NOUS FÛMES SURPRIS

A Dunoyer de Segonzac.

Ils aperçoivent dans la plupart des ridicules le germe des

vices.

B. Constant.

Nous fûmes surpris, comme nous descendions de Verdun, par la nouvelle

âprement attendue d’un jour à l’autre, depuis quatre ans, soudain

incroyable.

En l’honneur de l’armistice, mon général américain me chargea de

pourvoir à une bâfrée qui restât dans nos mémoires de géants. Je raflai

des bouteilles de champagne et de fine dans une ville de l’arrière. Elle

perdait sa situation: les soldats, qui avaient pu s’y cacher, sentaient

moins leur honte et se réjouissaient timidement de la nouvelle

orientation; tapis longtemps dans la coulisse d’un grand paysage

humain--mille trous, mille traits éphémères, arbres immenses de

fumée--les habitants comptaient leurs profits. Plus tard ils

regretteraient le pittoresque.

La bâfrée eut lieu chez le dernier curé d’un antique village, tandis que

sur la route passaient encore de puissantes caravanes. La cuisinière,

avec un soin infini, où se mêlaient un imperceptible plaisir, une tendre

reconnaissance, un étonnement sans curiosité, une minutieuse ignorance

du génie américain, nous avait préparé deux ou trois plats exquis qui

furent emportés dans des torrents d’alcool.

Trois jours plus tard, je pus venir à Paris en fausse permission. J’y

arrivai après une course à cheval et en auto qui avait brassé mon sang.

Le soir, j’allai au bar recruter des compagnons. Grâce à un camarade de

collège, que je croyais sous terre depuis 1914, je m’accointai avec Guy

La Marche et un autre. Nous dînâmes dans une petite boîte tenue par une

Irlandaise. Elle mangeait ses dernières perles avec le pianiste. Elle

avait eu d’illustres équipages, ils sortaient tout écumeux d’entre les

pieds d’un seigneur autrichien qui avait été tué à la tête de ses

hussards, dans les plaines de Galicie--ô mythes d’hier!

Guy La Marche était lieutenant dans les tanks. Il était grand comme

beaucoup de Français. Ses épaules étaient larges, presque épaisses, mais

tombaient agréablement; sa taille pas assez étroite; ses jambes

suffisamment longues. On se félicitait de voir qu’il avait manqué d’être

très beau mais qu’il avait échappé à cet accident qui l’aurait posé

comme une borne au milieu des hommes. Il avait des mains fortes, des

ongles rognés et le grain de sa peau était imprégné de cambouis. Nous

nous habillions avec une fantaisie coupée de sévérité: tout en gris

ardoise, avec une tache rouge au col, et quelles bottes! profondément

adoucies comme par les caresses le corps d’une femme de quarante ans.

Plus tard, j’ai remarqué ses sourcils peu fournis, toute l’ombre venant

d’une paupière lourde, ses narines, ses lèvres minces, ses cheveux

fragiles couchés très loin au bout d’un front qui se dérobait un peu. Le

teint des hommes d’alors: soleil, pluie, vin, fumée, sueur. Ce soir-là,

je voyais tout à grands traits: un camarade entre autres, si jeune, si

fier.

Ce furent les derniers jours de notre jeunesse. La guerre avait été une

merveilleuse déception. Elle achevait de nous claquer entre les mains.

Nous avions vingt ou vingt-cinq ans, nous enterrions un énorme passé, et

les amis que nous avait d’abord offerts la Destinée et que nous avions

choisis. Rien qui ne fût substitution. Nous tenions la place pour chacun

d’entre nous de ceux qu’il nous aurait préférés. Notre camaraderie de ce

soir était une convention où nous mettions une volonté désespérée.

L’alcool rouvrit les écluses du sang. Bien sûr! nous racontâmes des

histoires de guerre, pauvres histoires tronquées qui tournaient court

dans la mort ou dans l’infamie de l’arrière.

Nous parlâmes des femmes, gauchement. Français, pourtant, nous avions

hérité de la science des corps, sinon des cœurs. On ne l’aurait pas cru;

nous nous rappelions en tâtonnant un sein, une hanche, sans pouvoir dire

des noms jamais sus. Nous avions roulé, nos cœurs étaient des pierres

sans mousse. Toutes ces femmes, frêles aiguilles affolées par ce gros et

long orage! Nous rentrions rincés, avec de drôles de visages qui les

inquiétaient, qui les exaspérèrent.

Ce furent d’étranges soirées que celles-là, où il nous fallut faire nos

premiers pas dans la vie qui décidément était notre lot. Entre hommes

encore, nous errions dans les boîtes de nuit.

Dans un domaine étroit et profond, nous avions accompli des actes. Dans

notre sang qui coulait, nous avions vu un amour prodigieux. Il n’était

pas épuisé. Nous aurions voulu faire quelque chose de plus. Si les

hommes avaient osé, si les femmes avaient su.

