§ 1.
Le duc d'Anjou à ses agents. 28 mars 1578.
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3.277, fº 7.)
«Instruction de monseigneur aux sieurs de La Rochepot et Despruneaux,
conseillers et chambellans ordinaires de mondit seigneur, envoyez de
sa part vers les sieurs des estats généraux, prince d'Orange, et comte
de Lalaing, et autres seigneurs des Pays-Bas.
»Premièrement, lesdits sieurs remonstreront auxdits sieurs des estats
généraux, prince d'Orange, comte de Lalaing et aultres seigneurs
desdits Pays-Bas, comme mondit seigneur a tousjours eu en singulière
affection les secours et ayde de tous les moyens que Dieu luy a donnez
pour pourveoir à la seureté et conservation de l'estat dudit païs, les
rédimer d'oppression et violence et les maintenir en leurs anciens
privilèges et droicts dudit païs; ce qu'il a cy-devant démonstré, et
encores à présent, recognoissant la nécessité des affaires, il désire
plus que jamais obliger à luy lesdits estats généraux, princes et
seigneurs dudit païs par bons offices, prenant leur faict en sa
protection et sauvegarde.
»Satisfaisant aux lettres que ledit sieur comte de Lalaing a escrites
à Son Altesse et instructions à elle envoyées de sa part par le sieur
de Linsart, mondit seigneur envoyé lesdits sieurs de La Rochepot et
Despruneaux, ses conseillers et chambellans ordinaires, pour
l'assurer, en premier lieu, de son affection et bonne volonté en son
endroict, et recevoir les villes que ledit sieur comte a promis
délivrer et mettre ès mains de mondit seigneur; ce qu'il désire estre
promptement effectué afin de pourveoir aux remèdes nécessaires pour le
soulagement dudit comte et conduite de l'armée que mondit seigneur
entend y amener, deux mois après la délivrance desdites villes et
places, ladite armée composée de, etc., etc., etc.
»Mondit seigneur entend, lorsque lesdites villes seront en sa
possession, mettre dans icelles les garnisons qu'il avisera bon estre,
et y établir les gouverneurs à sa dévotion; demeurant néantmoins ledit
comte de Lalaing, lieutenant-général de mondit seigneur, audit
pays.....
»Et, pour le regard de monsieur le prince d'Orange, lesdits sieurs de
La Rochepot et Despruneaux l'asseureront de l'affection et bonne
volonté que Son Altesse luy porte, ne desirant rien plus, en ce monde,
que de le maintenir et conserver en sa religion, et tous autres qui en
font profession, et avec telle liberté et asseurance qu'ils sçauroient
désirer pour la manutention et exercice d'icelle, et mesme
d'entretenir, garder et faire garder inviolablement le traité et
accord fait avec luy à Gand, etc., etc., etc.
»Lesdits sieurs de La Rochepot et Despruneaux appèleront avec eux, en
leurs négociations, lesdits sieurs de Mondoucet et Dalfiéran, qui sont
instruits, de longue main, des affaires dudit païs.
»Lesdits sieurs de La Rochepot et Despruneaux feront instance à ce que
mondit seigneur _soit esleu et déclaré souverain desdits païs_; et où
ilz ne vouldroient accorder ledit titre, après plusieurs remonstrances
à eux faites pour les persuader de l'honorer de ce titre, comme chose
qu'ils désirent, mondit seigneur se contentera du titre de
_protecteur_ dudit païs.
Fait à ..... le 28e jour de mars 1578.
»FRANÇOYS.»
§ 2.
Guillaume de Nassau à Despruneaux. 26 avril 1578.
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol, 3,277, fº 14.)
