Les résultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement à des
chiffres. Les résultats se mesurent aussi à l’influence du projet, qui
est considérable.
# D'autres bibliothèques numériques
Premier site d’information sur l’internet et première bibliothèque
numérique, le Projet Gutenberg inspire bien d’autres bibliothèques
numériques au fil des ans, à commencer par le Projekt Runeberg pour la
littérature scandinave et le Projekt Gutenberg-DE pour la littérature
allemande.
Le Projekt Runeberg est la première bibliothèque numérique suédoise de
livres du domaine public, créée en décembre 1992 par Lysator, un club
informatique d’étudiants, en collaboration avec la bibliothèque de
l'Université de Linköping (Suède). Le but est de produire et organiser
des versions électroniques gratuites de la littérature nordique
classique. 200 oeuvres sont disponibles en 1998, avec une liste de
6.000 auteurs nordiques en tant qu'outil de développement des
collections.
Projekt Gutenberg-DE est la première bibliothèque numérique allemande
de livres du domaine public. Plusieurs dizaines de textes peuvent être
lus en ligne en 1998, avec une page web pour les textes courts et
plusieurs pages – une par chapitre – pour les oeuvres plus longues. Une
liste alphabétique d'auteurs et de titres est également disponible,
ainsi qu'une courte biographie et bibliographie pour chaque auteur.
# Une structure aussi simple que possible
La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite
au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: «Less is
more». Michael Hart insiste régulièrement sur la nécessité d’un cadre
aussi souple que possible laissant toute initiative aux volontaires, et
la porte grande ouverte aux idées nouvelles. Le but est d’assurer la
pérennité du projet indépendamment des crédits, des coupures de crédits
et des priorités culturelles, financières et politiques du moment. Pas
de pression possible donc par le pouvoir et par l’argent. Et respect à
l’égard des volontaires, qui sont assurés de voir leur travail utilisé
pendant de nombreuses années. Le suivi régulier du projet est assuré
grâce à une lettre d’information hebdomadaire et mensuelle, des forums
de discussion, des wikis et des blogs.
Les dons servent à financer des ordinateurs et des scanners, et à
envoyer des CD et DVD gratuits à tous ceux qui en font la demande.
Suite au CD Best of Gutenberg disponible en août 2003 avec une
sélection de 600 titres, un premier DVD est disponible en décembre 2003
avec 9.400 titres, suivi d'un deuxième DVD disponible en juillet 2006
avec 17.000 titres. A partir de 2005, CD et DVD sont disponibles sous
forme d'images ISO sur le site de BitTorrent, ces images pouvant être
téléchargées pour graver des CD et DVD sur place à titre personnel. En
2007, le Projet Gutenberg envoie 15 millions de livres par voie postale
sous forme de CD et DVD.
Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable
inventeur de l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens
étymologique, à savoir un livre numérisé pour diffusion sous forme de
fichier électronique, celui-ci serait né avec le Projet Gutenberg en
juillet 1971, trente ans avant les divers lancements commerciaux ayant
émaillé le début des années 2000 avec les ebooks d'Amazon, Barnes &
Noble, Gemstar et autres.
# Des dizaines de milliers de téléchargements par jour
La demande est énorme. En témoigne le nombre de téléchargements, qui se
comptent en dizaines de milliers par jour.
A la date du 31 juillet 2005, on compte 37.532 fichiers téléchargés
dans la journée, 243.808 fichiers téléchargés dans la semaine et
1.154.765 fichiers téléchargés dans le mois.
A la date du 6 mai 2007, on compte 89.841 fichiers téléchargés dans la
journée, 697.818 fichiers téléchargés dans la semaine et 2.995.436
fichiers téléchargés dans le mois. Courant mai, ce nombre atteint les 3
millions.
À la date du 15 novembre 2010, on compte 130.524 fichiers téléchargés
dans la journée, 888.520 fichiers téléchargés dans la semaine et
3.582.153 fichiers téléchargés dans le mois.
Ceci uniquement pour le principal site de téléchargement, ibiblio.org
(basé à l’Université de Caroline du Nord, aux États-Unis), qui héberge
aussi le site du Projet Gutenberg. Le deuxième site de téléchargement
est l’Internet Archive, qui est le site de sauvegarde et qui met à la
disposition du Projet Gutenberg une capacité de stockage illimitée.
Un «Top 100» recense les cent titres et les cent auteurs les plus
téléchargés dans la journée, dans la semaine et dans le mois.
Le Projet Gutenberg dispose de 40 sites miroirs répartis sur toute la
planète, et il en cherche d’autres. La circulation des fichiers se fait
aussi en mode P2P (Peer-to-Peer), qui permet d’échanger des fichiers
directement d’un utilisateur à l’autre.
Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider à combler la fracture
numérique. Ils sont aisément téléchargeables sur un ordinateur ou un
netbook d'occasion ne coûtant que quelques dollars ou quelques dizaines
de dollars.
# Vers l'avenir
Plus tard, il sera peut-être possible d'envisager une traduction
simultanée dans une centaine de langues, en utilisant un logiciel de
traduction automatique qui aurait alors un taux de fiabilité de l’ordre
de 99%, un pourcentage dont on est encore loin. Ce logiciel de
traduction automatique serait relayé par des traducteurs (non pas des
machines, mais des êtres humains), sur un modèle comparable à la
technologie OCR actuellement relayée par des correcteurs (non pas des
logiciels, mais des êtres humains) pour offrir un contenu de grande
qualité.
Quarante ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se
définit toujours comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son
projet, qu’il voit comme étant à l’origine d’une révolution néo-
industrielle. Il se définit aussi comme altruiste, pragmatique et
visionnaire. Après avoir été traité de toqué pendant de nombreuses
années, il force maintenant le respect.
Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la même, à savoir
changer le monde par le biais de l’ebook gratuit indéfiniment
utilisable et reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la
culture pour tous à moindres frais.
Cette mission se résume en quelques mots: «encourager la création et la
distribution d’ebooks», par autant de personnes que possible, et par
tous les moyens de diffusion possibles, tout en prenant les virages
nécessaires pour intégrer de nouvelles idées, de nouvelles méthodes et
de nouveaux supports.