)

«.... tant les hommes sont _accoquinez à leur estre miserable_!»

(MONTAIGNE. II. 37.)

COQUIN, au moyen âge, signifiait un mendiant paresseux; d’où l’on est

passé à l’idée de malfaiteur ou de voleur dissimulé.

«Lesquels jeunes hommes, venant de la ville de Roches en la

ville de Rueil, ou chemin trouvèrent un homme en habit de

_quoquin_.....»

(_Lettres de rémission_ de 1375.)

«Un homme querant et demandant l’aumosne, qui estoit vestu

d’un manteau tout plain de paletaux, comme un _coquin_ ou

caimant[38].»

(_Lettres_ de 1392.)

«Pierre Perreau, homme plain d’oisiveté... alant _mendiant et

coquinant_ par le pays.»

(_Lettres_ de 1460.)

[38] De _caimant_ il nous reste _quémander_.

Dans les Actes de la vie de saint Jean, il est question d’un jeune

homme qui insultait le saint:

«Vocando ipsum _coquinum_ et truantem.»

(DUCANGE, _in Coquinus_.)

_S’acoquiner_ est donc s’attacher comme fait un mendiant importun à

celui qu’il sollicite.

L’étymologie la plus probable dérive _coquin_ de _coquina_, cuisine,

lieu que les coquins hantent volontiers. On voit déjà dans Plaute que

_cuisinier_ était synonyme de voleur:

Mihi omnis angulos

Furum implevisti in ædibus misero mihi,

Qui intromisisti in ædes quingentos _coquos_.

(_Aulul._)

Forum coquinum qui vocant stulte vocant;

Nam non _coquinum_, verum _furinum_ est forum.

(_Pseudol._)

Voyez Du Cange, aux mots _coquinus_ et _cociones_.

Nicot, au mot _accoquiner_, dit sans autorité que _coquin_ signifiait

_privé_, _familier_.

A CRÉDIT, gratuitement: MISÉRABLE A CRÉDIT:

C’est jouer en amour un mauvais personnage,

Et se rendre, après tout, _misérable à crédit_.

(_Dép. am._ I. 2.)

ADIEU VOUS DIS, sorte d’adverbe composé:

Adieu vous dis mes soins pour l’espoir qui vous flatte.

(_L’Ét._ II. 1.)

Il faut considérer _adieu vous dis_, ancienne formule, comme _adieu_

tout simplement, sans tenir compte du _vous_ ni du verbe _dire_: _Adieu

mes soins_ pour l’espoir qui vous flatte.

L’édition de P. Didot ponctue, d’après celle de 1770:

Adieu, vous dis, mes soins pour l’espoir qui vous flatte.

Où l’on voit que l’éditeur prend _vous dis_ pour _vous dis-je_:--Adieu

mes soins, _vous dis-je_... Ce n’est pas le sens. _Vous dis_ ne

s’adresse point à l’interlocuteur de Mascarille, pas plus que ce n’est

une apostrophe: _adieu vous dis_, ô mes soins! C’est tout simplement:

_Adieu mes soins_.

A DIRE VÉRITÉ, _pour dire la vérité_:

Mais il vaut beaucoup mieux, _à dire vérité_,

Que la femme qu’on a pèche de ce côté.

(_Éc. des fem._ III. 3.)

ADMETTRE CHEZ QUELQU’UN, introduire:

En vous le produisant, je ne crains point le blâme

D’avoir _admis chez vous_ un profane, madame.

(_Fem. sav._ III. 5.)

ADMIRER DE (un infinitif):

_J’admire de le voir_ au point où le voilà.

(_Éc. des fem._ I. 6.)

Et _j’admire de voir_ cette lettre ajustée

Avec le sens des mots et la pierre jetée.

(_Ibid._ III. 4.)

--ADMIRER COMME....:

J’_admire comme_ le ciel a pu former deux âmes aussi semblables

en tout que les nôtres.....

(_Pr. d’Él._ IV. 1.)

Pascal a dit _j’admire que_:

«Car qui n’_admirera que_ notre corps.... soit à présent un

colosse, un monde, etc.»

(_Pensées_, p. 282.)

