Visite de Napoléon aux mines de Rio.--Premiers froissements entre
l'Empereur et Pons.--Les fleurs de lis du parterre.--L'enseigne
Taillade.--Le pavillon elbois et celui des Appiani.--Opérations
maritimes.--Promenade de l'Empereur avec Pons.--Le madère, friandise
impériale.--Conversation de l'Empereur.--Le Monte Volterrajo et ses
légendes.--Platitude du maire de Rio-Montagne.--Retour à
Porto-Ferrajo.--Faute d'étiquette de Pons.--Il reste à la tête des
mines.--Début de ses relations amicales avec Drouot.
Vers minuit l'Empereur me fit appeler, et je me rendis avec empressement
auprès de lui.
En approchant du salon impérial, assez intrigué de ce que l'Empereur
pouvait vouloir de moi à une heure aussi avancée de la nuit, j'entendis
une discussion assez vive à laquelle mon nom était mêlé, et j'hésitai
pour entrer sans être annoncé. La porte s'ouvrit: je me trouvai en
présence de l'Empereur. Le général Bertrand et le général Dalesme
étaient avec lui. Le général Dalesme me fit un signe d'intelligence qui
semblait m'engager à dire _oui_, le général Bertrand me fit un autre
signe qui m'engageait à dire _non_: il était naturel que j'eusse une
propension pour le signe que mon ami me faisait. Le général Bertrand
allait m'adresser la parole; l'Empereur lui dit: «Laissez-le me
répondre», et de suite il m'interrogea: «Pouvez-vous me donner à
déjeuner à Rio-Marine?--Oui, Sire.--À neuf heures du matin?--Oui,
Sire.--Dites-moi franchement si cela ne vous sera pas un trop grand
dérangement.--Cela ne me dérangera pas du tout: seulement j'aurai besoin
de l'indulgence de Votre Majesté pour la manière dont je la recevrai,
car il y a longtemps que ma maison est abandonnée...--Le grand maréchal
prétend qu'il vous est impossible de me recevoir?--C'est, au contraire,
très facile.--Mais Mme Pons: ne sera-ce pas abuser de sa
complaisance?--Ma femme sera heureuse de ce que Votre Majesté veut bien
accepter notre hospitalité.--Réfléchissez bien. Pouvez-vous me recevoir
sans trop vous déranger, surtout sans trop déranger Mme Pons?--Que Votre
Majesté soit tranquille à cet égard! À neuf heures Votre Majesté
trouvera sa table servie.» Alors l'Empereur, se tournant vers le général
Bertrand, lui dit: «Vous le voyez bien, je ne le pousse pas pour vous
répondre affirmativement», et le général Bertrand sortit sans répliquer.
Dès qu'il fut sorti, l'Empereur, s'adressant au général Dalesme, lui
dit, en haussant les épaules: «Rien n'est possible pour lui», et il
ajouta une parole d'humeur qui me parut déplacée. Je pris congé. Le
général Dalesme vint avec moi; le général Bertrand nous attendait; il me
pria de faire trouver une grande population à l'arrivée de l'Empereur.
J'envoyai de suite à Rio-Marine; une heure après, j'étais moi-même en
route. La population était debout pour me recevoir. Ma femme était
restée à Porto-Ferrajo pour faire confectionner deux drapeaux elbois,
aussi pour me procurer de quoi bien traiter l'Empereur. Je fis jeter les
filets à la mer: la pêche fut vraiment miraculeuse. On prit un dentiche
qui pesait plus de vingt-cinq livres. Les marins riais criaient au
sortilège. À sept heures du matin, j'étais prêt à recevoir l'Empereur.
Je n'avais pas oublié la prière du général Bertrand qui savait que,
depuis quatre mois, les travaux des mines étaient suspendus (le blocus
de l'île d'Elbe avait forcé l'administrateur général des mines à se
réfugier dans Porto-Ferrajo). C'est sans doute ce qui lui avait fait
penser que quelques heures de nuit ne suffiraient pas pour donner une
hospitalité agréable à l'Empereur.
