Le séjour est morne sur cette grève, où seuls les hangars des

factoreries rappellent le monde civilisé. Néanmoins la captivité est

supportable. Peut-être même cette période de calme entre notre existence

africaine et la vie d’Europe nous serait-elle salutaire. Elle nous

laissait aussi l’espoir d’être rejoints, avant le départ pour France,

par notre compagnon M. le lieutenant Braulot. Le 4 août, en effet, il

arrivait après avoir heureusement accompli son programme de retour par

le Barabo, l’Anno et l’Indénié.

Somme toute, les résultats du voyage, sans être aussi complets qu’on eût

pu le souhaiter, avaient une importance considérable. Sans doute, les

travaux de délimitation entre nos territoires et les possessions

anglaises de la Côte d’Or avaient dû être suspendus dès le début des

opérations, à la suite du refus du commissaire britannique de se

conformer aux termes du protocole intervenu entre les cabinets de

Londres et de Paris, avant d’en avoir référé à son gouvernement[7].

Mais, en revanche, la deuxième partie de la mission était féconde en

résultats. Nos itinéraires couvraient un parcours d’environ deux mille

kilomètres, dont près de cinq cents en pays inexploré jusqu’ici. Nous

venions de consolider nos relations avec les centres commerciaux de

Bondoukou et de Kong, et de placer sous le protectorat français les

vastes régions du Diammala.

Notre insuccès dans le Baoulé, imputable surtout au mauvais vouloir de

nos porteurs, n’avait rien de grave, l’exploration de ce pays, encadré

désormais dans nos possessions, pouvant être reprise et menée aisément à

bien avec un personnel plus dévoué[8].

Nos porteurs ? Ils sont maintenant employés à charrier des briques, à

broyer le mortier pour la construction de la nouvelle Résidence dont on

termine les fondations. Trente jours de travaux publics, voilà ce que

nous avons demandé qu’on leur infligeât pour châtier leur mutinerie et

leur désertion qui ont failli nous être fatales. La peine est légère, et

j’ajouterai qu’ils s’en soucient médiocrement. Rentrer dans leurs

villages un peu plus tôt, un peu plus tard, que leur importe, du moment

qu’ils sont nourris et ne marchent plus dans l’inconnu !

Parlerai-je de l’avenir réservé à ces contrées ? En pareille matière, il

est toujours imprudent de jouer au prophète. Il semble toutefois que la

situation présente, si modeste soit-elle, nous autorise à augurer

favorablement du lendemain. Le trafic est limité à l’embouchure des

rivières et aux rives de la lagune. Et cependant, telle est déjà son

activité, que cinq factoreries se sont établies sur cette plage hier

encore déserte. Chaque mois une quinzaine de navires y font escale, et

les droits de douane ont donné pour les exercices 1891-1892, _toutes

dépenses payées_, un reliquat de 614,000 francs. Et il ne s’agit ici que

du seul poste de Grand-Bassam. Que sera-ce lorsque toute cette Côte

d’Ivoire, 600 kilomètres de littoral, sera en relation d’affaires avec

l’intérieur ? Il suffirait que les caravanes de Kong pussent y arriver

librement. A l’heure actuelle, elles ne dépassent pas Attakrou,

craignant de voir leurs pirogues arrêtées, rançonnées par les riverains

du Comoé. Il en résulte qu’en ce village, à dix journées à peine de

Grand-Bassam, les marchandises apportées par les traitants noirs sont

toutes de provenance anglaise et viennent à dos d’homme de Cape-Coast,

situé à quarante jours de marche. Rien de plus simple cependant que

d’assurer la sécurité du transit sur le Comoé. Deux équipes de laptots

suffiraient à la police. Il n’y a pas à brûler une amorce. Nous-mêmes,

avec les faibles moyens dont nous disposions, avons réussi à régler de

fâcheux incidents, en quelques heures, sans coup férir. Ajoutez quelques

petits postes dans le Sanwi et l’Indénié, uniquement pour diriger

l’ouverture ou l’amélioration des chemins. Que de fois les chefs nous

l’ont demandé, s’écriant : « Envoyez-nous des hommes pour nous conduire,

et nous ferons les routes. »