«Vous _admirerez que_ la dévotion qui étonnoit tout le monde

ait pu être traitée par nos pères avec une telle prudence,

que....., etc.»

(9e. _Prov._)

«Il faudroit _admirer qu’elle_ (cette doctrine) ne produisît

pas cette licence.»

(14e _Prov._)

ADRESSES, au pluriel:

Enfin, j’ai vu le monde et j’en sais les finesses:

Il faudra que mon homme ait de _grandes adresses_,

Si message ou poulet de sa part peut entrer.

(_Éc. des fem._ IV. 5.)

ADRESSER, diriger, faire arriver:

Mon esprit, il est vrai, trouve une étrange voie

Pour _adresser mes vœux_ au comble de leur joie.

(_L’Ét._ IV. 2.)

AFFECTER, affectionner; rechercher avec affection.

--MONTRER D’AFFECTER, étaler de l’affection ou la laisser paraître:

Vous buviez sur son reste, et _montriez d’affecter_

Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.

(_L’Ét._ IV. 5.)

--AFFECTER L’EXEMPLE DE QUELQU’UN:

Diane même, _dont vous affectez tant l’exemple_, n’a pas rougi

de pousser des soupirs d’amour.

(_Pr. d’Él._ II. 1.)

AFFOLER, v. a. ÊTRE AFFOLÉ DE QUELQU’UN, figurément en être épris:

Vous ne sauriez croire comme elle est _affolée de ce Léandre_.

(_Méd. malgré lui._ III. 7.)

_Affoler_ ne signifie pas rendre fou, comme l’explique le Suppl.

au. Dict. de l’Acad., mais _blesser_, au propre et au figuré. C’est

le verbe _fouler_ composé avec a, marquant le progrès d’une action,

comme dans _alentir_, _apetisser_, _agrandir_, _amaladir_. _Elle en est

affolée_, elle en est férue.

«Ha! le brigand! il m’a tout _affolée_.»

(LA FONT. _Le diable de Pap._)

Rendre fou se disait _affolir_ (racines, _fol_, _folle_, et _a_).

Montaigne a bien gardé la différence de ces deux mots:

«Et leur sembloit que c’estoit affoler les mystères de Venus,

que de les oster du retiré sacraire de son temple.» (II, 12.)

_Lædere mysteria Veneris._

«Il y a non-seulement du plaisir, mais de la gloire encores,

d’affolir ceste molle doulceur et ceste pudeur enfantine.»

(MONT. II. 15.)

On avait composé aussi de _foler_ (_fouler_) _gourfoler_ ou

_gourfouler_. (Voyez DU CANGE, au mot _affolare_.)

Ce qui aura conduit à confondre les deux formes de l’infinitif, c’est

qu’en effet le présent de l’indicatif est le même: le berger Aignelet,

à qui son avocat recommande de ne répondre à toutes les questions autre

chose sinon _bée_, s’y engage:

«Dites hardiment que j’_affole_,

«Si je dis huy autre parole.»

(_Pathelin._)

On remarque de plus, dans cet exemple, _affolir_ employé au sens

neutre, pour _devenir fou_.

De même, un peu plus loin, quand le drapier brouille son drap et ses

moutons, Pathelin s’écrie vers le juge:

«Je regny sainct Pierre de Rome,

«S’il n’est fin fol, ou il _affole_.»

Il est fou, ou il le devient.

AFFRONTER QUELQU’UN, le tromper effrontément, jusqu’à l’outrager et

s’exposer à sa vengeance:

Ah! vous me faites tort! S’il faut qu’on vous _affronte_,

Croyez qu’il m’a trompé le premier à ce conte.

(_L’Ét._ IV. 7.)

Courons-le donc chercher, ce pendant qui m’_affronte_.

(_Sgan._ 17.)

Si j’y retombe plus, je veux bien qu’on m’_affronte_.

(_Éc. des fem._ II. 6.)

«A votre avis, le Mogol est-il homme

Que l’on osât de la sorte _affronter_?»

(LA FONT., _la Mandr._)

--AFFRONTER UN CŒUR:

_Un cœur_ ne pèse rien, alors que l’on l’_affronte_.

(_Dép. am._ II. 4.)

Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle · 第 36 / 467 题