Monsieur, je désireroys bien aussi de pouvoir privément communiquer
avec vous de ce qui me semblerait convenir pour le bien et repos des
consciences, dont je pense que principalement dépend la tranquillité
de ce pays, comme aussy de la France; à quoy je sçay qu'il n'y a
prince, en la chrestienté, qui nous y peut tant ayder que monseigneur
d'Alençon. Ce n'est pas une opinion qui soit d'un jour ou de deux crue
en mon esprit; car il y a jà longtemps que j'en suis résolu; et
encores à présent je demeure en la mesme opinion. Je vous remercye
cependant _de la bonne assurance que vous me donnez de la volonté de
Son Altesse_. De ma part, pour l'humble service que je désire faire,
toute ma vie, à mondit seigneur, je m'emploieray très volontiers à
tout ce que Son Altesse jugera estre pour l'advancement de sa grandeur
et le bien de ce pays; vous remerciant affectueusement de ce qu'il
vous a pleu m'envoyer visiter et m'escrire; vous asseurant que je
seray tousjours bien prest de vous faire plaisir et service, où il
vous plaira de m'emploier, tant pour l'amour de monseigneur, vostre
maistre, que pour l'amour de vous en particulier; qui sera l'endroict
où, après m'estre recommandé affectueusement à voz bonnes grâces, je
prieray Dieu, monsieur, de vous donner, en santé, bonne et longue vie.
De Anvers, ce 26 avril 1578.
»Vostre très affectionné amy, à vous faire service,
»GUILLAUME DE NASSAU.»
§3.
Despruneaux à Guillaume de Nassau. 22 juin 1578.
(Groen van Prinsterer, _Correspondance_, 1re série, t. VI,
p. 399.)
»..... Monseigneur, vous croirés que tout ce que j'ay dans mon coeur
est franc, et que le fondement de tout ce de quoy je me mesleray
jamais sera premièrement à la gloire de Dieu (car, si je ne cuidois
Son Altesse dutout induicte au repos et résolue à la conservation de
l'une et l'autre religion, toutes les puissances ne m'en feroient
mesler), et après à la grandeur et maintien de vous et de vostre
maison. Je suis marry que je n'ay pu estre crû comme sincèrement j'ay
parlé sur les trois faits alléguez, le premier pour la gloire de Dieu,
le second pour la gloire de mon maistre, et le tiers pour la
vostre..... Monseigneur, je désireroys que Son Altesse vous envoyast
quelques-uns des siens qui vous fûst plus agréable que je ne suis,
mais il ne pourroit un plus homme de bien et qui vous parlast plus
franchement. Il y a maintenant près de Son Altesse monsieur de Lanoue,
je serois très ayse qu'il fûst icy, je ne doubte qu'il ne vous soit
plus agréable avecq très grande suffisance. Je serai très ayse, très
content et satisfait, quand, par qui que ce fust, cest affaire se
puisse acheminer au bien que je désire..... Je ne me puys départir
d'icy, combien que j'en eûsse occasion, pour l'espérance que j'ay que
Son Altesse viendra, et que vous serez celuy qui luy ayderez luy
mestre trois couronnes sur la teste, après avoir esté cause de l'avoir
fait venir.--Mons, 22 juin.
§ 4.
Guillaume de Nassau à Despruneaux. 26 juin 1578.
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3.277, fº 42.)
«Monsieur, la venue de M. de Dampmartin, envoïé de la part de
monseigneur d'Anjou, m'a empesché de vous respondre, combien qu'à sa
venue, je fusse sur le point de vous escrire. Quant à ce que vous
m'escripvez par les premières et secondes lettres, je ne puis le
trouver mauvais, venant de votre part, m'assurant que vous désirez,
faisant le service de monseigneur, vostre maistre, me faire aussy
plaisir. Mais je crois qu'il y a autant d'occasions, de vostre part,
de se plaindre de ce que nous n'avons pas esté crus, que vous estimez
en avoir occasion, de vostre costé. Quant à ce qui me touche, je vous
prie de croire que, partout où je verrai, faisant service aux estats,
avoir moïen de monstrer combien j'ai envie de faire cognoistre à
mondit seigneur que je luy suis affectionné serviteur, je serai
toujours très aise de le faire. Ledit sieur de Dampmartin a esté ouï,
aux estats, et on a requis qu'il donne par escript ce qu'il a proposé;
ce que j'espère qu'il fera, et que messieurs les estats luy donneront
responce dont il aura occasion de se contenter. A tant, après m'estre
affectueusement recommandé à vos bonnes grâces, je prieray Dieu,
monsieur, de vous tenir en sa saincte et digne garde.
»En Anvers, ce 26 juin 1578.
»Vostre bien bon amy, à vous faire service,
»GUILLAUME DE NASSAU.»