L'Empereur se prêtait beaucoup à tout ce qui pouvait empêcher que sa
présence ne devînt inquiétante pour les personnes qui le recevaient. Sa
suite était moins discrète, surtout la basse domesticité. Cette
valetaille n'avait aucun ménagement quand elle était ailleurs que dans
la demeure impériale.
La suite de l'Empereur n'était pas composée d'amis dévoués à la vie et à
la mort. Les sommités croyaient remplir un devoir, et le remplissaient
honorablement. Ce qui venait ensuite avait couru après la fortune.
Chacun avait augmenté d'un grade. La plupart des individus qui en
faisaient partie se croyaient de petits Napoléons. Les nobles
dévouements étaient dans cette poignée de braves de la garde impériale
qui avaient suivi l'Empereur pour le seul plaisir de le suivre. Il y
avait aussi des officiers dont il était impossible de ne pas reconnaître
le caractère généreux et désintéressé; les Cornuel, les Raoul, les
Combe, les Larabit, braves à l'âme forte, au coeur droit, à l'esprit
cultivé.
J'avais fait des préparatifs pour recevoir de mon mieux l'hôte couronné
qui allait honorer mon foyer. Les mineurs étaient [avec] armes et
bagages sur la crête des montagnes qui bordent la route que l'Empereur
devait suivre. Ils déployaient fièrement la bannière elboise. La
population de Rio-Marine, précédée du cortège de toutes les jeunes
demoiselles du pays, devait aller à la rencontre de l'Empereur.
L'artillerie de la marine marchande n'attendait que la mèche pour
retentir dans les airs. Le pavillon elbois flottait sur l'hôtel de
l'administration des mines. Le curé se tenait en habits sacerdotaux sur
la porte de l'église: c'était une réception de bon coeur, et elle en
valait bien d'autres.
L'Empereur s'était arrêté un moment chez le maire de Rio-Montagne. Dès
qu'il eut quitté Rio-Montagne, je montai à cheval pour aller au-devant
du cortège impérial. L'Empereur m'accueillit avec une bienveillance
marquée; il me plaça à sa droite pour faire son entrée dans le pays. La
population joignit bientôt. Des vivats furent répétés; les jeunes
demoiselles baisèrent la main de l'Empereur.
Cette journée fut féconde en anecdotes. Les Riais me considéraient comme
leur providence. Ils crièrent bien: «Vive l'Empereur!» mais bientôt ils
ajoutèrent à ce cri celui de: _«Viva il nostro babbo!»_ L'Empereur
comprit de suite que ce _notre père_ ne s'adressait pas à lui. Il me
dit: «Vous êtes le prince ici.--Non, Sire, lui répondis-je vivement,
avec une émotion profonde, mais je suis le père.--Ce qui vaut beaucoup
mieux», ajouta l'Empereur.
Nous descendîmes à l'hôtel de l'administration. On montait par un perron
à un parterre sur lequel donnait l'entrée de l'hôtel. Le parterre était
très fleuri, mais la fleur de lis y dominait les autres fleurs, et il
était presque impossible que la fleur de lis ne sautât pas aux yeux de
l'Empereur. Seulement elle y sauta un peu trop. L'Empereur s'arrêta, il
se tourna vers moi, et, en me montrant les lis, il me dit en souriant:
«Me voici logé à une bonne enseigne.» J'avoue que le sourire de
l'Empereur ne me parut pas de bon aloi. Le jardinier n'y avait pas
entendu malice en plantant des lis. Je les aurais certainement fait
arracher s'ils avaient fixé mon attention. Tant est-il que les lis me
valurent une disgrâce: les yeux de l'Empereur ne se portèrent plus sur
moi. L'Empereur avait souri en voyant son pavillon sur la crête des
montagnes. Il ne fit pas attention à celui qui était déployé sur le
balcon de l'hôtel.