Mais tout le monde se tourna le dos. La guerre n’avait été qu’une

parenthèse dans la paix. En notre absence, quelque chose s’était encore

détraqué. Grands enfants que nous étions, nous fûmes pris au dépourvu.

Comme nos aînés, il nous fallut improviser la paix, comme il leur avait

fallu improviser la guerre.

Dans un café-concert de quartier, on resservait de vieilles tempêtes. Il

y avait là, étayée par les faisceaux électriques, debout, une chanteuse

qu’on appelait Impéria. Elle était nue dans une robe noire, elle avait

un beau poitrail de vache qui aurait pu avoir du lait, elle avait des

dents. Le dernier siècle qu’on croyait voir crever, soudain secoué de

délire, se roulait dans sa voix qu’elle faisait râler. Elle portait

toute la tradition: le coup de gueule de 1830, le tour de hanche de

1880. Elle chantait pêle-mêle les petits soldats, les mères qui ne

feront plus d’enfants, la haine des Allemands, l’amour battu. Vieille

nippe fameuse, rebourrée de viande avariée, ventre vaste, cabossé comme

la timbale du timbalier. Les mouches étaient sur cette puissante

charogne: une mare d’Amer Picon, une savane semée de mégots, l’éther qui

sent l’infirmerie de Saint-Lazare.

C’était Guy La Marche qui nous avait amenés dans ce beuglant plein de

familles modestes, de doux permissionnaires, d’amoureux sur qui la sueur

plaquait des mèches. Ce jeune officier taciturne--ou sentencieux, à la

recherche des phrases sobres, dignes des actions passées--nostalgique,

effacé, éclatant en défis obscurs, tout d’un coup je ne le vis plus. Sa

bouche feignait le mépris, mais son regard se perdait dans les charmes

sales qu’Impéria secouait autour d’elle, et y saisissait pour son

plaisir ce qu’ils avaient de plus truqué, de regonflé. Il

l’applaudissait avec un acharnement mauvais.

Je me demandais ce qu’il saluait là de semblable à lui-même.

Nous la ramassâmes à la sortie et nous la poussâmes aux Halles, jusque

dans un bistrot où nous finîmes la nuit entre des ouvriers endormis, des

prostituées qui tenaient dans leur sac le pauvre secret des hommes, et

deux marlous studieux. Nous fûmes ivres.

L’un de nous quatre était littérateur. Cuirassier d’abord, Ablain était

passé, avec son attirail poétique, dans l’infanterie. On l’avait

rencontré un peu partout, dans une ou deux attaques, dans une douzaine

d’hôpitaux, dans les bars remplis de convalescents, dans une expédition

lointaine vers cette poignée d’Allemands qui narguait le monde du côté

de l’Équateur, chez un éditeur. Mêlant les coups de tête à de menues

habiletés, il avait couru après l’héroïsme. Pris au mot par les

événements, plutôt favorables alors à ce genre de prétention, je crois

qu’il s’était trouvé nez à nez quelquefois, au cours de ces quatre ans,

avec le fantôme qui prenait des poses si avantageuses dans ses rêveries

et déclamations, et qu’une ou deux fois il avait tenu bon. Le reste du

temps, il avait tourné le dos, avec cette excuse que s’il avait envie

d’être un héros tous les trente-six du mois, il ne pouvait supporter

d’être un soldat tous les jours.

Ce soir-là, il faisait feu des quatre pieds. Il nous replaçait sa

rhapsodie: «Je suis saoul comme ce tank que j’ai vu un jour d’attaque.

Je dérape, je suis sur le flanc, une fois de plus je me planque. J’ai

raté ma mort, j’étais fait pour mourir à Charleroi en 1914, j’étais fait

pour charger tout en fer à Crécy et perdre la bataille. Vous vous

boyautez en me regardant, je vous parais un ivrogne peu efficace et qui

vomit sa littérature, mais je voudrais vous dire quelque chose. Tout de

même on y a été, il n’y a pas à sortir de là, mes petits gars. On l’a

faite, et comment! Il y a tout de même des mots qui ne sont plus des

mots, qui sont des faits. Faim, froid, sang, merde. Vous avez beau

rigoler, vous ne me retirerez pas que vous avez donné dans ce fameux

panneau. Et ce ne fut pas seulement à votre premier combat que vous avez

eu le feu dans le sang. On vous a rattrapés à d’autres tournants, et à

la sortie des abattoirs, vous aviez froid dans le dos en défilant devant

le général, avec son feuillage d’or et son cheval. Tas de soudards, on

vous a eus! Un signe du chef, et ça court sur une mitrailleuse. Vous

pouvez crâner, maintenant!»

Le ton d’Ablain était insupportable. Au contact des soldats, pour leur

plaire, il avait pris un accent traînard, dont l’affectation

m’inquiétait.