Il s’agit ici d’une prise de possession essentiellement pacifique. Ces

populations n’ont que des qualités passives qu’il convient de savoir

utiliser. Tout cela aurait pu se faire déjà ; mais les agents de Grand-

Bassam ne sauraient encourir, à cet égard, le moindre reproche. Ces

retards sont plutôt la conséquence de la fiction administrative qui

reliait la Côte d’Ivoire à nos possessions des Rivières du Sud,

distantes de 2,000 kilomètres. L’initiative d’un gouverneur ne saurait

s’exercer de si loin par l’intermédiaire d’un sous-ordre. Elle doit se

manifester sur place, directement. Au surplus, il s’agit moins ici

d’administrer que d’ouvrir, au préalable, les voies commerciales.

L’œuvre n’est pas de celles qu’on dirige du fond de son cabinet. Le rôle

des représentants de la France, pour le moment du moins, est de se

montrer à l’intérieur, de capter la confiance des chefs et des peuples.

Mais à quoi bon insister ? La question est trop simple pour qu’on hésite

à la trancher[9]. De sa prompte solution dépendra le développement d’une

possession qui non seulement n’aura pas coûté un centime à la métropole,

mais donne dès aujourd’hui autre chose que des espérances.

J’ai dit possession et non colonie ; ce dernier terme impliquerait

l’idée de peuplement, et nous ne parlons que d’une exploitation. Mais, à

ce point de vue, la position nous paraît de premier ordre. Quiconque

pénétrera comme nous au cœur de ces contrées n’hésitera point à affirmer

que la France occupe ici l’une des situations les plus avantageuses de

la côte occidentale d’Afrique.

Cette conviction suffirait à nous dédommager des vicissitudes de la

route, des peines endurées. Mais avons-nous vraiment souffert ? Du

moins, ce genre de souffrance n’a-t-il pas son charme ? Il en est des

tribulations du voyage comme de ces cimes escarpées que nous voyons, le

soir, rester longtemps lumineuses au-dessus de la plaine noyée d’ombre.

Sur l’horizon de nos souvenirs, sur le fond un peu gris de l’existence

quotidienne, elles se détacheront toujours nettes. Et qui sait ? Parfois

peut-être on se dira : « Ces jours-là seulement j’ai vécu ! »

APPENDICE

(EXTRAIT DU _Temps_ DU 11 SEPTEMBRE 1893.)

* * * * *

Le gouvernement anglais vient de déposer sur le bureau de la Chambre des

Communes le texte de la convention franco-anglaise conclue, le 12

juillet dernier, pour compléter les conventions du 10 août 1889 et du 26

juin 1891, et pour fixer la frontière entre la colonie française de la

côte d’Ivoire et la colonie anglaise de la côte d’Or.

On se souvient qu’une commission mixte franco-anglaise avait été

désignée en 1891 pour procéder, sur place, à l’établissement de cette

frontière conformément à ces deux conventions. Le commissaire français

était le capitaine Binger, qu’accompagnaient le docteur Crozat, le

lieutenant Braulot et notre collaborateur Marcel Monnier ; le

commissaire anglais était le capitaine Lang. Mais le texte de la

convention de 1889 n’était pas d’une grande précision, et il prêtait à

des interprétations très différentes.

La frontière, y disait-on, qui a pour point de départ Newtown sur la

côte, devait suivre « la lagune de Tendo et celle d’Aby jusqu’à Nougoua.