Le général Dalesme m'apprit avec anxiété que l'Empereur lui avait
demandé tout à coup «si j'étais toujours républicain», et qu'il lui
avait répondu que «j'étais toujours patriote». L'anxiété du général
Dalesme ne m'effraya point, je calmai ses alarmes affectueuses. J'étais
bien décidé à ne pas renier mon républicanisme. Mon ami ne pouvait pas
concevoir ma tranquillité. C'était tout simple: il avait vécu près de la
verge impériale, il la craignait. Moi, je ne l'avais pas même approchée;
je n'en avais pas peur.
L'Empereur prit possession de l'hôtel. En y entrant, il me demanda où
était Mme Pons, et je lui répondis qu'elle était restée à Porto-Ferrajo
pour les bannières elboises, ainsi que pour me mettre à même de le
recevoir le moins mal possible. L'Empereur me chargea de la remercier de
son aimable attention: il ajouta que le général Drouot lui en avait
parlé avantageusement.
Les bâtiments de la marine marchande étaient tirés à terre. Ils avaient
déployé tous leurs pavillons; ils épuisaient leur provision de poudre,
les marins criaient à tue-tête. L'Empereur voulut voir de plus près; il
fut faire une petite promenade sur le bord de la mer. Il parla à tout le
monde; il adressa la parole à ceux qui n'osaient pas la lui adresser.
On rentra pour déjeuner. L'Empereur parla administration des mines, mais
il n'en parla qu'au maire de Rio-Montagne, et il sembla prendre à tâche
de ne pas se tourner une seule fois de mon côté. Il était impossible de
se faire illusion: il y avait là une intention marquée. Cette manière de
s'adresser en ma présence à tout autre qu'à moi pour demander des
renseignements sur les mines me blessa extrêmement, et je voulus quitter
la table. Le général Dalesme connaissait mon caractère, il me
surveillait et il me retint. Mais l'Empereur avait très certainement
entendu mes murmures: sa conscience lui disait que j'étais offensé, il
changea de conversation. Personne au monde n'aurait pu m'empêcher de me
plaindre, si les lois de l'hospitalité et surtout le respect dû au
malheur ne m'avaient contraint au silence.
La nouvelle conversation de l'Empereur prit un autre caractère. Elle eut
lieu avec un enseigne de vaisseau appelé Taillade, marié sur l'île, que
l'on ne pouvait généralement pas souffrir par rapport à son amour-propre
excessif, et qui avait eu l'impertinence de dire à l'Empereur dans une
question mathématique que l'Empereur trouvait embarrassante: «Il n'y a
cependant rien de plus facile, c'est l'affaire d'un enfant.» Tout le
monde fronça les sourcils. L'Empereur resta calme. Un moment après, il
prit l'enseigne Taillade corps à corps et, en se jouant, sans aucune
altération de paroles, il mit à nu toute l'ignorance de cet officier.
L'Empereur se leva de table avant d'avoir pris le café. Le déjeuner ne
s'était pas distingué par la gaieté; le général Bertrand n'avait pas
ouvert la bouche. J'allais me retirer. L'Empereur m'appela, il me
conduisit à une croisée. Alors il me parla des mines, je lui offris de
lui donner par écrit tous les renseignements qu'il pourrait désirer. Il
ne me dit plus rien. Je ne l'avais pas contenté.
On prit le café. Après une conversation générale de jaserie, l'Empereur
m'appela de nouveau et je le suivis dans une pièce contiguë au salon. Il
commença à me parler ainsi: «La bande tricolore aurait fait crier,
d'ailleurs je ne pouvais guère m'éloigner du pavillon des Appiani.»