Ablain semblait fort sensible aux approbations de La Marche qui le

fascinait par les étoiles de sa Croix de Guerre. Lui, le pauvre Ablain,

à cause de l’extrême agitation de sa carrière militaire, n’avait

décroché qu’un insigne étranger.

La Marche qui avait bu plus que nous tous, gardait son aplomb, mais je

remarquais qu’il était soulevé par cette éloquence qui, pour s’humilier

en bonne pocharde, n’en était pas moins pleine d’une esbroufe assez

louche.

Il partit avec Impéria. Elle oubliait la vieille femme qui l’entretenait

et qui l’attendait à la maison.

* * * * *

Vers le mois d’avril, j’avais cessé d’être soldat et je me promenais sur

la Côte d’Azur, pas fier. Je me jetai dans les jupes d’une

infirmière-major que j’avais connue quelque part. Elle me fit la

plaisanterie de m’inviter à voir ses blessés. «J’ai un délicieux

lieutenant de tanks, que vous devez sûrement connaître: Guy La Marche.»

Après m’avoir exhibé quelques paysans bretons et sénégalais, les

derniers figurants qu’on avait pu ramasser pour la représentation

d’adieu, sans frapper, elle ouvrit la porte de La Marche, qui était dans

les bras d’une sorte de jeune homme. Elle ignorait ces choses et

continua de les ignorer.

Je regardai le gamin qui pinçait les lèvres: un personnage

conventionnel, n’en parlons pas. La Marche était gêné; moi, je devins

triste. Cette chambre sentait la mort, une mort qui puait un parfum à la

mode.

Il prit sur la table de nuit, entre le revolver d’ordonnance et le

narcotique, un livre d’Ablain qui venait de paraître. Pour établir une

communication entre nous par-dessus la tête de ce tiers, qui était

habillé en artilleur lourd, il me parla de ces poèmes de guerre. Il ne

fit que me déplaire.

Ce fut, une fois de plus, l’ennui de surprendre quelqu’un, dont on

espérait qu’il ne pouvait tirer ses pensées que de soi, comme jadis un

bonhomme tirait de sa cave le vin de sa vigne, courir emprunter des mots

à n’importe qui. Et quelle gêne de voir un gaillard, dont la sûreté des

gestes vous a toujours fait plaisir, tomber dans tous les traquenards du

faux esprit et en sortir un jugement qui cloche.

La Marche avait fait la guerre avec générosité, mais, à cause de

l’improbable artilleur, il n’osait pas les mots simples qui auraient été

brefs et durs. Je m’aperçus qu’il nous ménageait l’un et l’autre. Ses

paroles allaient vers moi, mais une inflexion ironique en détournait

l’effusion loyale. La nonchalance de son corps achevait de les trahir et

m’insultait.

Il était à moitié habillé et vautré sur son lit. Il avait aux jambes ses

belles bottes qu’il regardait au-dessus de sa tête, et aux bras un

pyjama assez sobre. Il était pâle, il avait déjà perdu sa patine

guerrière. Ses yeux, dans cette position horizontale, allongés sous la

paupière bleuie, écoulaient un regard faible.

Je respirais mal. Allais-je rayer de mes papiers ce garçon accepté de si

bon cœur à Paris? Était-il si peu solide qu’il eût glissé sur cette

pelure souillée?

Pourtant, j’aurais bien passé la soirée avec lui. Pour ne pas être seul,

à cause de l’éternelle et bienfaisante curiosité, et parce que sa

silhouette continuait néanmoins de me dire autre chose que ce que je

venais de voir. Il fallait éliminer l’autre. Comment manger un morceau,

et boire un verre, et rire, et ne rien dire devant ce garçonnet aux

joues d’ouate rose?

Nous sortîmes. J’avais une voiture. Je leur proposai d’aller à

Marseille. La Marche prit le volant, le petit se mit derrière et,

pendant quelques heures, nous nous retrouvâmes les camarades que nous

avions été le premier soir.

La Marche était fait pour maîtriser une force, pour appliquer ses

muscles à une tâche. Aussitôt qu’il était en mouvement, il montrait une

sorte de grandeur. D’un seul coup sa figure s’était purifiée, la courbe

de son front n’était plus inquiétante sous la claque du vent, ses yeux

dégainaient des regards précis, le souvenir des aubes parisiennes

s’effaçait de ses joues, son menton achevait mieux son visage.

Point de conversation, mais une mélopée se formait de nos exclamations

dociles aux sobres péripéties de la route. Amusement? Non. Contentement?

plutôt. Joie? Oui. Nous roulions de plus en plus fort. Nous saluâmes

avec confiance la nuit, grande compagne que nous avions perdue depuis le

front. Elle couvrit les détails de son mouvement large: les villages

sortaient à peine de la solitude; entre deux bois d’oliviers, un homme,

dans l’éclat du zinc et des bouteilles multicolores, soulevait un verre.