A partir de Nougoua, le tracé de la frontière sera établi en tenant

compte des traités respectifs conclus par les deux gouvernements avec

les indigènes. Ce tracé sera prolongé jusqu’au 9e degré de latitude

nord. »

C’est pour ce motif qu’en 1891 une seconde convention vint préciser la

première afin de déterminer la valeur des « traités respectifs conclus

par les deux gouvernements avec les indigènes ». C’est ainsi que la

frontière, à partir de Nougoua, devait se diriger vers le nord en

laissant le Sanwi et l’Indénié à la France, le Broussa, le Aowin et le

Sahué à l’Angleterre. Plus au nord, la ligne frontière devait passer à

10 kilomètres à l’est de la route d’Annibilékrou à Bondoukou et gagner

la Volta en plaçant le territoire de Bondoukou dans la sphère d’action

de la France.

On pouvait supposer avec ce commentaire que les capitaines Binger et

Lang allaient pouvoir exécuter facilement la mission qui leur était

confiée. Mais, dès les premiers jours, on constata que le commissaire

anglais, jugeant les intérêts de la colonie de la côte d’Or compromis

par ces arrangements, voulait, dans l’interprétation des textes, arriver

à repousser vers l’est la frontière française. Tout d’abord, un conflit

s’éleva sur l’attribution de la ville même de Nougoua. « _A partir de_,

disait le capitaine Lang, ne veut par dire que le village soit français.

Dès lors, j’en revendique la propriété pour l’Angleterre. » Il fut

impossible ensuite de s’entendre sur les limites des territoires

dénommés dans la convention explicative de 1891. Tel village perdu dans

la forêt équatoriale relevait-il du chef de Broussa et, par conséquent,

était-il anglais : ou bien, au contraire, appartenait-il à la France

comme tributaire du chef de Sanwi ? Les contradictions s’accumulèrent au

point que la rupture fut inévitable. Le capitaine Binger et le capitaine

Lang s’en allèrent en exploration chacun de leur côté, et M. Marcel

Monnier a raconté, ici même, le voyage si intéressant qu’il a fait avec

le commissaire français à Kong et dans la vallée du Comoé.

Les explorateurs revinrent en Europe et communiquèrent à leurs

gouvernements les résultats de leurs missions. Des négociations

s’engagèrent alors à Paris entre MM. Phipps et Crowe, de l’ambassade

d’Angleterre, et MM. G. Hanotaux, directeur des consulats au ministère

des affaires étrangères, et J. Haussmann, chef de division à

l’administration des colonies. Il résulta de ces pourparlers que le

capitaine Binger avait parfaitement accompli son devoir en résistant aux

prétentions de son collègue, puisque la convention qui fut signée le 13

juillet nous donne entièrement satisfaction.

Ainsi, le village de Nougoua reste en notre possession, de sorte que la

frontière, après avoir suivi la lagune et le fleuve Tanoé, quitte ce

fleuve à cinq milles en amont de Nougoua. De là, la frontière se dirige

vers le nord, passe par le sommet de la colline de Ferra-Ferrako et

atteint la rivière Boi ou Bogne, affluent de droite du Tanoé, à deux

milles au sud-est du village de Bamianko qui reste à la France. A partir

de ce village, c’est le thalweg de la rivière Boi, dont le cours est

orienté de l’ouest à l’est, qui sert de frontière, jusqu’au village

d’Edoubi ou Dibi. Au delà, la frontière est moins précise, parce que la

carte de ces régions, essentiellement forestières, n’est pas aussi

exactement relevée qu’aux environs de Nougoua et de la rivière Boi.

Aussi la convention se borne-t-elle à dire que la limite passera à 16

kilomètres à l’est du village de Iaou, situé sur la rivière Bia qui se

déverse dans la lagune d’Elby, et à un kilomètre au sud du village

d’Abourouferrassi qui appartient à la France. C’est ainsi que le

territoire français de l’Indénié se trouvera séparé du territoire

anglais de Sahué.