J'étais aux antipodes de ce début. Toutefois, je lui répondis avec
émotion qu'il ne devait y avoir rien de commun entre lui et la race
infâme des Appiani, et que le crime du premier des Appiani était un
crime pour la punition duquel le droit public ne pouvait pas admettre
une péremption. L'Empereur s'arrêta, me regarda fixement, et il resta
plusieurs minutes sans ouvrir la bouche. Son oeil brûlant semblait
chercher à voir ce qui se passait dans mon âme. Il reprit la parole en
me demandant si je voulais rester avec lui: je lui répondis que je ne
demandais pas mieux que de pouvoir lui être utile. L'Empereur comprit
mal le sens de mes paroles: il crut que je voulais lui faire entendre
qu'il avait besoin de moi; il reprit avec un ton d'humeur: «Je ne vous
demande pas si vous pouvez m'être utile, je vous demande si vous voulez
continuer votre administration.» Il ajouta: «Je suis un vieux troupier,
je vais droit au but. Restez-vous ou ne restez-vous pas?» Je me sentais
prédisposé à un langage en rapport avec le verbe haut de l'Empereur,
mais l'Empereur était exilé. Je lui dis comme décision «que je ferais ce
qu'il voudrait». Il sortit: je le laissai sortir. Je crois que nous
n'étions pas très contents l'un de l'autre. L'Empereur était resté son
maître, mais j'étais également resté le mien.
L'Empereur voulut se promener: j'allai me promener avec lui. Il marcha
du côté de la place où l'on dépose le minerai de fer. À peine avait-il
débouché sur cette place, que tous les employés, suivis de la
population, se jetèrent à ses pieds, et, à genoux, lui présentèrent une
pétition pour le supplier de me conserver dans mes fonctions
d'administrateur général. Je fus humilié que l'Empereur pût penser que
j'avais pris un détour pour lui forcer la main, et dans un paroxysme de
mauvaise humeur, sans cependant avoir l'intention de l'offenser, je lui
dis: «_Monsieur_, je vous prie de croire que je suis étranger à cette
démarche déplacée.» L'Empereur me dit avec confiance que je n'avais pas
besoin de pâlir pour lui en donner l'assurance. En effet, j'étais pâle.
Le général Dalesme me fit remarquer que j'avais dit _Monsieur_ au lieu
de dire _Sire_; je n'en savais rien. Du reste, durant cette journée, je
m'étais distingué en gaucheries de cette espèce, et j'avais plusieurs
fois appelé l'Empereur «Monsieur le duc» ou «Monsieur le comte». Je ne
crois pas que cela eût offensé l'Empereur. Car tout prouvait que ce
n'était qu'une maladresse. L'Empereur ne donna aucune parole positive
aux employés.
L'Empereur était monté à cheval à cinq heures du matin: mais il semblait
ne se délasser qu'en ajoutant à ses fatigues. C'était, dans toute
l'étendue du mot, un homme infatigable. Il voulait savoir comment on
lançait les bâtiments à la mer, comment on les tirait à terre, et
quelles mesures l'on prenait contre le mauvais temps. Je fis lancer un
bâtiment à la mer; je le fis immédiatement tirer à terre. Cette double
opération intéressa l'Empereur; il donna des avis pour la faciliter, ses
avis manquaient d'expérience; il en convint. Lorsque je me rapprochai de
l'Empereur, il me dit: «L'on vient de me raconter que vous aviez souvent
couru des dangers imminents (sic) pour détourner les malheurs qui
menaçaient les marins.» Et cette fois, il me parla avec beaucoup
d'aménité. Cette aménité continua pendant toute la promenade.
Mais la promenade ne se borna pas à une marche stérile. L'Empereur
m'accabla de questions sur le service militaire des côtes, sur l'utilité
de l'armement de Palmajola, sur les communications avec cet îlot, et
comme, en lui répondant, je regardais assez souvent le général Dalesme,
il me dit en plaisanterie: «Ce n'est pas pour instruire le général
Dalesme que je vous fais toutes ces demandes.» Pendant la guerre, afin
d'éviter des surprises nocturnes, j'avais beaucoup surveillé la défense
de mes rivages, quoique ce ne fût pas là mon affaire, et, certainement,
d'après son langage, on en avait rendu compte à l'Empereur. Le général
Dalesme lui raconta ma levée en masse contre le général anglais. Cela le
fit bien rire.