Nous quittâmes la région des eucalyptus qui sentent fort parmi les

lambeaux de leur écorce. Ce fut la région élevée et désertique qui

entoure Marseille, Afrique déjà austère, pas encore secrète.

Nous entrâmes dans la ville où, parmi le sommeil et la mort, les cinémas

prolongeaient une vie mondiale, faite de sottes amours, de cérémonies

mesquines et des bonds de la jeunesse américaine.

Nous arrivions forts, presque menaçants; dans d’autres circonstances,

nous aurions pu conquérir cette ville. Ce soir-là, nous aurions dû nous

coucher. Nous allâmes au Vieux Port. Nous bûmes parmi des femmes dont la

nudité était un artifice. Elles fumaient, elles lisaient des romans,

elles cousaient, elles parlaient de leurs rêves. Bien que courtoises,

elles ne nous trouvèrent pas gais. Avec d’autres, elles auraient été une

dernière fois des filles de joie. Nous les laissâmes.

La Marche portait sur son épaule le paltoquet. Il le jeta en travers de

son lit. Je les perdais de vue. J’entrai dans ma chambre, je pris un

bain froid, je me couchai et m’endormis.

* * * * *

Le 1er mai 1919, je me baguenaudais dans les rues de Paris, avec Ablain.

Nous attendions la dernière minute pour nous décider entre la révolution

et la réaction. Il n’y eut rien d’éclatant. Une lente réaction,

commencée en Europe depuis plusieurs années, continua ce jour-là comme

les autres, et passa inaperçue.

Nous nous étions arrêtés, déçus, au bord d’un trottoir. Un formidable

coup de trompe vint nous émouvoir. Un autobus s’arrête, devant la pointe

de nos pieds.

Nous levons les yeux: Guy La Marche est au volant. Nous montons dans

l’autobus. A deux cents mètres de là, arrêt brusque. De la plate-forme,

nous apercevons La Marche qui dégringole de son siège. Alors que nous

sommes descendus nous-mêmes, il nous heurte, il nous écarte en jurant et

court vers un charretier qui s’éloigne en brandissant son fouet contre

lui. La Marche, à une allure correcte, les coudes au corps, rejoint

l’homme en quelques foulées, et d’une seule poignée, le descend de son

siège. Il s’écarte un peu, prend position, allonge le bras et le met par

terre.

Pendant ce temps, nos pieds nous ont portés jusqu’au point de chute.

--Qu’est-ce qu’il y a?

A une pommette de La Marche, un bref trait blanc sur fond rouge.

--Le salaud! il m’a foutu un coup de fouet en passant. Ah! mon salaud,

va!

Il est ravi. Ablain, tout ému, a un geste gauche pour relever l’homme

qui est ivre.

Arrivent des gardes municipaux. Nous sommes dans un quartier bourgeois;

une petite foule leur conseille vivement de mettre en boîte cet ivrogne

justement corrigé, car il est plus saoul d’idées que de vin. Quant à La

Marche, on le laissa partir, après qu’on l’eut pris en note.

Comme c’était son dernier voyage, rieur, il nous proposa de l’attendre à

la sortie du dépôt et de l’accompagner chez le commissaire.

--Je voudrais voir ce qu’ils vont faire de mon type. S’ils le repassent

à tabac, le pauvre vieux!

Le commissaire reçut, sans aucune bienveillance, notre ami que nous

suivions avec admiration. Ce jeune bourgeois, infatué de s’être promené

dans la guerre, pourquoi se mêlait-il de défendre l’ordre? Qu’il en

profitât, c’était tout ce qu’on lui demandait. Mais Ablain cita des noms

imposants et, comme il réclamait, soudain hostile à la police,

l’élargissement de son bonhomme, il l’obtint.

Le charretier était rafraîchi; dans la rue, il nous regardait avec

méfiance et ahurissement. Mais il était bien content d’être sorti du

lieu de supplice vers quoi ne le portait plus aucune ardeur.

--Avoue que c’est vache, ce que tu as fait, lui dit La Marche. On ne

fout pas des coups de fouet à un homme... et sans prévenir encore... et

puis en se débinant après.

--Ben oui, mais ce n’est pas votre métier.

--Ce n’est pas une raison pour me fouetter!

--Ben oui; mais vous ne faites pas votre métier. Pourquoi que vous vous

mêlez de ce qui ne vous regarde pas?

--Mais si, mon vieux, ça me regarde.

--Faut laisser les travailleurs.

--Vous laissez tout tomber.

La Marche opposa tant bien que mal des bouts d’arguments tirés de son

journal à ceux que son adversaire tira du sien. Mais ses manières

étaient aisées, même ce tutoiement qui m’était pénible. L’autre

s’amadouait.

Nous le laissâmes surpris de ce Premier Mai soudain rempli par une

expérience et non par des mots.

Ensuite Guy me prodigua ses opinions. Je tâchais de les démêler.

