Les pièces suivantes, comprises sous la rubrique de «_Balades de
divers propos_» sont dignes des meilleures poésies du recueil des
_Cent Ballades_; leur nombre s'élève à 53. Toutefois les mss. de la
famille _B_ n'en contiennent que 29; seuls, comme nous l'avons déjà
dit, les mss. _A¹_ et _A²_ fournissent le complément. Il est utile
de faire également remarquer que dans _A¹_, à partir de la ballade
XL (fol. 41 v°), l'écriture se modifie d'une façon très apparente et
n'est plus évidemment tracée par la même main. L'orthographe et la
forme des mots subissent en même temps une transformation contraire
aux règles suivies jusqu'ici par le scribe du ms. Les nouvelles leçons
de graphie affectent la forme qui leur est donnée dans les mss.
_B_, copiés à une époque certainement postérieure. Ce qui paraîtrait
démontrer que ces dernières pièces ont été composées plus tard et
transcrites après coup sur des feuillets laissés en blanc. Le ms.
Harley du Musée britannique, qui contient un plus grand nombre de
ballades que tous les autres mss., renferme deux feuillets blancs
préparés pour recevoir de nouvelles compositions. Du reste les
différentes ballades rassemblées sous le présent titre ne constituent
nullement un recueil composé d'avance et dans lequel on puisse
reconnaître un certain ordre. La diversité des sujets traités,
l'absence complète de tout lien, de toute transition, autorisent, au
contraire, à penser que ces ballades ont été écrites à des époques
assez éloignées les unes des autres, suivant un peu le cours
des événements contemporains qui forment d'ailleurs le thème de
quelques-unes d'entre elles et permettent ainsi de leur assigner
une date certaine. L'ordre chronologique nous paraît avoir été
généralement suivi, et c'est pour ce motif que le ms. Harley, le plus
récent, à notre avis, qui ait été copié directement sur des originaux,
renferme sous la rubrique «_Encore aultres Balades_» des compositions
ne se trouvant dans aucun autre ms., et faisant allusion, comme la
pièce IX, à des faits que l'on ne peut placer qu'entre 1410 et 1415.
Ainsi, même lorsqu'elle eut abordé ses grandes compositions, ses
oeuvres de longue haleine, Christine ne dédaigna pas de rimer encore
quelques ballades quand la circonstance s'en présentait et que ce
cadre convenait à son inspiration.
Presque toutes ces ballades sont d'ailleurs d'un très grand mérite et
permettent de constater le progrès réel accompli par le génie de notre
poète. Les notes placées à la fin du volume feront connaître l'objet
de ces différentes pièces et donneront quelques indications sur les
faits ou sur les personnages historiques auxquels elles se rapportent.