Nous étions rentrés. J'engageai l'Empereur à se rafraîchir; il hésitait,
je le pressai, il se laissa aller. Il trempa un biscuit dans du vin de
Malaga. Il nous apprit «qu'il était assez friand de ces sortes de
rafraîchissements».
J'étais plus à mon aise; le général Dalesme était plus content. Tout à
coup, il y eut apparence qu'un autre orage allait surgir: du même ton
que l'on parle de quelque chose de peu d'importance, l'Empereur me dit:
«Mais vous avez écrit contre moi!» et comme il faisait toujours en
pareille circonstance, il me regarda avec des yeux d'aigle. Cette
question pouvait m'interloquer, car elle reportait les souvenirs de
l'Empereur sur un événement politique qui s'était passé il y avait une
quinzaine d'années, et l'Empereur n'avait pas du tout paru me connaître,
même de nom. Toutefois, je lui répondis qu'on l'avait trompé, et que
j'étais en mesure de le lui prouver. Ma réponse décidée parut lui faire
plaisir.
Le retour fut agréable. L'Empereur causa facilement. Sa causerie était
empreinte de ces choses dont on garde la mémoire. Il s'arrêta en face de
la forteresse de Volterrajo: il voulait y monter. Le général Dalesme et
le maire de Rio-Montagne lui représentèrent vivement que le sentier qui
y conduisait était trop scabreux. Je me taisais; il me questionna, et je
lui dis que c'était une visite qu'il devait faire dans l'une de ses
courses matinales. «Soit pour la course matinale», ajouta-t-il. Alors il
profita de sa halte en dévorant de plaisir l'admirable horizon qui se
déployait à ses regards. Il m'interrogea sur toutes les points qui le
frappaient le plus. Il me demanda quelle était la position précise des
escadres qui avaient bombardé Porto-Ferrajo. Le maire de Rio-Montagne
chercha à lui faire connaître les choses extraordinaires que les
traditions populaires racontaient sur Volterrajo. Mais l'Empereur
l'interrompit en lui répétant ce vers italien:
_A tempi antichi quando i buoi parlavano._
L'Empereur descendit de cheval pour traverser le golfe en bateau. Au
moment où il allait s'embarquer, le maire de Rio-Montagne lui demanda la
permission de prendre congé, et, mettant un genou à terre, il lui baisa
la main en lui adressant ce verset de l'hymne ambroisienne: _In te,
Domine, speravi_. Le général Dalesme, indigné de cette cérémonie
d'esclavage qu'il considérait comme une tromperie de révolté, se tourna
vers le maire, et, en appuyant sur chaque syllabe, il lui dit: «Vous
êtes une canaille d'une fameuse espèce!» L'Empereur, qui avait fait un
mouvement pour éviter le baisemain, parut ne pas avoir entendu le
général Dalesme, et il détourna la tête.
Je saluai l'Empereur. Je rentrai au sein de ma famille, mais en
commettant une faute d'étiquette à laquelle j'étais loin de penser que
l'Empereur avait fait attention. Rien n'échappait à l'Empereur dans les
grandes comme dans les petites choses, et lorsque je l'eus quitté, il
dit au général Dalesme «que je ne m'était pas gêné pour m'en aller»; ce
qui signifiait que j'aurais dû l'accompagner jusqu'à sa demeure.
L'Empereur avait raison: toutefois, il faut avoir un peu d'indulgence
pour le noviciat d'un vieux républicain qui se trouvait tout à coup
transplanté dans un monde nouveau.
C'était le 5 mai!... Jour qui devait devenir plus tard un jour de deuil
pour notre gloire nationale.
Sous le prétexte de s'entendre avec moi pour la prise de possession des
mines, le général Drouot vint me trouver dans la soirée, et, en présence
de mon épouse, il me pressa vivement de ne pas quitter ma place: je lui
donnai ma parole. Il n'y eut pas d'autre nomination ni d'autre
engagement. Le général Drouot dit à mon épouse: «Madame, vous vivez
patriarcalement, et, si vous me le permettez, je viendrai souvent être
le témoin de vos vertus de famille.» Dès lors, notre intimité fut
établie.