Guy était réactionnaire. Du moins, le croyait-il. Et c’était vrai dans

le sens intermittent du mot. Il était aussi incapable de manifester ses

préférences profondes par des actes suivis et réglés que de les renier

par un geste délibéré. Si relâché qu’il parût au courant des jours, on

s’apercevait de temps à autre qu’il était encore attaché aux principes

qui avaient nourri ses parents. Il réagissait selon ces principes, par

un instinct affaibli aux seules possibilités de la défense, dans des cas

isolés et parfaitement contradictoires avec d’autres cas où il ne se

montrait nullement conséquent avec ses origines, mais où, n’ayant

d’autres guides que ses sens en désordre, il s’engageait dans des voies

dangereuses, comme un aveugle rebelle et perdu qui ne voudrait plus se

fier qu’au son que fait sourdre sa canne d’un mur délicieux.

Engoncé de telle manière, il ne pouvait prononcer ni supporter une

parole qui touchât à un ordre de choses dont on voit encore dans le

monde présent les traces impérieuses, coupées çà et là par des pistes

neuves et déroutantes dont nous ne voyons pas le but. Dans la terreur de

certains mots qui, aussitôt échappés, auraient donné à sa conduite une

signification décidément subversive, toute sa vie s’organisait dans une

hypocrisie obscure contre ses croyances.

Lui qui se prélassait parmi les hommes de plaisir les plus veules, les

intelligences les plus licencieuses, il n’aurait jamais souffert qu’on

fît devant lui un mot contre les prêtres; mais il n’aurait jamais songé

à entrer dans une église où quelques femmes supplient encore les

gardiens du musée de leur expliquer le secret bienfaisant des tableaux

et des statues, où quelques hommes volontaires luttent contre le lugubre

engourdissement de l’âme du monde. Et tout d’un coup, le dimanche,

entrent et sortent les dernières familles, les mains croisées sur leurs

tares.

Il ne dirait jamais du mal de l’Armée, mais un jour à Londres je pensais

à lui comme je revoyais les grenadiers, à la porte du Roi. Tuniques

rouges, buffleteries blanches, énormes bonnets qui rappellent les plus

féroces imaginations des guerriers sauvages. Ces jeunes hommes guindés

vont et viennent rapidement devant leurs niches. Il y a toujours deux

douzaines de passants arrêtés devant eux, c’est que ces mannequins

rappellent le plus noble orgueil, le droit de se faire tuer pour un

maître.

Ils portent sur l’épaule un fusil, ustensile déjà démodé. La même

tradition exige que ces guerriers aient encore sur le front un peu de ce

poil dont ils étaient autrefois couverts et que ce fusil soit agrémenté

d’une sorte de couteau. Celui-ci rappelle les travaux qui ont rempli les

annales jusqu’à l’avant-dernier siècle: deux hommes ne se donnaient la

mort que de la main à la main, qu’après s’être un peu tâtés, peut-être

regardés. Ils avaient le temps de se connaître, et l’âme de celui qui

l’emportait s’augmentait de l’âme du défaillant.

J’avais vu dans l’œil de Guy, lors de l’incident du charretier, briller

un sentiment vigoureux et inutilisable comme ce fer antique attaché à

une moderne machine à tuer.

* * * * *

Mais nous étions arrivés au bar où Guy passait tous les soirs.

Le paltoquet, vêtu de gris londonien, se jouait d’un fétu. Il feignit de

s’étonner et de s’amuser de nos aventures.

Guy était fort gai et tout à son aise, lampant les verres avec entrain.

Pour moi, il était sept heures du soir: les hommes ne travaillent plus;

la soirée sera surprenante.

Ablain était galvanisé par les violents événements qui auraient pu

survenir, et redressé dans son veston, se faisait l’effet d’un

demi-solde, coriace amateur de plaies et bosses.

La Marche se pencha sur le paltoquet et, avec deux doigts, tira de sa

poche un petit livre.

«Ah! Ah! jeune poète, nous y voilà donc.»

Du coin de l’œil, j’aperçois le titre: _Pattes de Mouches_. Cet

exemplaire sur Japon porte une dédicace:

A Guy La Marche,

_La beauté est la seule gloire._

Suit la signature du paltoquet, accompagnée de dates compliquées. Le

tout, d’une écriture d’institutrice.

Je me détournai pour permettre à Guy de se livrer au contentement sans

craindre mon ironie. L’alcool assurait déjà sa désinvolture.

--Mais c’est très bien, mon petit gars... Je vais lire ça, cette nuit...

Beau papier. Ah! voilà le fameux poème... «A un jeune guerrier»...

«Printemps déchiré»... A part cela, qu’est-ce que vous devenez?

--La princesse est venue hier chez maman. Elle a été étonnante.

Guy était à la fois ironique et respectueux.

Sa première qualité était la modestie, mais j’en voyais sortir des

faiblesses. Certes elle le maintenait assez loin des cercles où l’on met

en commun une prétention à l’esprit, ce qui était une rare chance.

