II et III

Ces deux pièces sont consacrées à l'éloge de Charles d'Albret que

Christine fait descendre du fabuleux Brutus, qui, suivant la légende,

avait donné son nom à la Grande-Bretagne. On sait que Charles d'Albret

était fils de Arnaud-Amanieu, sire d'Albret, et de Marguerite de

Bourbon, soeur de Jeanne de Bourbon, femme de Charles V. 11 fut nommé

connétable de France en 1402, servit en Guyenne contre les Anglais

(1406-1406), embrassa le parti des Armagnacs, fut destitué (1411) et

rétabli dans sa charge en 1413. Il mourut à la bataille d'Azincourt

où il commandait l'avant-garde le 25 octobre 1416. Ce prince aurait

recueilli en héritage toutes les qualités de son ancêtre Brutus

et paraîtrait aux yeux de Christine le modèle du chevalier le plus

accompli (Voy. encore la ballade XVI), elle exalte surtout son courage

à soutenir la réputation des dames et fait allusion (_Dont vous portez

la dame en verde targe_) à une célèbre association dont il était l'un

des plus fervents compagnons, l'ordre de chevalerie appelé _l'Escu

vert a la dame blanche_ et institué par le maréchal de Boucicaut à son

retour d'Orient le 11 avril (jour de Pâques fleuries) 1399. Les treize

chevaliers de cet ordre avaient juré de défendre l'honneur des dames

envers et contre tous et devaient porter «chascun d'eulx liée autour

du bras une targe d'or esmaillée de verd, a tout une dame blanche

dedans» (Voy. les statuts de cette association dans le _Livre des

faicts du Mareschal de Boucicaut_, Ire partie, chap. XXXIX). Ainsi

que nous l'avons exposé dans la préface de ce volume la défense de

l'honneur des femmes était un des thèmes favoris de Christine de

Pisan, on y peut rattacher également la composition des ballades IV et

XII qui suivent.

Oeuvres poétiques Tome 1 · 第 308 / 339 题