§ 5
Le duc d'Anjou à Guillaume de Nassau. 13 juillet 1578.
(Groen van Prinsterer, _Correspondance_, 1re série, t. VI,
p. 404.)
«Mon cousin, j'estime qu'avez souffisamment esté adverty des levées
que j'ay faictes en France, pour assister, secourir et ayder messieurs
des estats généraux de ces pays, en leur juste querelle; qui me
gardera vous en escrire aultre chose. Je vous diray seulement que,
estant mes forces prestes à marcher, j'ay donné charge à ung de mes
plus spéciaux serviteurs, que cognoissez, de les assembler en corps
d'armée; et cependant je me suis achemyné par delà avec aucuns de mes
plus confidens et spéciaux serviteurs; espérant que mes susdites
forces me suyvront de près; de quoy je vous ay bien voulu advertir
incontinent, et prier me faire sçavoir de vos nouvelles, qui me seront
tousjours fort agréables, et surtout quand me donnerez quelque
espérance de vous veoir et conférer avec vous des moyens qu'il fauldra
doresnavant user pour réprimer l'audace et insolence insupportable de
l'ennemy; vous assurant, mon cousin, que si vostre commodité pouvoit
permettre de faire un voïage en ceste ville, me semble, soubs vostre
prudent advis, que les affaires se pourroient beaucoup mieux et plus
facilement achemyner, au gré et contentement de l'un et de l'autre...
surtout, mon cousin, je desire que nous ayons bonne intelligence et
correspondance ensemble, afin que marchant d'un mesme pied et zèle,
nous ostions à l'ennemy toute l'espérance qu'il a fondée sur la
division qu'il tâche par tous subtils moyens et inventions de faire
naistre entre nous, laquelle, si ainsy estoit, ne sçaurait apporter
que l'entière ruine et subversion de tout ce pauvre pays, la
conservation et salut duquel dépend, après Dieu, de nostre mutuelle
intelligence, très parfaite union et vraye concorde; de quoy nous
pourrions amplement traiter et discourir, et plus en présence que par
nulle aultre voye; ce que, comme dict est, je remectrai à vostre très
saige et prudent advis, etc.
»Vostre bien bon cousin,
»FRANÇOYS.»
§6.
Promesse faite par le duc d'Anjou à Guillaume de Nassau. 18 août 1578.
(Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3.277, fº 65.)
«Nous, Françoys, fils de France, frère unique du roy, duc d'Anjou et
d'Alençon, en satisfaisant à la promesse faicte par nostre cher et
bien-aimé le sieur de Bussi, premier gentilhomme de nostre chambre, à
monsieur le prince d'Orange, du 9 aoust dernier, promettons, avant que
le traité encommencé entre nous et les sieurs des estats des Pays-Bas
se parface et conclue, que nous n'entreprendrons aucune chose et nous
opposerons à ce qu'on entreprenne contre ledit sieur prince, ny autres
faisant profession de la religion réformée, à cause de ladite
religion, ainsi que nous nous emploierons pour les maintenir
également comme ceux qui font profession de la religion catholique
romaine; comme aussi ledit sieur s'emploiera à ce qu'il ne soit fait
aucune violence par ceux de la religion réformée contre ceux qui font
profession de ladite religion catholique romaine; faisant promesse,
advenant que les estats généraux de ces pays ordonnent qu'en quelques
provinces de ce païs soit permis l'exercice libre de la religion
réformée, nous nous emploierons à ce que les autres provinces qui,
pour certaines raisons, n'auroient pu recevoir ladite religion, ne se
séparent et disjoignent des autres provinces pour cest effect; au
contraire procurerons et emploierons nostre autorité à ce que toutes
les provinces de ces païs se tiendront jointes et unies comme elles
ont esté par cy-devant et premièrement; en quelque état de prééminence
que nous puissions parvenir, nous emploierons nostre autorité et
moïens pour retirer le comte de Buren, fils dudit sieur prince, de la
captivité en laquelle il est détenu, en Espagne, contre les droits et
privilèges de Brabant, en le remettant en sa pleine liberté. Et pour
confirmation de ce que dessus, avons escript et signé ces présentes de
nostre main et scellées de nos armes.
»Donné à Mons, le 18e jour d'aoûst 1578.
»FRANÇOIS.»