Depuis notre conversation à l’hôpital, il s’était même trouvé une

manière de contourner les obstacles. Quand il s’approchait d’un livre ou

d’un tableau, il roulait des épaules et affectait de n’employer que des

mots balourds, empruntés au jargon sportif, en sorte qu’il gardait un

air de bon enfant dans ses jugements les plus téméraires.

Mais pourquoi les gens comme La Marche ne sont-ils pas à leur aise dans

le siècle? Pourquoi ne parlent-ils pas directement des passions, des

vices qu’ils peuvent connaître? Mais non, ils s’avancent dans la vie un

roman à la main, comme un Baedecker.

Guy s’inclinait devant ce petit sot parce qu’il s’était mis

ostensiblement de la partie et qu’il avait de l’encre aux doigts.

C’était encore par modestie qu’il s’excluait du monde. La bonne

bourgeoisie où sa naissance le plaçait, s’amusait trop modestement. Les

filles y étaient fades, ou leur effronterie fraîchement acquise ne

l’aguichait pas. Il rêvait de s’élever dans des régions plus brillantes,

mais pour y atteindre, il lui aurait fallu une patience et une platitude

qui n’étaient pas dans son caractère, ou une légèreté qui n’était pas

dans son esprit. Et à ses bons moments, il n’était pas loin de deviner

que le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Une incessante et incertaine convoitise le tirait hors de chez lui. Mais

du jour au lendemain il prenait des habitudes qui le rétrécissaient. La

première fois qu’il était entré dans un bar, ç’avait été celui où nous

étions, où les hommes seuls étaient admis. Il y était revenu tous les

soirs. Les bars de femmes lui paraissaient plus vulgaires et il ne

dansait pas à cause d’une imperceptible lourdeur.

L’adolescence est un temps périlleux, fatal à bien des garçons qui

prennent alors l’habitude d’attendre et d’oublier le bonheur.

Guy La Marche était assez beau pour ne pas attendre. Mais il était lent,

au point de négliger même ses désirs et de maltraiter ses appétits. Il

comptait sur les occasions; la moindre difficulté lui semblait un bon

prétexte pour leur tourner le dos et reprendre son immobilité.

Ce soir-là, je commençais à débrouiller le fil replié de sa paresse.

Dans un coin de ce bar qui faisait son habitude puérile, il avait trouvé

un accueil qui avait flatté en lui de vagues ambitions. Au lycée, Guy,

déjà lambin, s’était vite découragé, acceptant l’augure de ses maîtres

qui l’avaient classé comme propre à rien. Ici, au contraire, des jeunes

gens soignés, qui parlaient d’une façon délicate, l’avaient entouré de

toutes sortes d’attentions. La Marche avait de l’assurance physique,

mais pour des choses dont on lui disait qu’elles étaient précieuses, un

besoin obscur et pénible qui le rendait timide, car il ne sentait pas

son esprit armé pour ces conquêtes, et pourtant c’était par l’esprit

qu’il eût voulu aussi en jouir. Aussi fut-il sensible à l’excès aux

découvertes qu’ils lui facilitaient; ils lui prêtaient des livres, lui

offraient des cravates, lui montraient des appartements complètement

vides, selon le goût du jour.

--Ces gens-là sont plus fins que les autres, s’était-il écrié un jour,

devant moi.

--Pourquoi, mon cher La Marche?

--Je ne sais pas, ils sont plus fins.

--Vous croyez?

On rapproche faiblesse et finesse, force et grossièreté.

Mais on ne peut expliquer seulement La Marche par ces futiles mots

d’ordre. Et ses désirs?

Les premiers mouvements du cœur sont faibles, imaginaires, et tiennent

au jeu de l’esprit, si vif que soit l’élan des sens. La coquetterie est

une sphère illusoire où La Marche s’enragea. Plein de secrets

contradictoires et de périlleux retours est le goût de la séduction.

Celui qui aime trop à séduire, peut en venir à ne plus exiger de

prendre. Certes, la séduction est le premier mouvement vers la

possession, mais c’est d’abord un plaisir de l’attente. Tel séducteur

qu’on a pu croire d’abord animé par le désir de prendre, on ne le voit

jamais rien saisir, mais il s’empêtre dans ses propres charmes.

Dans ce bar où le paresseux revenait toujours, il s’aperçut que la

coquetterie ne connaît plus de frontière. Il était prêt à exercer son

prestige sur n’importe qui: il l’exerça sur ceux qui l’entouraient, ces

hommes qui lui laissaient entendre que son corps, comme son esprit,

était bien fait.

Le jour où un geste plus précis de l’un d’eux, tout en le faisant

sursauter, lui décela qu’il avait pris des habitudes, il recula un peu,

mais il ne trouva rien derrière lui pour s’appuyer et repousser ce qui

insensiblement s’était rapproché.