Comme Abourouferrassi est à plus de deux cents kilomètres de la côte, il

ne semble pas utile, en ce moment, de mieux fixer une frontière qui

traverse des forêts presque impénétrables. Ce que l’on veut, par des

conventions de cette nature, c’est s’assurer des facilités de

communication entre l’intérieur et la côte. On conçoit, dès lors,

pourquoi dans l’acte du 12 juillet dernier on se borne à reproduire une

clause de la convention du 26 juin 1891 plaçant la frontière à 10

kilomètres à l’est de la route conduisant directement d’Annibilékrou —

village situé à 20 kilomètres environ au nord d’Abourouferrassi — à

Bondoukou, ce grand centre commercial avec les chefs duquel le capitaine

Binger a conclu en 1888 un traité de protectorat.

A quelques kilomètres au sud de Bondoukou, s’arrête la forêt dense. On

est là en pays découvert, en région peuplée et civilisée. La frontière

assure à la France et aux habitants de Bondoukou le libre accès dans la

boucle du Niger, en se tenant toujours à 10 kilomètres à l’est de la

route commerciale qui va de Bondoukou à la Volta noire ou occidentale,

en passant par Sorobango, Tambi, Takhari et Bandagadi. C’est entre

Bandagadi et Kirhindi que la frontière atteint la Volta, qu’elle suit

dans la direction du nord jusqu’au 9e parallèle. A partir de ce point,

les limites restent indécises et ne seront fixées que le jour où, à la

suite des voyages de leurs explorateurs, la France et l’Angleterre

pourront fixer leur sphère d’influence dans la boucle du Niger.

On enregistrera avec plaisir, en France, l’accord qui vient de mettre

fin aux difficultés si malencontreusement suscitées par le capitaine

Lang, et si un vœu pouvait être exprimé, c’est que la France et

l’Angleterre règlent au plus tôt une affaire semblable soulevée, presque

en même temps, à propos de la délimitation de Sierra-Leone et de la

Guinée française.

TABLE DES GRAVURES

* * * * *

Pages.

Portrait de l’auteur Frontispice

Le docteur Crozat, mort au Soudan (1892) VI

Le capitaine Binger et le lieutenant Braulot, camp 16

d’Afforénou (janvier 1892)

Jeunes femmes d’Assinie (côte d’Ivoire) 42

Alfred 50

Akassimadou, roi de Krinjabo, et sa cour 60

Dame de Krinjabo à sa toilette 64

L’arbre des Palabres à Krinjabo 70

Iébiénié, chef des captifs du roi de Krinjabo 84

Fiencadia, chef de N’Gakin et d’Assuakourou 102

N’Gakin (Sanwi) 106

L’instrument de Molière au pays noir 110

Le médecin de N’Kossa et sa femme 116

Arbre tombé (forêt du Sanwi) 124

Un village de la forêt (Adouakourou) 128

La case de Kofi, chef d’Abengourou 138

Sentier de forêt dans l’Indénié. Indigènes allant 142

laver la terre aurifère

Peseurs d’or 148

Case des fétiches à l’entrée d’un village (Indénié) 156

Poupées-fétiches 160

Bondoukou vu du sud-est 170

Ruelle devant la maison de Sitafa (Bondoukou) 176

Un coin du marché (Bondoukou) 182

Une visite chez Sitafa 186

Captives de Sitafa (Bondoukou) 190

Arbre rampant. — Village de Kagoué (pays Pakhalla) 194

Kawaré (pays de Kong) 198

Une mosquée de Kong 204

Une emplette. — Marché de Kong 210

Angle de rue (Kong) 218

Dans la rue (Kong). — Quelques passants 222

Tisserands colportant leurs étoffes dans les faubourgs 228

de Kong

Kong. — Une place dans le quartier de Kourila 230

Dans le quartier Dioula. — Ouandarama (Djimini) 234

Marchande de dolo, Dakhara (Djimini) 240

Femme de Satama (Diammala) 248

Un palabre 254

Village ganne (frontière du Baoulé) 260

Le chef de Zouépiri 266

Le Comoé à Kabrankrou 272

Les filles de Bénié Couamié, roi de Bettié 278

TABLE DES MATIÈRES

* * * * *

Pages.