Les mœurs sont faciles, douces, sournoises. Tout est permis. Le nouveau

est recommandé. Son père ni aucun homme n’avait joué un rôle quelconque

dans son éducation. Sa mère, sa sœur, n’avaient que leurs caresses. Au

lycée, des fonctionnaires hâtivement lui avaient indiqué de jolis

passages à lire dans les livres. Personne pour saluer en lui une dignité

naissante, celle de l’homme.

A dix-huit ans, quand La Marche, après avoir raté son bachot et piétiné

quelques mois dans une caserne de province, avait été jeté dans une

grande catastrophe truquée, une offensive de printemps, il n’avait pas

grand’chose à perdre. S’il avait été abattu, il aurait laissé tomber sur

le sol un maigre fruit. Dans l’anonymat désolé des foules, des armées,

la mort, en retournant ses poches, aurait découvert un snobisme

désintéressé, un culte assez naïf du courage et de la sensualité, une

tendresse un peu sadique pour la figure hâve de la patrie.

* * * * *

Nous nous perdions de vue, La Marche et moi, pendant des mois. Trop de

coups de téléphone pour atteindre tout le monde.

Et puis, pour faire une amitié il faut désirer ensemble quelque chose

qui nous dépasse. Plus rien ne dépassait Guy, me semblait-il. Tout ce

vers quoi il s’était exhaussé lui était, depuis l’armistice, retombé sur

le nez. Nous ne soulevions encore que par saccades ce rêve de la guerre

qui avait étourdi notre jeunesse.

Un soir une jeune fille me demanda de l’accompagner à la foire. Elles

étaient deux, l’autre plus jolie, mince. Ses os trop frêles ne

soutenaient pas assez sa ligne, et ses traits étaient trop délicats pour

former un visage régulier. Point de peau, une chair infiniment sensible,

une nappe de lait brûlé. Des yeux pâles. Des cheveux cendrés, fins,

indiscernables les uns des autres et d’un nombre si immense que leur

masse subtile semblait peser sur ses tempes teintées de vert, frêles

plaques de jade. Pourtant du nerf, grâce au tennis et à la danse. Elle

s’appelait Claire.

Nous étions dans la foule, au milieu d’un univers de rencontre, des

atomes suspendus entre quelques nébuleuses. Les manèges, les balançoires

faisaient de gros tourbillons de matière clinquante et d’humanité

agrippée que parcouraient, comme l’esprit d’un créateur fatigué et

idiot, un bruit et une lumière atroces.

Claire était rêveuse et n’écoutait pas les exclamations que me

suggéraient nos voyages forcément circulaires.

L’approche de quelqu’un me fit taire: Guy La Marche. Il se remettait,

sans que je le lui demandasse, dans ma filature. Il avait hélé Claire.

Ils se connaissaient. Leurs bouches se connaissaient.

A côté de cette fille si étroite, Guy prenait un faux air de brute.

Pourtant Claire était flexible, mais pas cassable; elle céderait

toujours sans rompre dans les bras un peu gros de celui-là qu’elle avait

préféré, et dont la tête était assez fine. Une même eau grise coulait

des yeux de l’un dans ceux de l’autre. Leurs traits, en se rapprochant,

s’aiguisaient.

Il y avait, entre cette fille fermée, toute abîmée intérieurement, et ce

garçon dépravé, ivrogne, touché parfois de nostalgie pour la vie virile,

comme des fiançailles éphémères. Leurs gestes s’accrochaient: ses

crispements à elle, ses rudesses à lui.

Je les épiais avec mon espoir rabroué par tant de spectacles que

m’impose le vice cruel. Je me laissais rêver aux anciens âges de large

volupté, à des alliances de forces en l’honneur de qui s’élèvent

toujours en moi des épithalames.

Nous étions dans une baraque dont l’enseigne était: «Musée Dupuytren».

Drôle de race qu’on a dite autrefois si gaie, et qui arrive à certains

détours de la dure recherche du plaisir. Des couples, curieusement unis

pour cultiver par contraste leur double égoïsme, se promènent au milieu

de ces abominations, de ces maladies qui sont sous le signe de Vénus.

Qu’ils ont de résistance pour s’embrasser encore--ce sera de façon plus

détournée--à la sortie de ce charnier! Ils supportent, aussi bien, le

sinistre bruit de vaisselle qu’on entend au fond des cabinets de

toilette. Mais ils ne veulent pas imposer de pareilles épreuves à la

limite de la vie et de la mort, à leurs enfants. Ils les laissent dans

les limbes. Tout simplement, dédaignant les grands gestes métaphysiques

de l’Asie, un peuple, bras dessus bras dessous, s’enfonce dans la mort.

Parmi les verges, comme des arbres travaillés par la pourriture

équatoriale et les vagins comme des fourmilières éventrées, Guy et

Claire s’étaient écartés de nous.

--Guy, épousez-moi. Je n’ai pas beaucoup d’argent, nous mangerons ma

dot. Après...

--Vous me voyez marié?

--La partie devrait vous tenter. Je vous croyais joueur.

--Je traîne dans les bars, je n’ai pas de situation, je ne suis pas un

homme qu’on épouse.

--Bon, je vais me marier. Vous aurez pour maîtresse une femme mariée. Ce

sera très 1890.

--Peuh!...

Nous nous arrêtâmes ensuite devant un tir. Autre histoire. Un monsieur

épaulait. Des tics pleins la figure comme une guêpe contre une glace.

Soudain, tout s’immobilise, les pipes volent en éclats. Le tireur se

retourne; sa figure encore effacée par l’effort, disparaît devant Guy,

sous un anéantissement plus irréparable.

Guy fronce les sourcils et me regarde de biais.

Jim Fizz avait quarante ans, les épaules surmontées, une grosse tête,

une grosse voix. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Dans son

art qui était le cinéma, il brouillait l’écran de ses mièvreries.

C’était, en réalité, un petit garçon qui pleurait dans les coins, ce

gros débauché, chez qui se déversait, comme le stout dans un verre

épais, l’écume de la jeunesse.

Rapprochant Fizz du paltoquet, je les voyais si différents que je

perdais à nouveau la trace de Guy. Je ne savais pas débarrasser un

visage, un corps, des artifices et des accessoires; retirer à celui-ci

sa moustache, ou, au contraire, poser une barbe à celui-là. Si j’avais

rajeuni Jim Fizz, de vingt ans, si je l’avais rasé, j’aurais vu qu’il ne

différait plus du paltoquet. Ou inversement. L’un et l’autre, c’étaient

des cœurs de sucre dans des corps de grosse viande.

Mais n’oublions pas que nous sommes à la foire, voilà justement que le

paltoquet passe dans un wagonnet folâtre. Il est près de nous, il nous

fait un signe mesquin de la canne qui, dans ses mains, est un accessoire

ridicule. Et tout d’un coup, un ressort fait bondir au loin le véhicule

et son mol contenu. Il est avec une femme qui, en dépit des accidents

convenus de la promenade, ne quitte pas Guy des yeux.

Grâce à elle je devais retrouver Guy, mais il fallut attendre. Claire,

qui avait d’abord supplié Guy de la lui présenter, soudain s’était

écartée du groupe, en arrachant aussi son amie qui me tirait par la

main. Claire avait voulu rentrer tout de suite.

* * * * *

Un printemps, vers cinq heures, Guy vint me chercher.

--Allons du côté du Bois. J’ai rendez-vous avec...

--Comment?

--Peau. C’est ma maîtresse.

En route, nous rencontrâmes Gonzague. A la bien regarder, Peau n’était

ni petite ni mince.

--La quatrième fois que nous nous remettons ensemble, me dit-elle, après

m’avoir examiné avec méfiance.

--Et ce n’est pas la dernière, s’écria La Marche, en l’embrassant.

--Ça veut dire que tu vas me plaquer dans quinze jours? Enfin, pour le

moment, ça m’amuse autant que toi.

--Crâneuse, ricana Gonzague, toi, Peau, tu pleures chaque fois toutes

les larmes de ton corps.

--Peut-être. Vous voulez que je dise que je l’aime. Eh bien, oui, je

l’aime, mon amant.

Nous étions seuls dans un jardin, près de la Seine. Guy la caressait

avec nonchalance, avec complaisance.

--C’est encore toi, ce qu’il y a de mieux.

La nonchalance était pour nous, nous sentions qu’il retenait son élan.

Il s’enchantait de ce corps gracieux, qui, sous nos yeux, inventait de

nouveaux signes de la tendresse.

Gonzague enviait le contentement de Guy, mais en méprisait la cause.

--Ce n’est pas une femme comme j’en aurai, comme il n’y en a pas. Et

puis, il la paye.

J’appris que Guy avait fait un héritage. Il s’était associé à un

marchand d’autos, il travaillait.

--Non, Guy, tu gagnes de l’argent?

--J’ai fait un mois de dix mille. Le vieux croyait m’avoir au début,

mais je l’ai secoué.

--Et voilà, ajouta Gonzague, ce grand idiot entretient cette donzelle!

--J’adore ça, c’est ce qui me plaît le plus dans notre ménage, répliqua

La Marche.

Ses épaules s’étaient carrées.

Nous revenions vers Paris. Ils marchaient devant Gonzague et moi, en

s’embrassant.

Gonzague grognait.

--Quel idiot! Une petite grue. Carrière négligée.

J’essayais de rattraper Guy et de repasser par le fil de sa vie.

«Voyons, le paltoquet, Jim Fizz d’un côté, Peau de l’autre. Comment

relier ces épisodes. Un court voyage d’aller et retour dans un pays qui

ne lui a pas plu, où il est allé parce que c’était la mode. Il a

vingt-quatre ans. Il est rentré, n’en parlons plus.»

Plainte contre inconnu · 第 4 / 8 题