A Monsieur le capitaine Binger I

I. — De Marseille à la Côte d’Ivoire 1

II. — Assinie 37

III. — Krinjabo 55

IV. — Premiers bivouacs 72

V. — Villages de la forêt 99

VI. — Trois mois dans la brousse 125

VII. — Namarou 161

VIII. — Chez Sitafa 171

IX. — Pays de Kong 189

X. — Kong 203

XI. — Le camp royal 219

XII. — Djimini et Diammala 231

XIII. — Arrêtés dans le Baoulé 249

XIV. — Sur le Comoé 268

APPENDICE 293

* * * * *

PARIS. TYP. DE E. PLON, NOURRIT ET Cie, RUE GARANCIÈRE, 8.

NOTES :

[Note 1 : Ces craintes ne furent pas justifiées. La mission a été assez

heureuse pour rapporter de la Côte d’Ivoire et du Soudan un millier de

photographies. Exposées d’abord à l’École nationale des Beaux-Arts,

elles figurent actuellement à l’Exposition permanente des Colonies, au

palais de l’Industrie. M. Claude Bienne leur a consacré un intéressant

article dans la _Revue hebdomadaire_ (10 décembre 1892.)

(_L’éditeur._)]

[Note 2 : La situation n’est plus la même actuellement. Assinie

désormais aura, comme Grand Bassam, sa canonnière de lagune. La

surveillance de la côte est assurée par un aviso colonial, le _Capitaine

Ménard_.

(_L’Editeur._)]

[Note 3 : Voir à l’_Appendice_.]

[Note 4 : Vin de palme.]

[Note 5 : Bière de mil.]

[Note 6 : La gamme des formules de politesse : Merci, bonjour, Dieu vous

garde, Dieu vous donne une nombreuse famille, etc.]

[Note 7 : Voir l’Appendice.]

[Note 8 : Tel a été l’objet de la mission confiée à MM. les capitaines

Marchand et Manet de l’infanterie de marine. Ses débuts furent on ne

peut plus heureux. Elle vient en effet d’obtenir la soumission complète

des chefs de Tiassalé. L’occupation de cette localité, la plus

importante du Baoulé, assure désormais la liberté des communications sur

le cours inférieur du Bandama. Ce fleuve est destiné à devenir, avant

peu, une des principales artères commerciales de nos possessions de

l’Ouest-Africain.

Au moment où ces pages étaient sous presse, nous avions le chagrin

d’apprendre la mort d’un des explorateurs. M. le capitaine Manet s’est

noyé dans les rapides en redescendant à la côte chercher des

approvisionnements. Son corps a été retrouvé et inhumé à Tiassalé. Quant

à M. Marchand, à peine rétabli de la fièvre qui avait mis ses jours en

danger, après avoir rendu les derniers devoirs à son infortuné

compagnon, il se disposait, suivant les nouvelles les plus récentes, à

continuer sa marche vers l’intérieur.]

[Note 9 : Ce vœu a été exaucé. Un décret, en date du 10 mars 1893,

enlevait l’administration de ces territoires au gouvernement des

Rivières du Sud. — Le 20 mars, un autre décret nommait M. le capitaine

Binger gouverneur de la Côte d’Ivoire.]

Note du transcripteur :

Page 67, " s’ouvrent de schambres tapissées " a été remplacé par

" des chambres "

Page 74, " touche sa berge mandite " a été remplacé par " maudite "

Page 144, " chaîne de collines dont l’attitude " a été remplacé par

" l’altitude "

Page 158, " population se range en hémicyle " a été remplacé par

" hémicycle "

France noire (Côte d'Ivoire et Soudan) · 第 18 / 18 段